Sur le documentaire « La ligne bleue – Loin des quartiers Nord »

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Hier soir, j’ai regardé « Loin des quartiers Nord », un documentaire de la série « La ligne bleue, sur France 3 (donc financé avec la redevance).

C’était après le western « 3 h 10 pour Yuma » dans sa version de 2007, que je n’ai pas trouvé bon car très incohérent (un unijambiste qui court et saute de toit en toit), et que j’aurais vite oublié malgré Russel CROWE et Christian BALE ; je ne sais pas ce que vaut la version originale de 1957.

Et donc j’ai regardé ce documentaire bienpensant, rempli de non-dits du début à la fin, et qui s’essaie de faire passer un « cas social » pour un héros du quotidien, au seul motif qu’il essaierait de sortir du quartier, ce que je n’ai personnellement pas ressenti. Il veut juste percer dans le rap, et le reste, il ne semble pas trop en avoir grand chose à faire.

Le pitch dit : « Portrait d’un jeune homme de 22 ans qui tente de construire sa vie d’adulte. De parents immigrés mahorais, DK a grandi dans l’un des quartiers les plus pauvres de Marseille. Exclu très jeune de l’école et du cocon familial, le jeune homme est animé par une soif immense de reconnaissance. Il n’a qu’une carte à jouer pour réussir : la musique et la danse. Des projets se mettent en route, mais l’absence de son père, parti quand il n’avait que quatre ans, tourne en boucle dans sa tête et l’empêche d’avancer. À travers sa voix, DK invite à partager sa quête, aussi intime qu’universelle, celle de venir adulte et reconnu pour qui on est. »

DK (je ne peux m’empêcher de penser à Donkey Kong) est un gamin que son père a abandonné quand il avait 4 ans pour retourner aux Comores, puis que sa mère a abandonné pour retourner à Mayotte, en le laissant à son nouveau mari, qui s’est dépêché de la marier à une autre Mahoraise, puisque DK à 22 ans, est déjà papa d’une petite fille de 4 ans.

Le docu commence avec le théâtre national de Marseille, qui dans sa généreuse et hypocrite politique sociale, a décidé de compléter le CV de 3 gamins des quartiers Nord, en leur proposant de faire l’introduction d’un spectacle de ballet.

Et incroyable, ça ne se passe pas bien, pas tant parce que le théâtre n’en a rien à faire et les laisse sans encadrement, mais parce que l’un arrive toujours en retard, et que l’autre ne veut pas travailler sur les styles des autres, parce que les autres ne travaillent pas assez sur son style. Bref, à trois jours du spectacle, rien n’est prêt.

Ils finissent par s’organiser, et font leur danse dans l’indifférence générale, parce que le public du théâtre national n’en a rien à faire. Et même s’ils ont montré qu’ils pouvaient danser (ce qui ne me semble pas un exploit), ils ne sont pas recontactés, et tout le monde s’en fout dans leur CV.

On en découvre alors un peu plus de la vie de DK, qu’il est marié et papa, qu’il est aidé par une ancienne éducatrice, qu’il a son appartement (payé par qui ?), qu’il a été abandonné par ses parents pour qui cela semble normal de retourner au pays sans leur gamin, qu’il voudrait percer dans la musique mais qu’elle n’intéresse personne (alors que je ne la trouve pas trop mauvaise), et aussi qu’il se bourre la gueule tous les soirs (avec quel argent ?) et avant chaque rencontre, alors que ce n’est pas très halal (on voit l’imam le marier avec sa femme)

Il y a aussi tout le passage où il rencontre un mec qui lui dit qu’il est un artiste complet, qu’il doit faire 6 titres et 6 clips en 6 mois, et tout déclarer à la SACEM pour avoir des revenus qui tombent tous les six mois, et que des producteurs l’attendent à Toulouse. Là encore, comment tout est financé ? Et donc il a pu faire cela pendant six mois à temps plein ? Et puis finalement que dalle, si ce n’est d’avoir encore une fois montré des jeunes qui ne veulent pas se lever tôt et dont le seul intérêt dans la vie est la musique et la danse.

Et tout le reste du documentaire va être de nous expliquer que c’est par la quête de son père qu’il va s’en sortir. Et donc on va le voir préparer son voyage (plus cher que pour aller à Tokyo – là encore, qui paye ?) et à la fin retrouver ses parents, sans jamais qu’on sache, à part pour DK qui dit que cela lui a fait du bien, s’il va finalement « devenir adulte » ou bien plutôt trouver un travail qui lui apporte des revenus.

Or, justement, et c’est ce qu’il dit à son père, être adulte pour lui, c’est être père et avoir un appartement, alors qu’en réalité, il reste un grand gamin dans sa tête.


Si on comprend aisément le traumatisme psychologique causé par la voiture rouge de son père qui l’abandonne, et la peur qu’il a d’être un mauvais père à son tour, le documentaire ne pose finalement pas de questions sur le manque de repères, la stabilité du foyer familial, la mixité sociale, la solidarité nationale…

Il n’y a aucun jugement de valeur ni aucune vision morale, qui serait forcément négatif, mais juste l’observation d’une jeunesse paumée sans sortie vers le haut réellement possible.

C’est un documentaire qui montre, mais qui ne dénonce pas. Et si c’est intéressant pour un diagnostic, cela n’apporte rien pour résoudre les problèmes. Il y a à réfléchir.

Je suis personnellement partagé entre le fait de me demander ce qu’on peut faire pour ces gamins, et aussi me poser la question de savoir s’il ne serait finalement pas plus heureux aux Comores qu’à Marseille, qu’en colère de voir qu’on assiste assez largement un mec et sa famille pour faire du rap, et retrouver son père qui n’en avait rien à fiche de lui.


Possibilité de le revoir en replay jusqu’au 03 mai :

https://www.france.tv/france-3/la-ligne-bleue/1339289-loin-des-quartiers-nord.html



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