Comme à mon habitude, je vais me fâcher avec tout le monde dans cet article, en donnant tort à tous :
1°) aux deux policiers qui sont effectivement fautifs ;
2°) à la hiérarchie des policiers qui les envoie sur le terrain, en l’absence manifeste de formation ;
3°) à Nahel, 17 ans, qui n’avait pas le permis, qui fuyait la police depuis 20 minutes non sans avoir mis en danger de nombreuses personnes, et qui ne se serait sûrement pas pris une balle s’il n’avait pas redémarré sa voiture ;
4°) à la mère de Nahel, qui devrait bientôt avoir son rond de serviette à la table des chroniqueurs de Touche pas à mon poste ;
5°) à tous ceux qui récupèrent l’événement, tant pour nous parler de guerre civile, et nous expliquer qu’il faut construire des prisons (les pillards sont essentiellement des mineurs et les prisons sont des lieux de désocialisation et de radicalisation), que les émeutiers, qui n’en ont jamais rien eu à foutre de Nahel, qui n’est qu’un prétexte pour exprimer leur colère ;
6°) aux élus qui mettent de l’huile sur le feu, à coup de grandes déclarations provocantes, alors que leur politique n’a rien de social ;
7°) à l’Église, qui fait aussi très fort, en n’appelant même pas à prier pour le policier…
Pour ma part, je redoute surtout la future loi scélérate et sécuritaire à venir après cet événement, qui sera évidemment utilisée contre les bons bourgeois blancs dont je suis, et absolument pas contre la racaille des émeutiers contre lesquels elle va censée être prise…
Sur ce, remettons-nous dans le contexte de l’affaire, mardi matin à Nanterre :
deux policiers veulent arrêter et contrôler les passagers d’un véhicule en fuite depuis 20 minutes.
Ils ne connaissent pas que le véhicule n’appartient pas à la personne au volant.
Ils ne connaissent pas que le conducteur a 17 ans.
Ils ne connaissent pas le casier judiciaire de Nahel (vierge), ni ses antécédents judiciaires (chargés).
Les policiers ont des consignes, comme celle d’arrêter les véhicules dangereux en fuite.
Les policiers ont des règles d’intervention.
Les policiers sont soumis à un devoir d’exemplarité.
Une loi de 2017, prise dans l’émotion de l’attentat de Nice de 2016, est venue foutre la merde, dans la pratique de l’utilisation des armes à feu, pour arrêter le conducteur d’un véhicule en fuite.
Avant 2017, le policier, qui bénéficiait du même régime de légitime défense que le citoyen, ne pouvait : « employer son arme que pour sauver sa propre vie et la vie d’autrui, s’il y avait un danger actuel et immédiat, si l’on était immédiatement menacé. »
Depuis 2017, l’article 453-1 du code de la sécurité intérieure, dont l’interprétation est différente selon que vous soyez policier ou gendarme, permet désormais aux policiers de tirer, en cas de refus d’obtempérer, s’ils ne peuvent arrêter le véhicule autrement que par cet usage et si, dans sa fuite, le conducteur est « susceptible de perpétrer (…) des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Donc le policier est autorisé à tirer s’il devine en une seconde que le véhicule prévoit de commettre un attentat…
Le fait est qu’il y a une vidéo.
Je trouve bien qu’on ait une vidéo, même si l’on a pas ce qu’il y a avant et après.
Je suis plutôt inquiet pour les fois où il n’y a pas de vidéo, et je soutiens la pratique du copwatch.
Le policier mis en cause a d’abord ruiné sa défense, en affirmant que le véhicule allait lui rouler dessus.
Or, on voit avec la vidéo que ce n’est pas vrai.
En droit, la mauvaise foi ne se présume pas, mais elle est cette fois avérée car le policier ne se trouvait pas en situation de légitime défense. Le Parquet considère à son tour que les conditions légales [d’utilisation de l’arme à feu] ne sont pas réunies.
La vidéo montre :
1°) un premier policier penché vers l’habitacle, ce qu’il ne doit pas faire ;
2°) un second policier appuyé sur le capot, ce qu’il ne doit pas faire ;
3°) un second policier dont la position de tir n’est pas conforme ;
4°) un second policier qui dit au conducteur : « Tu vas te prendre une balle dans la tête ».
Mon analyse de comptoir.
Et qui rejoint un petit peu, ce que je dénonce depuis des années, à savoir qu’on recrute un peu n’importe qui dans la police.
Un policier, mal formé, qui s’est senti en danger et qui a paniqué… Il tire. Il tue. Bévue ou BAVURE…
Je pense qu’il est important d’affirmer qu’ici, ce sont bien les deux policiers qui sont en tort, par rapport à leur cadre et leurs règles d’intervention et d’usage des armes à feu.
Sans pour autant rien généraliser à la police dans son ensemble, en tant que c’est une bavure isolée, et qu’il n’existe pas de système qui dit qu’il faut abattre les conducteurs de véhicules en fuite.
Ni cautionner ou justifier ou excuser les violences qui ont suivi ; que l’on doit par contre, chercher à expliquer et à comprendre. Et personnellement, si je n’étais pas un bourgeois blanc, je serais possiblement du côté des émeutiers, surtout sachant ce que je connais, en tant que bourgeois blanc…



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