Regarder « Le procès Eichmann » et comprendre que les chambres à gaz ne sont pas « un détail de l’Histoire »

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Pour les 60 ans du procès d’Adolf EICHMANN (au premier degré puisqu’il en a interjeté appel), qui a débuté le 11 avril 1961, France 3 diffuse le film de 2015 : « Le procès Eichmann » avec l’excellent Martin FREEMAN et le non moins bon Anthony LAPAGLIA.

Ce film est disponible en replay pour deux mois.


Pendant que je le regardais, je me disais qu’il ferait une bonne entrée en matière pour aborder la Seconde guerre mondiale avec les 3e.

Pour comprendre pourquoi ce n’est pas juste qu’un énième conflit, qui aurait pris des proportions démesurées (une guerre totale opposant des hommes de tous les continents pour laquelle a été utilisée 40 % de l’économie mondiale) mais bien l’avènement d’une étape supplémentaire dans l’horreur de ce que l’humanité est capable de produire.

Et je trouve, à ce propos, très appréciable, que le film, qui utilise de nombreuses images d’archives du vrai procès, par les dialogues et les choix de coupes, ne limite pas l’Holocauste à la Shoah, mais montre que la haine des nazis, tout comme la haine des humains, ne se limite pas aux seuls juifs. Et que tout cela peut recommencer, très vite.


Ce film interroge. Sur la place du témoin. Sur l’objectivité du journaliste caméraman, face à un tel sujet. Sur la nature humaine (Sommes-nous tous des EICHMANN ? Avons-nous tous quelque chose de cela en nous ?). Sur la Justice (même si je crois qu’il fallait condamner EICHMANN, je pense que l’illégalité de son enlèvement à Buenos Aires entache à jamais cette condamnation).

EICHMANN est terrible en ce qu’il ne correspond pas au stéréotype du méchant. Il n’est ni fier de son œuvre, ni repentant parce qu’il réaliserait qu’il a fait du mal, comme parfois le méchant dans les films. Non, il est impassible et écoute les 112 témoins sans expression, malgré quelques rictus dont on se demande s’ils sont vraiment provoqués par l’émotion. C’est Hannah ARENDT qui parle de « banalité du mal » parce que EICHMANN était juste un « pauvre type ».

Mais vraiment s’il faut voir ce film, c’est pour les extraits des films réalisés dans les camps de concentration et diffusés lors du procès. Les corps squelettiques et décharnés dont on se demande comment ils peuvent être encore vivants. Les cadavres pourrissants et évacués par bulldozer. Il faut voir cela pour ne plus pouvoir le nier, ni en relativiser la portée.

Et ne pas oublier, ou vouloir nous exonérer, de nos responsabilités collectives dans tout cela ; notamment du fait de nos silences ou de nos abstentions.

Gardant toujours en tête cette question malaisante : comment des pauvres types comme EICHMANN ont-ils pu participer à cela, et surtout y prendre leur part ?




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