À Savigny, nous écrivons actuellement le prochain Projet pastoral de secteur 2018-2021. Et avec les meilleures intentions du monde, nos bons chrétiens développent un volet jeunes. Et je pense que c’est hyper-contreproductif, parce que nos jeunes chrétiens n’aspirent d’abord qu’à une seule chose : qu’on leur fiche la paix ! Ensuite, qu’on les considère comme des grands, sans ce faux-jeunisme hypocrite qui tranquillise les vieux.
Le premier problème, c’est que ce ne sont que des quinquagénaires et plus qui se posent la question de proposer une « politique » jeunes, et du fait du fossé générationnel, notamment de la fracture numérique, ils sont quand même à la masse. Et que les recettes qui ont fait florès il y a dix ans ne fonctionnent plus aujourd’hui !
Le deuxième, c’est que les jeunes qui servent de cobayes dans ce genre de réflexions, ont trop souvent une spiritualité charismatique. Et ils veulent de la prière, et des chorales ; et si les jeunes ne sont pas contre dans les grands rassemblements spirituels comme le Fraternel, ils s’en moquent le reste de l’année.
Le troisième, c’est les animateurs qui veulent « transmettre » la foi ; sans forcément bien savoir quel est leur foi. Et qui enseignent un catéchisme, au lieu de PARTAGER leur foi et de dire ce qu’ils vivent, ce qui suppose un recul de sa pratique religieuse. Donc ils font passer quelque chose de désincarné et impersonnel au travers des jeunes, et parfois ça reste, ou ça s’en va…
Le quatrième, c’est de vouloir responsabiliser les parents pour qu’ils mettent la pression sur les jeunes, alors que nos jeunes resteraient d’eux-mêmes, si le caté et l’aumônerie étaient intéressants, et surtout si on transformait la démarche administrative de parents qui demandent les sacrements pour leurs enfants, en démarche de foi des jeunes.
Le cinquième, c’est l’absence de l’assemblée voire aussi des prêtres au long de l’année. C’est bien de dire qu’il faut des jeunes, mais il faut aussi les laisser occuper une place, sans leur donner, mais sans les bloquer. Et trop souvent, nous ne sommes que dans le sentimentalisme, et finalement dans l’hypocrisie parce que nous voulons des jeunes pour dire que les vieux ne sont pas responsables du déclin de l’Église, et pouvoir leur reporter la faute dessus.
Bref, je suis assez malheureux parce que, de ce que j’en vois, nous considérons les jeunes cathos comme des grands immatures, au moyen d’un jeunisme malsain. Et au lieu de leur permettre de s’affirmer dans leurs propres convictions (ce qui entre nous est mal vu ; et je peux en témoigner de ce que j’en vis), on préfère en faire de bons chrétiens de tradition, qui clairement s’ennuient à la messe, et donc finissent par se tirer.
Ce qui me fait mal est que le concile Vatican II est justement responsabilisateur, et qu’il fait éclater les distinctions sociales et sociétales. Et qu’on recommunautarise pour séquencer et diviser le Peuple de Dieu. Qu’on commence donc par traiter les jeunes comme des chrétiens adultes, et qu’on fasse une « politique » pour les chrétiens dans leur ensemble, avant de faire une sauce pour chaque mouvement, service ou segment…
Avec du recul, et un regard critique, je m’aperçois que le (mon) Christ déserte de plus en plus nos églises. Avec le souci qu’il n’est parfois même plus là dans nos démarches sacramentelles et dans tout ce qui est accompagnement et éducation à la foi. Donc oui, on fait de la religion, mais on ne « fait » plus de foi. Et j’entends des discours auxquels les gens ne croient pas ; et je vois des gens qui interprètent l’Évangile, mais d’une manière pas toujours très christique… Et ils ne me donnent pas envie d’être (plus) chrétien…

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