Je répondais ce mardi 10 novembre 2020 à une interview de cinq jeunes étudiants en Master d’urbanisme à Paris I qui travaillent sur le projet de renouvellement urbain de Grand-Vaux. Voilà quelques éléments que je retiens de nos échanges.
Sur l’enclavement du quartier
Il m’était demandé si le projet de renouvellement allait désenclaver le quartier,
je leur ai répondu que d’un point de vue purement savinien, oui, Grand-Vaux est enclavé du reste de Savigny.
Mais que le quartier n’était pas tant enclavé que cela parce que les habitants vivent déjà sur Épinay pour leurs courses et leurs transports, comme la plupart des quartiers de Savigny qui vivent sur une ville voisine ou les grands axes de la commune.
Et que si le projet leur permet après de vivre sur place, il ne les fera pas plus aller sur le reste de Savigny, pas plus que le reste de Savigny ne viendra davantage à eux.
Sur la mixité sociale
Il m’était demandé pourquoi je pense que le projet ne favorisera pas la mixité,
je leur ai répondu que la mixité naturelle qui existait dans les années 1960 à 1980 n’ayant pas fonctionné, la mixité artificielle que l’on pourrait créer en 2020 ne marchera pas plus et disparaîtrait tout autant.
Très rapidement, les nouveaux habitants qui auront les moyens partiront à cause de la sur-densification et ils seront remplacés par des habitants qui ne pourront plus partir.
Sur la problématique de l’habitat
Il m’était demandé pourquoi je pense que la démolition/reconstruction n’est pas la solution,
j’ai répondu que ce n’était pas la principale revendication de changement des habitants, même si cela poserait toujours un problème au niveau de l’efficacité énergétique ou des demi-étages.
Plus largement, je leur ai dit qu’on ne pouvait pas se préoccuper que de l’habitat, sans agir sur les politiques publiques économiques et sociales.
Et surtout que le réaménagement en ce sens, était poussé par la Police, pour faciliter ses interventions.
Sur les raisons de l’abandon du quartier
Il m’était demandé pourquoi Grand-Vaux se retrouvait dans cet état là.
J’ai d’abord évoqué que cela avait bâti dans la précipitation pour loger les rapatriés d’Algérie.
J’ai ensuite expliqué que Grand-Vaux a été progressivement abandonné des politiques publiques, quand un maire de droite a été élu alors que le quartier votait à gauche.
Puis j’ai parlé du bailleur qui ne considère plus les habitants en ne remplissant pas ses obligations au niveau du ménage ou de l’entretien des ascenseurs.
Enfin, j’ai évoqué la conséquence du projet de rénovation des Tarterêts à Corbeil qui avait amené sur Grand-Vaux une autre population dans le cadre du relogement, avec laquelle l’ambiance avait changé.
Sur la fierté des résidents d’habiter Grand-Vaux
Il m’était demandé pourquoi les habitants étaient fiers de leur quartier, et ils m’ont notamment parlé des fresques pour exemple,
j’ai nuancé leur propos mais déjà, je leur ai dit que c’était déjà un des seuls vrais quartiers de Savigny, qui permettait une identification.
Ensuite, qu’il y avait un phénomène de réputation à défendre parce que Grand-Vaux représente quelque chose dans l’imaginaire collectif, mais que c’est en même temps la première chose cachée sur le CV.
Enfin, j’ai expliqué que les fresques étaient des commandes réalisées dans le cadre du projet de rénovation et qu’elles étaient réalisées par des grapheurs qui n’étaient même pas du quartier…
Sur la réussite du projet
Il m’était demandé si j’étais positif sur les effets de ce projet,
je leur ai répondu non à moyen et long terme.
D’abord, parce que l’image de Grand-Vaux restera négative quoiqu’il en soit aux yeux du reste de Savigny.
Ensuite, parce que le problème n’est pas tant sur la partie locative, qui subsistera avec Monet, que dans la barre de l’Yvette (privée) qui va également rester debout.
Enfin, parce que dès qu’ils le pourront, ceux qui auront des moyens partiront et sous-loueront leurs habitations, ou sinon seront remplacés par des personnes plus pauvres, et qu’on connaîtra la spirale infernale de la pauvreté qui appelle la pauvreté.
Nous avons encore évoqué la participation des habitants, le changement du nom de Grand-Vaux, la carte scolaire, la déscolarisation et le chômage des jeunes, de la politique de la Ville, de l’insécurité au sein du quartier, du changement de mise en œuvre du projet selon les deux municipalités…

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