Le 11 avril dernier, Bernard achevait le sms qu’il m’envoyait par cette phrase : « En toutes choses, l’espérance, toujours. »
Alors, au-delà de mon espérance chrétienne d’une vie après la mort, et d’une survivance de l’âme qui permette un jour la reprise de nos conversations, je veux témoigner que Bernard continuera de vivre, avec nous, dans nos mémoires, dans son héritage politique, et par sa pensée exprimée notamment dans les 2 500 articles de son site internet Savigny Avenir, sans lequel d’ailleurs le présent média ne serait jamais resté qu’un blog école.
Plus que de l’amitié ou de l’attachement, je veux dire à quel point Bernard, qui aurait eu 78 ans ce 13 mai, fut une personne « fondamentale » dans ma construction et ma formation personnelle, politique et intellectuelle, notamment sur les enjeux de transparence et de démocratie locale.
Une sorte de « parrain en politique » et de « sage », respecté d’un bout à l’autre de l’échiquier politique ; ce qui lui valait aussi jalousie voire détestation par certains, mais qui eux sont déjà oubliés.
Je crois qu’il m’a permis de me rendre compte que le savoir n’est pas le pouvoir mais que le vrai pouvoir, c’est ce qu’on fait du savoir.
Élu en 1983 avec Jean MARSAUDON, il occupera successivement les fonctions de maire-adjoint aux affaires culturelles, au patrimoine, à la bibliothèque-médiathèque, aux syndicats intercommunaux et au développement durable. Il fut vice-président au SIVOA, au SIAHVY, au SIREDOM et au SMOYS.
En 2008, il devient le deuxième adjoint de Jean MARSAUDON, puis en 2009, le premier adjoint de Laurence SPICHER-BERNIER. Le 20 mai 2010, le préfet de l’Essonne l’élevait à la dignité de « maire-adjoint honoraire de Savigny-sur-Orge ».
Alors que je l’interrogeais sur la tentation de devenir un jour maire, il m’avait répondu que telle n’avait jamais été son ambition, et qu’il était parti dès lors qu’il n’avait plus eu les moyens pour accomplir le programme sur lequel il avait été élu en 2008 (du temps où les adjoints avaient une indépendance et des objectifs de mandat). Il avait, de manière tout à fait inspirante, développé une réflexion sur le rôle de premier adjoint. Quelque chose que j’aimerais bien reprendre.
Savigny lui doit notamment son Agenda 21, la création d’un groupe d’étude et de recherche sur l’histoire de Savigny, du temps d’Annie DEPRINCE, ou bien encore le passage au numérique de la bibliothèque-médiathèque.
Mais également une jurisprudence au Conseil d’État qui défend de pouvoir écarter des commissions municipales les élus dissidents (Conseil d’État, 9ème et 10ème sous-sections réunies, 20/11/2013, no 353890).
Politiquement, il fut successivement élu du CNI (Centre national des indépendants), puis du MPF (Philippe DE VILLIERS), puis de DLF (Nicolas DUPONT-AIGNAN), dernier parti qu’il quitta lorsque celui-ci fit le choix de soutenir Éric MEHLHORN aux élections municipales de 2014.
En 1983, il est également membre co-fondateur et cadre de l’association des élus pour la liberté de la culture (pour s’opposer aux politiques de Jack LANG).
Je l’avais découvert grâce à ses Lettres du lundi. J’avais fait sa rencontre en 2011. Dès 2012, il me copiait tous ses dossiers d’élus.
Le 7 juin 2013, il participait à la réunion de fondation de « Vivons Savigny Autrement », qu’il quittera le 30 décembre 2013.
Je pense pouvoir revendiquer une forme de succession et d’héritage, à l’instar d’un DEFRÉMONT qui a adoubé un EL MESHAD ; et il est certain qu’il existe une influence.
Véritable mémoire de la commune, il fut une source d’informations indéniable, grâce à son site aux 4 millions de visiteurs, pour tous ceux qui s’intéressaient à Savigny, à un moment où il n’existait rien d’autre. Je lui en suis reconnaissant.
Aux dernières nouvelles, il avait 650 articles en brouillon / en travail.
Il faudrait aussi parler de son dernier bébé : « Portes de l’Essonne environnement ».
Bernard était un grand intellectuel, remarquable de rigueur, de méthode et de précision, parfois difficile à suivre, et aussi parfois s’attachant à des sujets beaucoup plus légers ou frivoles. Je me rappelle de sa dissertation, au moment du covid, sur l’évolution de la signature de Jean-Marc DEFRÉMONT.
Ces dernières années, il avait développé, à la lecture de mes articles, un concept d’alverisation de la fonction publique territoriale (je ne comprenais pas qu’il ne parle pas d’alvesisation), qui mériterait d’être connu et soutenu.
Grand lecteur de ce site, il ne commentait jamais publiquement un de mes articles mais m’écrivait souvent à partir de 8 heures, me noyant de sms et de courriels sur ceux qui l’intéressaient le plus.
J’éprouvais une forme de rassurance d’être ainsi lu et compris.
Je me rappelle que nous avions assisté ensemble aux premiers conseils communautaires, territoriaux et métropolitains. Il m’avait accompagné à mon premier procès. Il était venu consulter des comptes avec moi à la Commission des comptes de campagne et des financements politiques. Nous étions encore ensemble au moment de la vente de la Savinière, à la bougie. Mon premier salon des maires. Plusieurs restaurants dans Paris. Que d’heures passées ensemble.
Je me rappelle aussi ; Sylvie, son épouse, le décrivait comme « croyant non pratiquant », de cette fois où nous avions pris un café à la maison paroissiale Bonne Nouvelle. Et il m’avait demandé de l’amener à la crypte, pour se rappeler de ses souvenirs du temps où il était servant d’autel, en même temps que Claude NEUILLY.
Je me rappelle encore d’un homme terriblement moderne, que le contact avec ses neveux et nièces gardait jeune.
En 2024, il m’aidait à rédiger mon avant-projet de thèse de doctorat de droit, qu’il m’invitait à passer sur cinq ans.
Sa dernière participation à une manifestation politique remonte maintenant à il y a un an, début mai 2025, à la maison des associations sportives, sur le projet ZAC Gare centre-ville. Même s’il avait beaucoup lâché, il continuait de s’intéresser.
Et notre dernier échange remonte à lundi dernier, lui me demandant s’il était normal que François HEEDER, directeur des services techniques, ne sache pas accorder services et techniques… ¯\_(ツ)_/¯
Les obsèques de Bernard auront lieu ce jeudi 7 mai à 10 heures 00 en l’église saint-Martin de Savigny.
Et je vous invite à garder l’espérance, toujours.




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