Des réflexions sur le film « L’appât » de Bertrand TAVERNIER

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J’aime beaucoup les polars réalisés par Bertrand TAVERNIER, même s’il n’en a pas fait tant que cela. Je ne connaissais que L.627, dans l’intimité de la brigade des stupéfiants de la préfecture de Police de Paris. Et c’est avec beaucoup de satisfaction que j’ai découvert « L’appât », inspiré d’un sordide fait divers du début des années 1990 qui met en scène une jeunesse paumée, en proie à des comportements et des questionnements très actuels.

Certains parlent d’un premier « gang des barbares », et c’est en effet la référence qui m’est venue en regardant ce film, lequel m’a fait pensé aux « 24 jours » de Alexandre ARCADY. À la différence, et je ne sais pas si on pourrait refaire ce film en 2020, que le plus méchant, le chef du trio, jaloux, lâche, violent, colérique, qui tape sur sa copine, est juif et obnubilé par l’argent, tel un cliché qui ne pourrait plus exister après l’Holocauste, alors qu’il existe dans toutes les nations.

Ce qui est intéressant dans le film est le développement de la psychologie des personnages, là encore politiquement incorrecte aujourd’hui, après tous les débats du mariage pour tous. TAVERNIER insiste sur l’absence du père, qui fait de l’héroïne une femme-enfant aux comportements immatures, le summum étant lorsqu’à la fin du film, alors qu’elle va être déférée, elle demande si elle pourra bientôt sortir pour aller voir son père pour Noël.

Le troisième personnage, plus effacé, marque quant à lui les limites voire les échecs de l’assistance sociale (la DDASS) qui si elle l’a élevé toute son enfance, l’a complètement lâché après, expliquant qu’il puisse se retrouver à participer activement aux agissements du groupe. Et puis, c’est une jeunesse en manque de repères et qui se cherche, obnubilée par l’argent facile de la télévision et d’un milieu qu’ils côtoient mais auquel ils n’appartiennent pas.

Plus que la réussite sociale, ils cherchent simplement à être riches en travaillant le moins possible. Ils dénigrent la France et fantasment sur d’autres pays (les États-Unis d’Amérique). Le problème ne semble pas tant qu’ils n’arriveraient pas à distinguer le bien du mal (sauf pour le personnage féminin) que leur manque d’éducation et d’instruction, qui confine à la bêtise, et les entraîne à aller plus loin que prévu, et donc à s’enfermer dans un cercle vicieux et infernal.

Il est intéressant vingt-cinq ans après les faits d’observer que deux des trois personnes se sont réinsérées dans la société, qu’elles ont fait des études en prison puisqu’elles ont trouvé un métier, voire qu’elles ont fondé une famille. C’est donc que la prison a pu leur apporter les cadres qui leur avait fait défaut dans leur jeunesse (ils avaient entre 18 et 21 ans au moment de la commission des crimes.) De là, que faire pour agir plus tôt et éviter de nouveaux barbares ?

Or, tant que nous continuerons de nier les ravages de l’idéologie ultralibérale (« le libéralisme en banlieue, ça marche » et « l’argent n’est pas raciste » dit Yassine BELLATAR), le mal que peut faire l’absence d’un père, l’importance de l’éducation le plus longtemps possible ou le manque de moyens donnés aux directions territoriales de l’ARS qui suivent les jeunes mineurs, alors ne nous étonnons pas qu’ici où là naissent de nouveaux barbares avec certaines tentations.


2 heures 15 – Disponible en replay sur Arte jusqu’au 05 mai 2020.



4 commentaires

  1. Ah bon, ce n’est donc pas l’affaire Ilan HALIMI dont il est question dans ce film de quoi s’agit-il alors car ça ne me rappelle rien.

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