Ce jeudi 19 novembre 2015, on m’a proposé de lire la première lecture de la messe qui relate deux meurtres d’apostat, ce que j’ai accepté. Et je me suis encore fait reprocher de ne pas avoir terminé cette lecture en affirmant que c’était la Parole du Seigneur. Mes amis me disent d’arrêter de lire, voire d’arrêter d’aller à la messe en semaine, qui n’est qu’une marque de piété populaire. Est-ce à affirmer que la Bible est Parole du Seigneur ?
Retrouvez le texte de la lecture du jour en bas d’article !
Dans la vie réelle, on peut combattre ou on peut fuir. Souvent, j’ai déserté, mais toujours après avoir perdu les différents combats auxquels j’ai participé. Mon ami Jean-Marie CORBIN a une bonne phrase pour résumer cette philosophie : « Au moins, nous ne pourrons pas nous reprocher de ne pas avoir essayé« . Je ne pense pas vain de me battre pour qu’on reconnaisse que la Parole du Seigneur se limite à ce qui est dit par Dieu uniquement, notamment par son fils Jésus.
La Bible (inspirée) n’est pas le Coran (révélé)
Le Coran est un texte dicté par Dieu mot pour mot (sauf qu’il n’a donné que les consonnes). Le Premier (l’Ancien) testament tout comme le Nouveau sont composés de textes écrits par des hommes simplement inspirés dans le choix de leur mot par l’Esprit saint. Les groupes de rédacteurs ont écrit librement par rapport aux récits transmis depuis des générations, mais leurs productions ne sont que des paroles d’Hommes qui, parfois, citent Dieu.
La Parole du Seigneur dit de ne pas tuer (Ex 20,13)
C’est le sixième commandement (« Tu ne tueras point« ) qui nous vient de ce que Moïse a gravé lui-même sur la tablette à partir de ce que Dieu lui disait. Ainsi, lorsque Matthatias (qui pourrait juste renverser l’autel et se barrer), choisit de tuer deux personnes, cela doit nous interpeller. Dieu légitime-t-il la violence et le meurtre dans certains cas ? En pratique, plus depuis le Déluge, sinon dans le Premier testament que Jésus viendra mettre à jour par le Nouveau.
Reconnaître la Parole de Dieu
On peut adhérer au fait de vouloir garder sa religion sans approuver les assassinats superfétatoires d’un homme en colère. Dire que ce texte est « Parole du Seigneur » revient à dire que Dieu est d’accord avec l’assassinat des apostats, donc concrètement, qu’on peut partir demain en croisade. Comment critiquer le djihad (dans son sens moderne de guerre sainte) si nous chrétiens, adhérons au message de tuer les autres croyants ?
L’Histoire et le judéo-christianisme
On m’a reproché de faire douter de la Parole de Dieu et de nier l’Histoire du peuple de Dieu. À quel moment de ce passage Dieu intervient-il pour faire connaître son avis ? Nulle part. Ici, Matthatias agit guidé par sa seule colère sans se préoccuper de l’avis de Dieu. Ensuite, ce texte doit être contre-balancé par la lecture de l’Évangile. La critique vient du fait qu’on sépare l’unité de la liturgie en ne s’intéressant qu’à la partie juive de la Parole. Or, nous sommes chrétiens !
Sur l’identité chrétienne
Aux messes qui ont suivi les attentats de Paris, les églises étaient pleines. Il y avait le besoin de prier, un peu de superstition (si Dieu peut m’éviter de mourir en se rappelant de moi) mais surtout l’affirmation d’une identité chrétienne. Or, parce que nous sommes chrétiens, ce sont les paroles de Jésus contenues dans l’Évangile qui priment sur tout le reste de la Bible, et pas la compréhension juive d’un Dieu qui ne s’est pas encore converti à l’Homme (incarné).
Ainsi suis-je chagriné en ce contexte, que pour pas mal de personnes, cette lecture soit « Parole du Seigneur » alors que Dieu ne souhaite pas la mort de l’apostat et qu’Il est même déjà prêt à pardonner aux terroristes qui ont tué tant de gens… Que voilà un terrible paradoxe pour nous.
Dans le premier livre des Martyrs d’Israël (1 M 2, 15-29)
En ces jours-là,
les hommes envoyés par le roi Antiocos
pour contraindre les gens à l’apostasie
arrivèrent dans la ville de Modine
pour y organiser des sacrifices.
Beaucoup en Israël allèrent à eux ;
Mattathias et ses fils vinrent à la réunion.
Les envoyés du roi prirent la parole
pour dire à Mattathias :
« Tu es un chef honoré et puissant dans cette ville,
soutenu par des fils et des frères.
Avance donc le premier,
et exécute l’ordre du roi,
comme l’ont fait toutes les nations,
les hommes de Juda
et ceux qui sont restés à Jérusalem.
Alors, toi et tes fils, vous serez les amis du roi.
Toi et tes fils, vous serez comblés
d’argent, d’or et de cadeaux nombreux. »
Mattathias répondit d’une voix forte :
« Toutes les nations qui appartiennent aux États du roi
peuvent bien lui obéir
en rejetant chacune la religion de ses pères,
et se conformer à ses commandements ;
mais moi, mes fils et mes frères,
nous suivrons l’Alliance de nos pères.
Que le Ciel nous préserve
d’abandonner la Loi et ses préceptes !
Nous n’obéirons pas aux ordres du roi,
nous ne dévierons pas de notre religion,
ni à droite ni à gauche. »
Dès qu’il eut fini de prononcer ces paroles,
un Juif s’avança en présence de tout le monde
pour offrir le sacrifice, selon l’ordre du roi,
sur cet autel de Modine.
À cette vue, Mattathias s’enflamma d’indignation
et frémit jusqu’au fond de lui-même ;
il laissa monter en lui une légitime colère,
courut à l’homme et l’égorgea sur l’autel.
Quant à l’envoyé du roi,
qui voulait contraindre à offrir le sacrifice,
Mattathias le tua à l’instant même,
et il renversa l’autel.
Il s’enflamma d’ardeur pour la Loi
comme jadis Pinhas contre Zimri.
Alors Mattathias se mit à crier d’une voix forte
à travers la ville :
« Ceux qui sont enflammés d’une ardeur jalouse pour la Loi,
et qui soutiennent l’Alliance,
qu’ils sortent tous de la ville à ma suite. »
Il s’enfuit dans la montagne avec ses fils,
en abandonnant tout ce qu’ils avaient dans la ville.
Alors, beaucoup de ceux qui recherchaient la justice et la Loi
s’en allèrent vivre au désert.

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