Le jour d’après…

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Après l’assassinat de la femme de mon parrain.

L’écriture comme exutoire.


On est vidé. D’énergie mais aussi de larmes. Parfois, on sent sa pression légèrement chuter et le souffle se couper pendant une ou deux secondes. Puis tout revient, notamment cette conscience d’être vivant alors que l’autre n’est plus.

Trouver que tout est froid et que plus rien n’a d’importance. Ne plus avoir envie de rien sinon de dormir pour que le temps passe plus vite. Pour se réveiller d’un mauvais cauchemar, ou revivre une époque où l’on se faisait chouchouter. Ne pas avoir envie de se lever et penser au passé.

On ne peut s’empêcher de penser et de vouloir imaginer ou se mettre à la place de la personne assassinée, ce qu’elle a pu penser, voir, ressentir.

Se réinterroger sur la vie après la mort. Se demander où est l’âme de la personne. Est-ce qu’elle nous voit ? Est-ce qu’elle a retrouvé d’autres personnes ?

Se mettre aussi dans la tête du tueur. Savait-il dès le départ qu’il tuerait ? Y a-t-il préméditation ? Imaginer ses motivations. On se pose mille questions. Pourquoi personne n’a rien entendu ? Et dans quel état se trouvait la défunte au moment de son dernier envoi Whatsapp qui n’est pas d’elle ? Guetter ce même Whatsapp comme si elle allait le regarder et envoyer un message.

Se dire qu’on aurait pu être là pour empêcher cela, même si cela n’aurait pas été possible à cause du couvre-feu et des limites de circulation. Repenser à ce qu’on faisait au moment de l’heure supposée du décès et inventer des liens et des corrélations.

Lire tout et son contraire, et parfois n’importe quoi dans la presse. Surtout les commentaires injurieux et insultants. Faire des recherches Google toutes les demi-heures. Photographier le bandeau de BFM Paris. Filmer les quelques secondes pendant lesquelles la chaîne parle de l’affaire. Penser que Jocelyne n’aurait pas aimé qu’on la qualifie de « vieille dame » et en rire.

Douter de l’humanité. Comment des personnes peuvent en arriver là ? Et l’honneur ? On ne s’attaque à personne, mais encore moins à des enfants et des personnes âgées.

S’étonner de ne pas être plus en colère, ou par sursauts qui redescendent très vite. Se demander si on est lâche parce qu’on ne réclame pas la vengeance. S’interroger si parmi les personnes rencontrés en prison il y avait aussi des tueurs de marraines innocentes.

Se demander pourquoi elle. Si généreuse avec tout le monde. Personne ne pouvait vraiment avoir aucune raison de lui en vouloir…

Repenser à tout ce qu’on s’était promis de faire après : l’anniversaire de Claire, la visite du musée Carnavalet restauré, aller à Notre-Dame restaurée…

Recenser tous les bons moments de vie passés ensemble. Trouver en quoi ils nous ont fait grandir.

Prendre conscience que la personne n’est plus là. Se dire que plus personne ne nous appellera tous les 28 octobre juste après 18 h 20 pour mon anniversaire. Que c’est notre jeunesse qui s’éloigne un peu plus. Qu’il ne reste désormais plus que Nanou et les parents comme acteurs de la jeunesse.

Penser à la famille et à tous ceux qui sont tristes avec nous. Les remercier d’avoir été là.

Espérer que le coupable soit trouvé rapidement pour faire son deuil. Que les restrictions dues au Covid n’empêcheront pas une cérémonie digne.

Retomber dans la morosité et attendre que le temps fasse son effet…



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