Des réflexions sur Dérapages (Arte) avec Éric CANTONA, inspiré de « Cadres noirs » de Pierre LEMAÎTRE

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Attention divulgachâges ! Je ne sais pas dans quelle mesure le scénario du film est fidèle à l’ouvrage de Pierre LEMAÎTRE, dont je ne connais que l’adaptation en film de son prix Goncourt « Au revoir là-haut » ; lequel scénario est lui-même inspiré pour le contexte d’un sordide fait divers d’un directeur de la régie publicitaire de France télévisions qui avait simulé une fausse prise d’otages pour tester la résistance et les émotions de son équipe.

Au départ, et sans rien connaître de l’histoire, je regardais surtout pour observer la critique de la violence néo-libérale. Et donc comment on justifie qu’un cadre en burn out en arrive à prendre en otage des patrons, avec ce défi de montrer que la violence de ce braquage est à la fois une résultante, mais en même temps d’un même niveau, aussi moralement condamnable que la violence du système économique, par exemple lorsqu’il licencie injustement les vieux.

La série est longuette et peut-être n’y avait-il pas besoin de six épisodes. Toujours est-il que la séquence en deux parties est intéressante pour relancer l’intrigue. Ainsi donc à l’issue du troisième épisode, le braquage échoue, et on se dit que c’est normal et que c’est peut-être mieux ainsi. Sauf qu’on se rend vite compte que le héros a en fait été bien plus malin, et il faut attendre le dernier épisode pour comprendre toute la manipulation qui s’est tramée et jouée.

Au final, le thème du management inhumain est complètement mis de côté. Quasiment personne, mais cela a apparemment été identique dans la vraie vie, ne s’offusque qu’un dirigeant d’entreprise ait organisé une prise d’otage pour tester ses employés. La justice y est écœurante car faible avec les forts mais forte avec les faibles. Et puis finalement, le héros est un connard qui instrumentalise cette question centrale de la violence pour ses propres intérêts.

Et il en devient finalement un anti-héros car sa violence n’est plus légitimée. Il n’y a plus rien de chevaleresque dans son action politique. C’est juste un mec qui dévalise 22 millions d’euros de la caisse noire d’une grosse entreprise, et qui le justifie parce qu’il a été viré et parce que c’est un argent qui n’est pas officiel. Il manipule très adroitement l’opinion publique qui en fait son champion, mais provoque aussi l’explosion de sa famille, dont il semble finalement se moquer.

Niveau acteurs, j’ai aimé Alex LUTZ en méchant, un vrai rôle à contre-emploi, Gustave DE KERVERN, très loin de Groland, Alice DE LENCQUESAING et Yann COLLETTE. Par contre, pour tout le reste, je ne serai pas aussi mielleux que tout ce qu’on peut lire ailleurs sur internet. Et je reste déçu par la fin du film qui tout en dévoilant le pot-aux-roses fait la part belle aux seuls méchants, qui sont les seuls vainqueurs à la fin, ce qui aurait donc justifié tous les moyens.

Et pendant ce temps, le bruit médiatique du procès permet le licenciement de 1500 salariés à Beauvais, et les 22 millions € de perdus sont vite remplacés par 200 millions € lorsque l’action prend 9 % parce que le témoignage du patron devant la Cour d’assises a été émouvant, et le héros perd sa femme à laquelle il serait si attaché, alors qu’elle le trompait depuis plus d’un an. Elle qui semblait aussi plus préoccupée qu’il ait un boulot de nuit, plutôt qu’une maîtresse…

Finalement, les grands perdants sont sa fille, avocate, dont je m’étonne qu’elle ait déontologiquement pu le défendre, qui s’est donnée alors qu’elle était totalement instrumentalisée. Et puis son ami hacker qui finit en se suicidant pour assassiner le méchant patron qui aurait de toute façon été débarqué et qui sera remplacé, tel un système contre lequel on ne peut effectivement rien. La seule positivité de la série vient de leur sincérité.

À voir ou revoir sur Arte.tv : https://www.arte.tv/fr/videos/083866-001-A/derapages-1-6/




Un commentaire

  1. C’était tout de même très bon ! Les acteurs tous très bon , crédibles dans leurs rôles. Le film tient vraiment la route…Lutz est excellent en effet. Ce n’est évidemment pas une série à l’eau de rose ou les méchants sont vaincus et les gentils finissent en pleine lumière et c’est là la vigueur de ce film qui raconte la vraie vie…en tous cas loin des minables séries françaises actuelles absolument nulles : acteurs, scénarios etc…

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