Sur la mini-série « Black and White » de Moussa SENE ABSA (France 3)

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Quand j’ai lu les critiques de cette série qui, sans réellement se prononcer sur le fond, la présentait surtout comme LA PREMIÈRE série sur la colonisation réalisée par un Africain (le Sénégalais Moussa SENE ABSA), je me suis dit qu’il fallait absolument que je la voie pour étudier nos différences de perception, blanche et noire, de l’Histoire coloniale.

Or, non seulement, je n’en ai pas trop vu mais en plus, j’ai même plutôt passé une bonne soirée devant les deux premiers épisodes, à voir ou revoir sur le replay de France 3.


Je trouve en effet que cette série était plutôt bien équilibrée, sans trop sombrer dans les clichés que ne veulent plus que voir, et surtout que ne voient plus uniquement les déboulonneurs de statues, lesquels portent le jugement moral de notre époque sur une autre époque, quitte ici à finalement aussi présenter la colonisation comme une chose positive (cf le bilan de son action dressé par le gouverneur), sans masquer qu’elle a aussi pu être négative.

C’est-à-dire que même si tous les noirs sont gentils, il y a certes des méchants blancs qui spolient les noirs mais il y a aussi des gentils blancs qui aident les noirs. Et finalement, la colonisation nous est présentée comme un système gagnant – gagnant.

Et par exemple l’opposition entre le médecin blanc, syphilitique et héroïnomane en face du médecin noir, juif et homosexuel, qui ne fait pas payer ses clients et qui adopte l’enfant d’une jeune fille violée par un prêtre jésuite (noir qui plus est), n’est pas haineuse.


La série ne cherche pas à être historique même si elle fait intervenir des personnes qui ont vraiment existé (MERMOZ, SEDAR-SENGHOR, CLEMENCEAU, HITLER, MUSSOLINI…). Le couple du film n’a jamais existé, même s’il y avait quelques mariages mixtes

Elle présente une société multiculturelle et finalement heureuse et tolérante, parce que les noirs n’ont pas l’air de se plaindre des blancs et que les blancs ne se comportent globalement pas comme des salauds, ce dont ils sont de toute façon empêchés par les militaires, qui ont clairement le beau rôle, à l’inverse des politiques.


Ce que j’ai trouvé intéressant :

  • l’évolution, les questionnements et le phénomène d’autocensure et d’instrumentalisation de la femme noire qui a épousé un blanc, qui était très anti-coloniale et qui se retrouve à défendre des positions coloniales ;
  • le débat après que le jazzman étatsunien ait dit qu’il a l’impression que les noirs vivent mieux en Afrique qu’en Amérique ;
  • l’émergence d’une troisième catégorie sociologique de la population, en plus des blancs et des noirs, avec les métis et les auxiliaires de la société coloniale (le prêtre, le médecin, l’intellectuel).

Ce que j’ai trouvé incohérent :

  • le conteur qui en 1930 vient raconter l’histoire de Soundiata KEITA pour dire qu’avant la puissance française, il y avait une puissance africaine.

Sauf que l’Histoire du Mandé s’écrit essentiellement depuis 1960 et que je ne comprends pas comment un Dakarois, qui n’est normalement un Malinké, même si au Sénégal, on déteste moins les Mandingues que les Peuls, peut vanter un régime d’occupation (qui a touché tout le Sénégal à l’exception de la Casamance). C’est un peu comme si les Russes vivaient dans la nostalgie de l’occupation de leur pays par les Mongols.

  • le peu de réaction à ce mariage entre un blanc et une noire en 1930. Les noirs semblent s’en moquer. Il n’y a pas de colère ou de jalousie. Et puis à part les piliers de bars et le père du colonel de BOURBON, tout le monde l’accepte facilement.
  • quand l’épouse va accoucher de son deuxième enfant en talon !!!

Je ne sais pas ce que nous réservent les épisodes 3 et 4.

Malheureusement probablement une issue bien triste, du genre le mari blanc qui se fait tuer à la guerre, et la femme noire qui reste seule et abandonnée de tous avec ses enfants métis.

Mais en tout cas, les deux premiers épisodes étaient intéressants.

La série m’a d’ailleurs beaucoup rappelé « Les caprices d’un fleuve » avec Bernard GIRAUDEAU.




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