Pourquoi l’élection d’Emmanuel MACRON n’est pas le fruit du « dégagisme » ?

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De plus en plus de médias, commençant à penser que MACRON pourrait se faire dégager en 2022 au nom d’un « Tous sauf MACRON », veulent y voir un paradoxe dans la mesure où MACRON serait lui-même le fruit d’un dégagisme. Je ne partage pas cette thèse.


De première part parce que la victoire de MACRON n’a rien eu d’écrasante au premier tour, ce qui traduirait une réelle volonté de rejet des autres partis politiques traditionnels.

C’est à dire que la qualification pour le second tour s’est jouée dans un mouchoir de poche, avec quatre candidats autour de 20 % et le deuxième candidat du second tour qui se qualifiait à 600 000 voix près.

Pour rappel, MACRON finit à 24,01 % suivi par LE PEN à 21,30 %, FILLON à 20,01 % et MÉLENCHON à 19,58 %.

Et surtout, FILLON aurait probablement été en tête au deuxième tour s’il n’y avait pas eu Nicolas DUPONT-AIGNAN.

De même que MÉLENCHON aurait été au second tour s’il n’y avait pas eu HAMON.


De seconde part, parce que MACRON n’a rien inventé mais qu’il a juste su fédérer les voix du centre avec les voix d’une gauche qui était en plein doute à l’époque de 2017, de la même manière que la droite était en plein doute en 1974 et qu’elle s’est portée sur GISCARD.

Avant de regarder les grands équilibres politiques sous la Ve République, il faut avoir en tête cette constante qu’il y a 44 à 45 % de Français à droite (extrêmes compris) et 47 % à gauche (extrêmes compris). Et un marais” centriste d’environ 9 % de la population qui fait basculer les élections d’un coup à l’autre au second tour. Lesquels ne voteront jamais pour un extrême, ce qui fait dans une configuration d’un parti modéré contre un extrême, alors le modéré gagnera toujours et que Marine LE PEN ne pourra pas dépasser 45 %.


Les grands équilibres politiques sous la Ve République :

1965 : droite 45 – gauche 31 – centre 17 – ED 5

1969 : droite 44 – centre 23 – gauche 31 – EG 1

1974 : gauche 45 – centre 33 – droite 18 – ED 1 – EG 3

1981 : centre 28 – gauche 47 – droite 21 – EG 3

1988 : gauche 45 – droite 20 – centre 16 – ED 14 – EG 4

1995 : gauche 34 – droite 24 – centre 18 – ED 15 – EG 5

2002 : droite 25 – ED 19 – gauche 34 – centre 10 – EG 10

2007 : droite 34 – gauche 30 – centre 19 – ED 10 – EG 6

2012 : gauche 41 – droite 29 – ED 18 – EG 2 – centre 9

2017 : centre 25 – ED 22 – droite 25 – gauche 26 – EG 2


MIN : droite 18 – gauche 26 – centre 9 – ED 1 – EG 1

MAX : droite 45 – gauche 47 – centre 33 – ED 19 – EG 10

2017 / 2012 = gauche – 15 ; droite – 4 ; centre + 16 ; ED + 4 ; EG =


Ces équilibres nous montrent le socle électoral de chaque camp.

Qu’il y a 55 % des Français qui votent absolument pour un camp déterminé.

Et qu’il y en a 45 % qui peuvent un coup se porter sur un candidat de leur camp mais aussi un autre coup aller au centre si ce candidat leur plaît plus.

C’est à dire que la droite fera « toujours » un minimum de 18 % et la gauche un minimum de 26 %, que ces voix se portent sur un ou plusieurs candidats.


Entre 2012 et 2017,

L’extrême-gauche n’a pas évoluée.

La droite a perdu 4 points au profit de l’extrême-droite.

La gauche a conservé sa base à 26 points.

Sauf que 15 points de l’électorat de gauche a préféré le centre en 2017.

Tout comme en 1974, 26 points de l’électorat de droite avait préféré le centre.


En somme, MACRON n’a rien réinventé.

Il s’est intelligemment placé sur le créneau du centre.

Depuis lequel il peut aspirer au choix jusqu’à 26 points de l’électorat de droite (44 – 18) et jusqu’à 21 points de l’électorat de gauche (47 – 26).

On peut donc bien s’évertuer à chercher ou à voir un quelconque dégagisme en 2017 ; la réalité est plutôt que l’a emporté le candidat du MoDem et dissident du PS…

Et le calcul de MACRON qui est de siphonner les voix de la droite en 2022 fonctionne aussi, sans rien avoir de plus de novateur ou de dégagiste.


Car en imaginant que la gauche s’unisse et fasse 47 %, tant que MACRON, avec les 9 % du centre, fait plus qu’un candidat d’union de la droite à 44 / 2 = 22, donc imaginons fait 23 %, ce dont il n’a même pas besoin car la droite va encore se diviser avec son extrême-droite, alors il se qualifie pour le second tour.

Et normalement, il l’emporte à la fin par défaut avec 53 % avec les voix des droites qui se porteront plutôt sur lui que sur le candidat de la gauche.

Sauf que, et c’est là le grain de sable, il commence à y avoir une partie de la droite qui n’a pas envie de faire le report et préfère la victoire de la gauche à un nouveau MACRON.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à GISCARD en 1981, sauf que la droite la plus conne du monde, pensait alors que la gauche se décrédibiliserait et qu’elle reviendrait en championne, ce qui a mis 14 ans à arriver avec un nouveau champion qui a mis le temps à s’imposer…



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