Il est tout d’abord difficile de comparer la situation de ces deux partis qui est à la fois très similaire et en même temps très différente. Le Parti socialiste (PS) connaît une véritable crise idéologique. Les républicains (LR) connaissent davantage une crise de gouvernance. Et pourtant l’un comme l’autre se privent désormais d’accéder au pouvoir, s’ils refusent de se réformer. Or, le résultat des dernières élections préfigure qu’ils ne vont rien changer !
À droite, on refuse toujours le droit d’inventaire du quinquennat SARKOZY. Le concept est simple : si SARKOZY n’a pas pu faire ce qu’il avait promis, c’est à cause de la crise financière de 2008. Il aurait eu besoin d’un deuxième quinquennat pour le faire ; on ne lui a pas permis.
Si en 2017, ils ont perdu, ils croient que c’est à cause des affaires de FILLON. Ils s’imaginent qu’il aurait suffi de changer de candidat pour pouvoir l’emporter, et gagner les législatives dans la foulée. Je n’y crois personnellement pas. JUPPÉ aurait aussi été balayé (moins que FILLON) à cause de son âge et du souvenir de 1995.
Aujourd’hui, LR vit avec son électorat de base à environ 20 % des suffrages exprimés, ce qui en fait la deuxième force politique du pays. Ils ont obtenu 130 députés, même s’il n’y en a que 94 qui sont vraiment fidèles au parti. Ils continuent donc de croire qu’ils ne sont pas désavoués et trouvent même qu’ils ont bien résisté.
À gauche, on pense que c’est HOLLANDE qui est responsable de la défaite, et on ne s’interroge pas sur le programme. On refuse surtout de voir que HOLLANDE n’a pas été de gauche et qu’il a trahi ses électeurs avec le traité européen, le CICE, la déchéance de nationalité… On refuse aussi de mesurer l’impact du mariage pour tous sur certains électorats.
Le groupe PS était annoncé comme mort à l’Assemblée. Ils sont presque quarante ! En 1993, ils étaient 57, alors ils devraient pouvoir se relever comme il y a vingt-cinq ans. Oui, mais à ce moment là existait encore le bipartisme PS/RPR-UDF, et le PS n’arrivait pas en cinquième position.
Et la gauche se refuse, comme la droite de 2012, à réaliser un droit d’inventaire pour ne pas fâcher tel et tel courant. Parce que les frondeurs sont majoritaires chez les militants (pas forcément encartés), mais qu’ils ne sont plus présents dans les instances dirigeantes du PS.
LR et le PS connaissent une crise de gouvernance en cela qu’ils n’ont plus de chef, et que des courants irréconciliables cohabitent. Les deux sont touchés par la tentation MACRON qui relève uniquement d’un opportunisme des cadres. Les deux n’arrivent plus à se positionner idéologiquement ; refusant de se tourner vers les extrêmes qui agissent comme des marteaux, tandis que le centre de MACRON est une enclume.
Leur grande erreur, ces dernières années, a été de centriser leurs discours, ce qui a permis aux extrêmes de progresser, tandis que le créneau du centre est incompatible avec la gauche comme avec la droite. Mais aller vers les extrêmes est aussi mal vu, et les partis n’arrivent plus à trouver cet équilibre qu’arrivaient à obtenir tant SARKOZY que HOLLANDE.
LR et le PS ne se réformeront pas parce que leurs équipes sont trop anciennes, et ne comprennent pas le dépassement idéologique qui existe. Le pire étant que ce sont ces deux partis qui ont préparé le terrain d’un candidat au centre. Si MACRON continue de valoriser les extrêmes, qui ne passeront probablement pas, alors gauche comme droite seront désormais les éternels perdants des seconds tour.
Mais pourquoi LR et PS ne prennent pas conscience de cela ? Parce que les équipes dirigeantes sont coupées des réalités. Alors tant que eux ont les places et arrivent à limiter les dégâts, ce dont ils se félicitent, ils ne changeront rien parce qu’ils savent ce qu’ils ont, et redoutent ce qu’ils pourraient trouver. Du coup, on créé des micro-partis ou des mouvements, mais on reste quand même rattaché au grand parti…
MACRON n’a pas créé quelque chose. Il profite du vide qui existe et le remplit. Il est le nouveau Front national pour tous ceux qui veulent sortir du clivage gauche/droite. Il pourra disparaître aussi vite qu’il est apparu. En attendant, c’est lui qui fait aussi tout pour que tant LR que le PS n’aient pas envie de se réformer, car il reste gagnant à la fin, par défaut ! Et c’est avec beaucoup d’intelligence qu’il rallie à lui des LR et des PS, que les partis n’osent pas exclure, ce en quoi, ils achèvent de se suicider !

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