Tout au cours de la semaine dernière (octobre 2017), différents établissements scolaires de Savigny-sur-Orge ont procédé à des exercices de simulation d’intrusion, avec plus ou moins de réussite… Retour d’expériences s’appuyant sur les témoignages de personnes ayant participé à ces exercices (lycéens, enseignant, ATSEM…).
Tout d’abord, je voudrais commencer par une réflexion de ma petite sœur qui trouve très hypocrite d’appeler ces exercices « simulation d’intrusion », alors que la réalité est une simulation d’attentat ou d’attaque terroriste. Et d’imaginer si on déclenchait la procédure anti-intrusion dès lors qu’une personne étrangère au lycée oublie de se présenter à l’accueil du lycée…
Regardons d’abord ce qui s’est passé en maternelle, qui révèle la nécessité de commencer ce genre d’exercices dès le plus jeune âge. En effet, plus on grandit et moins on prend ces entrainements au sérieux (comme les exercices de simulation d’incendie). Nous sommes très loin de la discipline des classiques exercices de simulation de séisme réalisés très tôt au Japon !
Donc on dit aux enfants de se mettre sous les tables et de rester en silence. Mais les enfants le perçoivent comme un jeu, et dix secondes plus tard, fou rire général et communicatif. Ce sont des personnes d’une autre salle qui sont obligés de venir leur dire qu’ils font trop de bruit.
Dans une autre salle, l’institutrice demande aux enfants de ne pas bouger et de rester sous les tables. Et on fait rentrer quelqu’un dans la salle. Et un enfant sort de sous la table pour voir qui c’est, et puis un deuxième… Et un troisième… Et ainsi de suite…
Allons maintenant faire un tour du côté du lycée Corot, où chacun était informé de l’exercice de ce vendredi 20 octobre. Ce qui est bien pour éviter de paniquer les usagers du lycée et les voisins. Mais qui casse tout le principe de surprise…
L’exercice était prévu pour 11 h 00 mais les cours commençaient à 10 h 30. Déjà, les professeurs faisaient la gueule par rapport à leur demi-heure perdue.
Le principe est de simuler que la salle de classe est vide et inoccupée donc dans le noir, donc avec les volets fermés. Mais pour éviter de perdre plus de temps, certains professeurs ont déjà fermé les volets par avance dans plusieurs salles.
Premier problème, on se rend compte qu’on est obligé d’en laisser quand même un ouvert parce que sans bloc « sortie de secours » dans les salles de classe, les occupants n’y verront plus rien lorsqu’il faudra éteindre la lumière pour faire semblant…
Toujours pour gagner du temps, le professeur prend aussi dès le début du cours une table (qu’il avait soigneusement préparée), et il la positionne contre la seule fenêtre de la salle donnant sur le couloir. Mais il se rend vite compte que cette table est trop petite pour cacher toute la fenêtre. Il se met alors à scotcher des feuilles de papier sur la partie haute de la fenêtre pour cacher la lumière, avec plus ou moins de brio.
Réflexion des lycéens : bah alors les terroristes devinent ainsi les salles occupées qui sont celles dont les fenêtres sont dissimulés des salles vides.
Arrive 11 h 00 et toujours rien, puis avec quelques minutes de retard, le déclenchement de plusieurs alarmes différentes mais successives et un message inaudible dans des haut-parleurs. Chacun comprend que l’exercice commence mais personne ne sait ce qui a été dit…
C’est alors que ce même professeur se rend compte que la porte n’est pas verrouillé, et que peut-être que ce serait bien de la fermer avec le verrou… Parce que quand même ce serait con d’avoir fait tout cela pour que l’intrus n’ait qu’à ouvrir la porte pour flinguer tout le monde.
Et ça s’arrête là pour la protection de salle, alors que l’intelligence voudrait que l’on mette aussi des tables derrière la porte pour empêcher qu’elle puisse être défoncée… Ou qu’on déplace une armoire pour bloquer l’ouverture… Ben non, personne n’y pense ! Et puis, ils ne sont pas déménageurs non plus !
On demande alors aux jeunes de s’asseoir contre le mur du couloir (Là aussi très con parce que vu l’épaisseur des murs, une rafale de kalach la traverse aisément). Problème, il n’y a pas de place pour les 35 ou 36 élèves. Donc certains restent au fond de la salle, d’où on peut les deviner.
Il faut ensuite éteindre les portables. Évidemment, beaucoup de jeunes ne le font pas et en profitent pour se prendre en photo, qu’il publie sur les réseaux, histoire de bien donner des indications aux terroristes, que BFM TV se chargera d’abord de leur résumer.
L’exercice se finit plus vite que prévu. Une discussion s’engage alors avec le professeur : il ne faut pas longtemps pour qu’étudiants et professeur tombent d’accord sur l’idée qu’il vaut mieux fuir en pareil cas que de se condamner à rester piégé dans une salle.
Ultime réflexion des lycéens : pourquoi des terroristes s’emmerderaient à entrer dans le lycée pour commettre une tuerie de masse alors qu’il serait tellement plus facile de faire plus de victimes en se positionnant à l’entrée de celui-ci à une heure de pointe ?
Nous sommes bien en France ; il n’y a aucune pédagogie qui permette aux intéressés de comprendre la logique de ce qu’ils doivent faire. Est-ce qu’on doit se protéger à tout prix ? Ou juste respecter la procédure qui ne dit que de cacher la fenêtre ? Pourquoi faut-il éteindre les portables ? Pourquoi faut-il ne pas bouger ? Et puis surtout, il y a un matériel défectueux qu’il serait temps de moderniser : alarmes, haut-parleurs… Enfin, comment fait-on dans la vraie panique ?
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