Comme souvent dans les grands deuils de personnes médiatiques, ce n’est pas la personne décédée que l’on pleure mais finalement sa propre jeunesse et son propre passé.
Concernant Élisabeth II, il y a un attendrissement particulier, déjà parce que 80 % de l’humanité n’a connu qu’elle comme reine du Royaume-Uni, et notamment tous les petits Français, en cours d’anglais, qui apprenait les liens familiaux par l’exemple de la famille royale ; ensuite parce qu’elle était arrivée à un âge où elle pouvait renvoyer à une figure maternelle de substitution, ou de gentille mamie, enfin, parce qu’il y a une forme sincère de respect d’avoir fait le « job », de manière « never explain never complain », sans réel faux-pas. Qu’on aime ou pas la monarchie, elle a fait ce qu’on attendait d’elle pendant 70 ans.
Sauf qu’un peu comme dans une tablée où personne n’a voté MACRON, mais qu’il se retrouve élu par plus de 58 % des Français, personne n’est monarchiste, mais presque tout le monde aime la reine, possède un avis sur elle, a suivi les péripéties de la famille royale et s’est positionné dans le débat concernant Diana ou Meghan. Bref, personne n’est réellement indifférent ou insensible, et c’est finalement là, le drame du grand combat politique de la gauche : les gens veulent, voire ont besoin, de dieux et/ou de rois.
Bien sûr, ils prennent différentes formes, et aussi bien le Dieu des chrétiens a-t-il pu être remplacé par le Dieu-argent, que le roi de l’état-nation a pu être remplacé par le président de la multinationale. Mais les gens ont toujours cette fascination, déjà du complexe de pouvoir eux-mêmes devenir ce Dieu-roi et ensuite du pouvoir, de la transcendance, de l’immanence, des générations qui traversent les siècles et qui demeurent dans l’Histoire… Avec ce réflexe de soumission volontaire devant ce qu’il admet supérieur.
Or, la gauche, non contente de déboulonner les statues quelles qu’elles soient, avec de toute façon cet échec, en tant qu’elle n’a en fait que toujours cherché à remplacer les statues des autres par ses nouvelles statues, voulait libérer l’Homme de cette soumission. Et elle n’y arrive pas. Et ce n’est pas possible, parce que ; et nous le voyons encore avec la reine, l’Humain a besoin de se raccrocher, certainement par sécurité, à des statues, qu’elles existent déjà, c’est plus facile, ou qu’il les crée lui-même, parfois ex nihilo.
La gauche politique s’est construite contre les rois, et malgré le fait que les rois n’aient plus le pouvoir décisionnel, force est de constater qu’ils sont toujours vigoureux, là où la gauche n’est plus grand chose. La fascination pour Élisabeth II n’est qu’un élément de plus qui marque l’échec idéologique de la gauche, qui ne réussit désespérément pas à créer un homme nouveau, réellement libéré de toute attache aux autorités.



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