Sur la mini-série « Black and White » de Moussa SENE ABSA (suite et fin)

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Sentiment finalement mitigé sur la série. La fin est décevante pour ne pas écrire « what the fuck ? » (c’est quoi ce bordel ?). C’est trop bienveillant pour être crédible. Et surtout, il n’y a aucune réponse apportée à la promesse de départ. Nul doute qu’un indigéniste qui verra ce film considérera Moussa SENE ABSA comme un « bon nègre de maison »

Donc à la base, cela nous a été vendu comme l’histoire du premier couple mixte officialisé. Sauf que finalement à part le père de l’époux, et les quelques piliers de bar, qui affichent un portrait de PÉTAIN dès 1936, de manière complètement anachronique, personne n’y voit plus jamais rien à redire alors que nous sommes, certes dans les colonies, mais dans les années 1930.

En fait, il y a deux autres histoires de couples mixtes : la femme du propriétaire du bar, qui est une allumeuse, avec le champion de boxe. Et le jeune médecin à qui on demande s’il va sauter son assistante noire et qui ne semble pas intéressé.

Il y a encore le vilain jésuite (blanc cette fois) qui se fait trois de ses jeunes filles servantes d’autel. Mais il est engueulé par le bon jésuite noir qui apprend « Nos ancêtres les Gaulois » aux petits Sénégalais et qui est par ailleurs très sympathique ; oubliée alors la laïcité.

Le problème de cette série est l’accumulation des clichés et l’esprit « bon enfant » qui fait que tout se termine (presque) toujours bien. Même le pendu n’a aucune marque d’asphyxie tellement le film est « familial ».

Par exemple, quand il y a le Front Populaire, les ouvriers sénégalais se mettent en grève pour travailler 40 heures et une augmentation de salaire. Et leur patron leur demande de rattraper le temps perdu en travaillant 60 heures par semaine et en leur donnant 100 francs de prime. Ils négocient et demandent 200. Puis ils obtiennent 150 et retournent travailler. Pas crédible !

Ou alors que 24 000 des 63 000 tirailleurs sénégalais sont décédés en 1940, un homme dit qu’il faut profiter de ce que la France ait perdu pour se révolter, et un autre dit que non parce que son fils se bat pour la France et le « roi nègre » qui est le père de l’épouse décide que non…

La Résistance est fantasmée. On imprime des tracts et on court pour échapper aux Miliciens jusqu’en novembre 1942. Tous les héros de l’histoire en sont (la femme de l’ancien gouverneur,  la tenancière du bordel, la journaliste noire, le prêtre et le médecin). Et après la Résistance, il n’y a plus ni blanc ni noir puisque par exemple au cinéma, tout le monde est mélangé sur les bancs.

Évidemment, nulle mention des passages honteux de l’Histoire de France. Il n’y a pas une seule mention du massacre de Thiaroye (30 novembre 1944), pas plus que de Aline SITOÉ DIATTA qui a organisé une résistance à la France contre l’effort de guerre, même si c’était en Casamance qui est une région méprisée au Sénégal ; lequel effort de guerre n’est absolument pas visible.


En conclusion, le réalisateur n’adopte pas un point de vue blanc ou noir, mais un point de vue pro-Français favorable à la colonisation, qui fait finalement apparaître le Sénégal, osons les mots, comme une vaste colonie de vacances, avec des gentils blancs pas trop méchants et des gentils noirs qui travaillent sans demander leur compte.

La société coloniale est trop fantasmée pour être représentative, quand bien même il y avait plus de tolérance dans l’empire colonial vis-à-vis des « racisés » qu’en métropole.

C’est une jolie fiction et on passe un bon moment. Mais cela ne correspond pas du tout à la promesse initiale. La seule différence est que si c’était moi, blanc, qui l’avait réalisé, tout le monde me tomberait dessus comme raciste voulant présenter positivement la colonisation.



 

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