De plus en plus, je lis, ou j’entends, de la part de musulmanes qui portent le voile, l’argument que cela ne dérange pas l’Occident quand ce sont des juives ou des chrétiennes qui s’affichent (ou s’affichaient) avec. Toutefois, cette comparaison n’est pas valable dans la mesure où le voile juif ou chrétien est porté en tant que signe de piété ou de soumission à Dieu, tandis que le voile musulman est porté pour éviter le regard des hommes.
Chez les musulmanes :
Regardons plutôt ce que dit le Coran sur le voile : un objet de reconnaissance, un objet de protection de la femme et un objet pour empêcher la tentation des hommes.
Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. (sourate 33,59)
Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. (sourate 24,31)
Chez les juives :
À l’inverse, les textes religieux juifs ne disent rien sur le voile, même si on apprend au chapitre 29 du livre de la Genèse que Jacob qui croyait épouser Rachel va en fait épouser Léa, laquelle était cachée sous un voile nuptiale.
Toutefois, on voit, et notamment dans ma ville qui accueille une communauté de juifs orthodoxes, des femmes juives habillées d’un voile pour se rendre à la synagogue, lequel relève alors de la tradition de prière, et devient alors un équivalent de la kippa que portent les hommes.
Chez les chrétiennes :
Tandis que saint Paul écrit pour les chrétiens dans sa première lettre aux Corinthiens un propos pour le moins contradictoire, s’adressant en plus à la communauté d’une ville de culture grecque s’adonnant au culte des prostituées sacrées (voilées) :
10. C’est pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sa dignité, à cause des anges. 11. D’ailleurs, dans le Seigneur la femme n’est pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme. 12 En effet, de même que la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme vient au monde par la femme, et tout cela vient de Dieu. 13 Jugez-en par vous-mêmes : est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans avoir la tête couverte ?14 La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que, pour un homme, il est déshonorant d’avoir les cheveux longs, 15 alors que, pour une femme, c’est une gloire, car la chevelure lui a été donnée pour s’en draper ?
Mais alors pourquoi les religieuses ont longtemps porté un voile ? Soit pour le temps de la prière, qui demeure la principale activité dans un monastère, soit en signe de consécration de leur chasteté (permanente) à Dieu.
Car le voile existait déjà dans l’Antiquité en tant qu’objet identitaire désignant les femmes vierges (et les voiles aux robes des mariées actuelles en est la survivance). Celles-ci, si elles pouvaient donc devoir le porter un temps de leur vie, l’enlevaient à leur mariage.
Inversement, dans l’Assyrie antique, soit 1000 ans avant le Christ, on voilait les femmes riches, et certaines prêtresses pour les protéger du désir des hommes, donc dans une même optique que l’islam qui viendra 1600 ans après.
Je n’entrerai enfin pas dans le débat que c’est au moment où les religieuses ont commencé à retirer leur voile que les musulmanes ont commencé à le porter, dans un Occident dans lequel elles devenaient de plus en plus nombreuses. Mais la pratique du voile est en tout cas bien distincte entre l’usage qui en est fait chez les juives et les chrétiennes, et l’usage qui en est fait chez les musulmans, et qui n’est pas justifié en tant qu’aide ou nécessité à la foi et à la prière.
On peut donc reprocher aux musulmanes de porter le voile, non pas en signe de religiosité (bien que le Coran n’en parle donc pas mais que la Tradition veut qu’une femme qui a accompli le pèlerinage à La Mecque en porte un), mais en signe de protection des hommes : laquelle protection est normalement assurée par l’éducation (on ne saute pas sur tout ce qui bouge) et la Loi. Mais tout le problème reste à chacune d’être capable de définir pourquoi elles le portent.


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