À chaque campagne électorale, on y a droit, ou plutôt on nous refait le coup !
Vous avez le candidat insignifiant, qui finira à 0,3 %, qui s’auto-persuade publiquement qu’il va gagner parce qu’il va réussir à mobiliser la grande masse du corps électoral qui ne vote pas.
Vous avez tous les rageux qui ne sont pas arrivés premiers au soir des résultats, et qui vous rappellent avec insistance que le gagnant de l’élection, ou que le parti arrivé en tête, s’appelle « abstention ».
Et au milieu de tout ce petit monde, vous avez tous les commentateurs qui s’interrogent de savoir si le résultat aurait été différent si le vote avait été obligatoire…
Il suffit pourtant de comparer les différentes études d’opinions réalisées sur les gens dits sûrs d’aller voter, et de manière indifférente, sur une moyenne de la population française, pour constater qu’il n’y a généralement pas beaucoup d’écarts, de l’ordre de 1 à 2 points, lesquelles sont encore différentes des résultats obtenus dans les urnes.
Le gros défaut de mon article est que je ne vais pas le faire (comparer les études d’opinion), et l’affirmer comme une vérité générale ; or, je pense que ce sujet serait intéressant pour la thèse d’un politiste en devenir.
Bien sûr, il y a toujours des partis à qui l’abstention profite, ou au contraire à qui elle est très préjudiciable. Ainsi, la personne âgée de droite ira plus certainement voter que le jeune de banlieue de gauche. Et la gauche a toujours plus de mal à mobiliser son électorat.
Pour autant, l’abstention existe dans tous les camps, et elle se répartit de manière plutôt uniforme ; sans compter le fait que l’électeur que l’on forcerait d’aller voter, ne choisirait pas forcément son camp mais exprimerait possiblement un vote contestataire, aussi bien pour un autre parti, que nul ou blanc.
Il convient donc de commencer par casser cette idée que les abstentionnistes formeraient un parti ou une masse uniforme, en tant qu’ils sont une composante mouvante et circonstancielle de personnes aux idées et aux opinions bien diverses.
Il est d’ailleurs étonnant de voir des personnes aller voter à un deuxième tour d’une élection, au premier tour de laquelle ils n’ont pas participé ; typiquement les municipales.
Et j’ose affirmer que si on forçait les abstentionnistes à voter, sans possibilité de choisir blanc ou nul, alors nous trouverions sensiblement les mêmes résultats dans l’urne que ceux issus de la seule participation des personnes qui auront bien voulu faire l’effort de se déplacer ; tout du moins nous aurions le même ordre en tête des résultats.
Il faut aussi nuancer cette idée d’un candidat providentiel qui serait élu par les abstentionnistes qui seraient soudainement ébloui par son programme, en tant que le clivage gauche/droite, et bien d’autres lignes de divisions réapparaitraient indubitablement, et que l’abstention n’est pas dans le fait d’un rejet de la République, que d’un rejet de sa famille politique, que l’on ne veut pas forcément trahir ou abandonner.
Force est aussi de constater que les candidats vont davantage essayer de convaincre des gens qui votent que d’aller chercher des abstentionnistes (même s’ils le font pour la forme, car je doute qu’ils y croient en réalité) !
Enfin, de manière générale, je pense qu’il faut arrêter de vilipender et de porter un regard moral réprobateur sur les abstentionnistes qui ne sont pas tous des feignasses qui ne veulent pas se lever du dimanche, mais que l’abstention peut être un vrai choix politique réfléchi, à plus forte raison si l’on n’est pas républicain, ou que l’on ne croit plus en la République.

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