C’est d’abord la génération de mes grands-parents nés en 1924, 1925 et 1928 qui s’en va toujours un peu plus avec le départ de GISCARD né en 1926. C’est ensuite la génération aux affaires sous laquelle mes parents ont grandi.
C’est ensuite une partie de ma jeunesse avec ses livres politiques que mon grand-père, bien que chiraquien, possédait tous, les compilations des dessins de presse de FAIZANT dans Le Figaro, le sketch de Thierry LE LURON qui passe en boucle et le fameux « Au revoir ».
Ce sont aussi tous ces films policiers ou ces comédies françaises qui se passent sous GISCARD : les Bronzés, Coluche, les Sous-doués… Et qui marquent notre mémoire et notre culture, même inconsciemment.
VGE, c’est la dernière fois que les Français (de droite) auront été heureux.
Ceux de gauche auront deux ans de prolongation avec l’élection de MITTERRAND, puis quand MAUROY aura fini de vider les coffres de la rue de Rivoli à cause de la « désastreuse gestion de Raymond BARRE », « le meilleur économiste de France », le tournant de la rigueur les amènera dans la même sombre réalité avant l’apparition du SIDA en 1984-1986 qui mettra un terme au mouvement de libertés né en 1967-1968.
C’était finalement les dernières années de la meilleure époque récente qui soit, car les Français n’étaient pas encore touchés par les conséquences des chocs pétroliers et de la crise économique. La fin de l’insouciance. L’arrivée sans encombre sur le marché du travail de la génération des derniers Baby Boomers. La dernière époque d’une France blanche qui ne se posait pas encore trop de questions sur l’immigration, l’intégration, le terrorisme, dans l’euphorie de l’après-Guerre, débarrassée de l’Algérie et avant le dernier volet de la Guerre froide.
On parle beaucoup de la défaite de VGE à la présidentielle de 1981. Mais quand on reprend les sondages et les résultats, GISCARD n’a perdu que parce que CHIRAC a demandé aux militants du RPR de ne pas voter pour lui pour le détruire et préparer sa place qui n’arrivera qu’en 1995 pour finalement ne rien faire.
On parle beaucoup moins que la droite française en 1974 a choisi le libéralisme de VGE face au gaullisme de Jacques CHABAN-DELMAS qui était paradoxalement perçu comme trop à gauche. En cela, c’est aussi la droite qui a préparé sa future perte en s’enferrant dans le libéralisme économique ; ô suprême trahison en choisissant celui qui défendait le « oui mais » au référendum de 1969, que beaucoup se sont arrangés de voir comme un « non ».
VGE est un homme que les Français auront adoré détester. Parce qu’il faisait trop aristocrate. Parce qu’il avait des tics de langage. Parce qu’il a abîmé la fonction présidentielle à vouloir se faire trop proche du peuple.
Une partie de la droite ne lui a jamais pardonné certaines de ses réformes sociétales ni d’avoir déclassé la France dans le concert des nations. C’est pourtant le dernier président français qui couchait sans complexe avec les femmes de ses homologues africains.
Mais avec le recul, lorsqu’on regarde qui on a maintenant pour conduire le pays, et qu’on voit que la situation économique s’est bien dégradée, alors dans ces conditions, on regrette GISCARD. Mais on ne le regrette pas tant pour sa politique ou sa personne que pour l’époque qui a été la dernière plus apaisée que nous pouvons encore imaginer et connaître.

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