Que la loi finisse par passer (ce ne sont pas quelques frondeurs à gauche qui la bloqueront puisque la droite s’y dit globalement favorable) ou qu’elle échoue à cause des contestations, Manuel VALLS sera un homme heureux. Je pense même qu’il aurait plutôt intérêt à ce qu’elle ne passe pas. Par rapport à MACRON, par rapport à HOLLANDE et par rapport à la primaire PS et à l’élection présidentielle de 2017…
On n’a jamais vu un Premier ministre sortant devenir président de la République. C’est en plus très moyen de faire campagne quand on a d’autres missions en cours. Si la Loi réussit à terme, Manuel VALLS dira qu’il a eu raison de la mener. Si elle rate, il ne sera plus là pour en parler. Si on l’empêche de la faire, plus rien ne le retient. Mais pendant ce temps, on ne parle plus de MACRON ni même de HOLLANDE mais bien que de lui.
Le réformiste incompris
La popularité de VALLS a toujours tenu d’être un des jeunes de l’équipe qui allait à rebrousse-poil de son parti, d’abord du côté ROCARD, plus tard en voulant changer le nom du PS, pendant la campagne des primaires de 2011 en voulant supprimer les 35 heures et en soutenant le projet de TVA sociale. Mais aujourd’hui, où il n’a finalement pas tenu les réformes qu’il promettait avant, c’est MACRON qui passe pour le jeune réformiste.
Le plus à droite de la gauche ?
Si on regarde les enquêtes d’opinion, MACRON est moins populaire que VALLS mais beaucoup moins détesté. Un paradoxe donc pour les électeurs de gauche de 2012 qui reprochent à ce gouvernement de ne pas être assez à gauche mais sont prêts, avec ou sans primaire, à faire plus confiance au social-libéral qui aura une chance de gagner l’élection, plutôt qu’à un social-démocrate (ce faisant en prenant des voix au centre…). VALLS soigne donc sa ligne politique.
Diviser pour mieux régner
Et hop, je rallie à moi la CFDT. Et hop, je tape sur les syndicalistes étudiants oubliant que j’en ai été ! Et hop, je vole ce qui devait être la loi Macron II pour obtenir le soutien de la gauche réformiste.. Et hop, je tire sur la « vieille gauche » de Martine AUBRY ou de Marie-Noëlle LIENEMANN. De toute façon, je sais qu’il n’y a que dans le cas d’une primaire présidentielle que je l’emporterai car mes soutiens sont très seuls au sein du PS et de la gauche.
Partir la tête haute
Pourquoi VALLS veut-il démissionner ? Pour jouer la carte de son destin présidentiel dès 2017, avant qu’il ne soit oublié en 2022. Il sait qu’aujourd’hui, le rôle de l’opposition se partage avec le FN et que c’est le perdant du deuxième tour de 2017 qui conduira la danse. Partir en ayant échoué à réformer comme MAUROY en 1984, c’est plutôt bon en terme de communication politique, surtout pour s’imposer à la tête d’une nouvelle force de centre-gauche.
Objectif président
La primaire devient inévitable sauf si HOLLANDE hausse le ton. Mais donné perdant partout, le président pourrait ne pas se représenter et c’est VALLS qui apparaîtrait alors comme le seul candidat légitime. Achever cette réforme, c’est finir de se mettre à dos la gauche radicale et obtenir un vote blanc en cas de second tour ; partir avant, cela permet de laisser un peu de temps pour oublier tout en accusant ensuite HOLLANDE et EL KHOMRI de l’esprit de la Loi…
Les mobilisations contre la Loi travail s’annoncent comme des échecs car les Français espèrent malgré tour la relance de l’emploi et de la croissance comme en Europe. VALLS qui aurait dû partir juste après les régionales et peut-être être remplacé par l’insignifiant CAZENEUVE cherche désormais une porte de sortie pour le cas où. Dans ce cas, HOLLANDE aura vraiment réussi son coup car il discréditera définitivement VALLS si celui-ci se prend une raclée en 2017.

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