Contre-Histoire de la résistance de l’émir Abd EL-KADER aux Français lors de la conquête de l’Algérie

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Beaucoup encore aujourd’hui font de l’émir Abd EL-KADER l’incarnation de la résistance algérienne à la colonisation française, souvent au mépris d’autres grandes figures qui ont donné autrement de fil à retordre à la France comme Hadj Ahmed BEY, Lalla Fatma N’SOUMER, le cheikh EL MOKRANI ou le cheikh BOUAMAMA.

Pourtant, on peut considérer que Abd EL-KADER, qui est en partie une création française, tient davantage le rôle d’un « idiot utile » qui a finalement facilité la colonisation de l’Algérie par les Français.

Ce qui, soi-dit en passant, explique peut-être le généreux traitement dont il a bénéficié le reste de sa vie de la part des autorités françaises, qui en ont bien vite transformé l’image, pour en faire un savant musulman soufi, orientaliste et droit-de-l’hommiste.


Bien que né à Mascara, Abd EL-KADER est en fait un Marocain, issue d’une famille du Rif, revendiquant d’être descendante des Idrissides (les fondateurs de l’État du Maroc).

Alors que son père aurait dû être élu émir pour mener la guerre contre les Français dans l’Ouest algérien, à partir de 1832, celui-ci décline, et c’est son fils qui se retrouve émir, lequel fils refuse même le titre de sultan car il ne se voit que comme un serviteur du sultan du Maroc.

Il va alors faire la guerre, mais essentiellement contre ses rivaux des tribus arabes pour imposer son autorité : dans le Sud du Titteri soulevé par BEN AOUD, à l’Est de la Mitidja où il vainc le caïd BIRAM. Il lance aussi quelques escarmouches contre la Kabylie parce qu’elle ne veut pas lui payer d’impôt.

Coup de chance, c’est en 1834 que les Français veulent faire la paix avec les Arabes, parce que c’est encore la période où la France ne voulait intervenir en Algérie que pour casser la dette qu’elle devait au Bey d’Alger et pour faire cesser les raids des pirates corsaires. Et avec le traité DESMICHELS, les Français le reconnaissent comme le seul chef de l’Oranais.

C’est possiblement vers cette période que la France va rendre une centaine d’esclaves noirs qui appartenaient à l’émir esclavagiste, lequel ne va rien trouver de mieux que de les décapiter pour les punir de s’être enfuis chez les Français.

Et donc Abd EL-KADER va s’appuyer sur ce traité pour revendiquer la domination effective de toute la région, et notamment des tribus de Chelif, Miliana et Médéa. Lesquelles vont se coaliser, et être vaincues à la bataille de Meharez du 12 juillet 1834, notamment EL GHOMARI. la plupart de chefs seront exécutés.

La guerre reprend, et le 28 juin 1835, alors qu’une colonne de 5000 Français est en train de se replier après une campagne sans résultats, ils sont attaqués, apparemment par surprise, dans les marais, sur les rives de la Macta. Les Français paniquent et se débandent. Il n’y a que 300 morts, mais Abd EL-KADER en fait une immense victoire contre l’envahisseur chrétien.

Ne progressant plus, et étant surtout occupés à pacifier les territoires déjà conquis, les Français demandent encore la paix en 1837 et par le traité de la Tafna, ils reconnaissent la souveraineté d’Abd EL-KADER sur les terres intérieures notamment le Titteri.

Du coup, Abd EL-KADER va partir au Sud puis à l’Est pour élargir son autorité, toujours par la force. Entre juin et décembre 1838, il combat le marabout Sidi EL TADJ’INI, de la région de Laghouat, qui résiste pendant six mois dans sa capitale Ain-Madhi, qu’il fait ensuite détruire. Abd EL-KADER fait aussi massacrer les kouloughlis (des métis de Turcs) de Zouatna.

En novembre 1839, prenant prétexte du passage des « Portes de Fer » par les Français cherchant juste à relier Alger et Constantine par la terre, Abd EL-KADER reprend le djihad contre les Français, en s’alliant avec le sultan du Maroc, et il s’en va attaquer des fermes de colons français.

Du coup, la France s’organise dès 1840 pour riposter avec l’appui des tribus arabes qui ne supportent plus Abd EL-KADER, notamment celles de BEN GANA ou du cheikh des Zibans. Elle obtient même une fatwa contre Abd EL-KADER prononcée par les oulémas de Kairouan (Tunisie), ce qui pousse les tribus à le lâcher successivement.

Avec 100 000 hommes, un armement moderne et la prise des ports, les Français enchaînent les victoires, et s’emparent en 1843 de la Smala (la capitale ambulante) de l’émir.

Abd EL-KADER fuit alors au Maroc pour convaincre son allié d’entrer en guerre contre les Français, qui ne veut pas. Il trouve quand même des confréries pour lancer un nouveau jihad contre les Français.

Le 26 septembre 1846, il remporte la victoire de Sidi Brahim, avec 10 000 hommes contre 540. Il fait décapiter le capitaine survivant, et les 80 derniers Français, plutôt que de se rendre, préfèrent charger à la baïonnette. 16 s’en sortiront, qui seront ensuite protégés par le caïd de Nedroma, qui refusera de les livrer à l’émir.

Finalement, les Français se remobilisent et renvoient Abd EL-KADER au Maroc, qui est finalement lâché par le sultan. Il se rend aux Français le 23 décembre 1847.


Derrière ce portrait volontairement peu flatteur de l’émir, et qui ne prend pas compte de ses actions postérieures, notamment en 1860 de sa protection des chrétiens de Damas, j’espère avoir montré que Abd EL-KADER a plus été préoccupé de constituer son royaume personnel, et d’imposer sa souveraineté sur les autres Arabes, que de combattre les infidèles Français chrétiens.

Ses grandes victoires ne sont que de petites escarmouches. Il n’hésitait pas à s’en prendre aux civils et à faire massacrer ses prisonniers. Si les Français ne faisaient pas mieux, il n’est moralement pas plus un héros.

Et c’est parce qu’il a massacré les autres tribus, et unifié des territoires jusque-là désunis, qu’il a rendu un énorme service à la France.


Mes principales sources :

Yvette KATAN BENSAMOUN, Le Maghreb, De l’empire ottoman à la fin de la colonisation française, Belin, 2007.

Et Wikipédia (les sources en lien davantage)



4 commentaires

  1. Merci pour cette mise au point. Il y a l’histoire officielle,  » politiquement correcte « , et la vérité évacuée par les censeurs et les tartufes.

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