Quel est le point commun entre les élections primaires des écologistes, de la droite et de la gauche ? Elles ont toutes sorti les candidats les plus en vue, du moins ceux qui étaient annoncés gagnants par les sondages : Cécile DUFLOT, Nicolas SARKOZY, Alain JUPPÉ, Manuel VALLS et Arnaud MONTEBOURG. Mais y avait-il une idéologie derrière ce résultat de conséquence, qui s’apparente plutôt à un choix de candidats avec des convictions ?
Depuis l’élection présidentielle de 2002, les Français vivent dans la crainte d’une victoire du Front national (FN) au second tour de l’élection du Chef de l’État. Aussi votaient-ils de plus en plus non pas forcément pour le meilleur candidat, mais pour celui qui serait le plus amène de battre le FN au second tour. Sauf qu’après s’être retrouvés avec SARKOZY et HOLLANDE qui ont beaucoup déçu leurs camps, les électeurs semblent revenir à des choix plus passionnés !
La sortie de DUFLOT lors de la primaire verte
En 2009, les écologistes se sont mis à croire avec Europe écologie les verts (EELV) qu’ils pourraient accéder au pouvoir, et ont décidé de s’allier durablement avec la gauche PS. Mal leur en a pris car le candidat HOLLANDE a enfreint la plupart de ses promesses vertes : réduire les émissions de gaz à effet de serre au niveau européen, fermer Fessenheim, rénover un million de logements par an, développer les énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien off-shore.
C’est DUFLOT qui a négocié ses gages, et qui a payé le prix de leur non-respect. C’est surtout son opportunisme et sa volonté de gouverner qui a été sanctionné, car tandis qu’elle était ministre du Logement, elle n’a pas réussi à améliorer l’accès au logement. Les militants ont donc préféré Yannick JADOT et Michèle RIVASI parce que dans l’action, et moins dans la communication. Les écologistes ne veulent plus gouverner, juste agir en ayant de bons élus.
Les sorties de SARKOZY et de JUPPÉ lors de la primaire de la droite
SARKOZY était le perdant. Celui qui a eu sa chance en 2007 puis en 2012 mais qui n’a pas réussi à convaincre la seconde fois. Certes, il était revenu mais chez les militants de son parti, et pas dans le cœur des Français, auprès desquelles son image s’est dégradé du fait des affaires et surtout de ne plus avoir le prestige du président, ce qui faisait que beaucoup de choses lui étaient pardonnées. Sa campagne était trop près des humbles gens qui ne sont pas allés votés.
Quant à JUPPÉ, c’est son centrisme qui l’a perdu. Oui, il est le candidat qui aurait le plus rassemblé contre Marine LE PEN au second tour, mais il n’aurait pas été un candidat de droite. En 2012, SARKOZY a fait campagne trop à droite et ça a failli fonctionner, tandis que le centre(-droit) était plutôt sur la ligne programmatique de HOLLANDE. La droite veut l’alternance pour casser les mesures économiques et fiscales de la gauche ; elle doutait que JUPPÉ le fasse.
Les sorties de VALLS et de MONTEBOURG lors de la primaire de la gauche
VALLS a passé le quinquennat à centriser la politique en soutenant tout ce qui n’était pas de gauche : le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance européenne, la loi Macron et la loi Travail, l’accord national interprofessionnel, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, et puis surtout sa vision de la sécurité et de la gestion du terrorisme en réduisant les libertés individuelles et collectives, sans oublier le 49-3 ! Il s’est auto-éliminé lui-même.
Du côté de MONTEBOURG, les électeurs ont senti un manque de convictions qui s’est traduit par le fait que sa campagne n’a pas prise. Le candidat qui dans sa manière de faire et de parler ne renvoie pas à une identité de gauche mais à un bourgeois donc un possible social-traître, ne se sera pas montré très vif pour défendre ses idées. L’homme aura trop misé sur sa dynamique passé qui a disparu le jour où il est sorti du Gouvernement et des médias en même temps.
Les sortants ont donc tous perdus du fait d’un passif qui jouait contre eux, mais aussi de campagnes qui ont été ratées et qui n’ont pas touché un public des primaires. Ces votes auraient été soumis aux seuls militants encartés ou aux Français dans leur ensemble que ni JADOT ni FILLON ni HAMON n’auraient gagné. Les élections primaires en 2016-2017 auront donc eu pour intérêt de renouveler les principaux candidats à la présidence de la République.
À l’inverse, 2011 avait renforcé la légitimité des candidats du système politico-médiatique. Que s’est-il donc passé en cinq ans et que nous avons constaté au travers du quinquennat écoulé : les politiques sont impuissants à agir et le Front national est un mauvais épouvantail.
Un instinct politique de survie des Français s’est réveillé. Dans un contexte de bipartisme de la vie politique et pour éviter un duel FN/anti-FN dans lequel le FN finirait par l’emporter par défaut des anti-FN, il faut voter aux convictions pour éclater et régénérer le bloc anti-FN.
Ainsi, le FN se videra de ses composantes de gauche qui retourneront à la gauche et de droite qui retourneront à la droite, et ne resteront plus que des extrêmes minoritaires. Puis ce sera le jeu de l’alternance ordinaire qui existait avant la paranoïa qui nous gangrène depuis 2002.

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