Le vendredi saint, jour de la Passion du Christ, la Tradition de l’Église catholique recommande le jeûne alimentaire (qui n’est même pas dans le catéchisme officiel). Paradoxalement, les chrétiens sont invités à la communion eucharistique ce même jour de la mémoire de la mort de Jésus où on a vidé les tabernacles. Cherchez l’erreur…
J’ai appris récemment qu’on demandait (encore) aux jeunes qui se préparent à recevoir le sacrement de confirmation de jeûner le vendredi saint. J’ai mal de voir qu’ils ne se barrent pas en courant, ce qui m’interroge quant à leurs convictions réelles et profondes. Mais nous admettrons qu’ils ne disent rien car ils sont trop polis. Après, chacun fait ce qu’il veut.
Deux lectures des célébrations de la Semaine sainte : le souvenir et l’action mémorielle
L’Église propose tous les ans de « faire mémoire » de la mort du Christ afin de mieux prendre conscience de sa résurrection. Ainsi elle propose de revivre le dernier repas du Christ le jeudi saint et la Passion qui s’achève par la mort le vendredi. Mais aussi de goûter l’absence du Christ lors de l’office des ténèbres du samedi. Enfin de célébrer la résurrection à Pâques.
Non mais allo, t’es chrétien et tu ne sais pas que Jésus est ressuscité il y a presque deux mille ans. Donc sur le fond, ces célébrations ne sont que des commémorations, alors que nous vivons de fait dans le temps de la Révélation. Mais sur la forme, ce n’est pas l’image que l’Église en donne, ajouté au fait que les charismatiques disent « revivre » cette mort chaque année.
Car comment pouvoir communier si le tabernacle est vide, que les veilleuses qui symbolisent la présence du Christ sont éteintes, que les cloches sont arrêtées, que les crucifix sont recouverts d’un voile pourpre ? L’Église catholique déconsidère l’intelligence de ses fidèles en maintenant une communion pour que les croyants puissent « avoir leur messe« .
Cette communion polluée par les clichés ante-Vatican II
En 2015, alors que nos assemblées ne connaissent pas encore toutes la transition des chrétiens de tradition vers les chrétiens de convictions, certaines pratiques passéistes et insensées demeurent. Ce qui m’inquiète étant que les pratiques des traditionalistes prennent parfois le pas sur la raison des croyants de convictions, notamment vis-à-vis de la communion.
Ainsi, pour beaucoup de personnes, manquer les lectures n’est pas dramatique tant que l’on arrive avant l’offertoire. Inversement, pas question de manquer la communion par exemple pour scruter un de nos catéchumènes (personnes qui prépare les sacrements d’initiation). Donc aujourd’hui, la communion se résume uniquement au bout d’hostie fait Corps du Christ.
Oubliés donc la communion dans la prière ou dans le rassemblement, il faut donner à manger le Corps du Christ, uniquement sous la forme de pain. Le vendredi saint, le Christ est mort donc on ne peut pas consacrer d’hosties (ce qui n’est pas logique puisque Dieu – le Père – est toujours là) mais on va quand même communier, parce qu’on a quand même une réserve. Hypocrisie.
De l’incohérence de ne pratiquer qu’un des deux jeûnes
Le jeûne alimentaire consiste à se priver de nourriture pour signifier un manque dans sa vie. Or, puisque l’Homme est à l’image de Dieu, s’il doit souffrir de ce jeûne alors il fait souffrir Dieu. Par contre, si ce jeûne ne dérange pas, soit il n’est peut-être pas nécessaire soit il s’apparente à un régime. En tout cas, il perturbe les cycles habituels et naturels de digestion.
La Tradition de l’Église prône le jeûne depuis 1949 alors que ce n’est qu’une pratique, qui Dieu merci, n’est pas institutionnalisée. Pourtant, les chrétiens revendiquent trop souvent leur jeûne, au contraire de ce que demande Jésus dans l’évangile selon saint-Matthieu (6, 16-18)*. Pire selon moi, ils ne dénoncent pas cette incohérence de l’eucharistie le vendredi saint.
Car si jeûne il doit y avoir le vendredi saint, alors notre démarche pour être sincère doit être complète : soit on jeûne (ce qui n’est pas mon cas) et on s’abstient aussi d’eucharistie (car le Christ est « mort »), soit on ne jeûne pas et si l’Église propose de revivre la Passion du Christ, alors on ne communie pas non plus puisque Jésus est « absent ».
Dans tous les cas, l’Église n’est pas cohérente dans la mesure où elle propose une communion eucharistique un jour où la démarche liturgique devrait l’en dispenser. Après, chacun accomplit la démarche qui fait sens pour lui. La mienne est de ne pas faire jeûne alimentaire mais de respecter le jeune eucharistique.
Mais comment prendre conscience de l’absence de Dieu si on l’impose partout ailleurs. Même Jésus s’est senti abandonné sur la croix (« Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » – je ne crois pas beaucoup à la récitation du psaume 22) alors que Dieu était toujours là. Évidemment, ne pas communier ce jour revient à se priver un jour par an de communion…
* « Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

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