« Vous n’en avez que pour trois semaines » ; « Ah oui, mais la régie des Transports, elle ne peut pas faire plus » ; « C’est pas notre faute, c’est l’Éducation nationale« … Les réponses de plus en plus méprisantes de la Ville de Savigny s’enchainent, face aux questions toujours plus nombreuses de dizaines de familles victimes de l’inondation des écoles Kennedy.
Ce samedi matin, 11 juin 2016, ils sont venus en nombre avec les instits mobilisés, devant la mairie pour en appeler à des solutions. Or, les jours à venir ne s’annoncent guère plus réjouissants. Pas plus que la rentrée de septembre qui n’est toujours pas garantie ! Familles et instits laissent donc deux jours à la mairie pour se retourner et proposer un service de transport pour la nouvelle répartition des classes dès lundi matin. Ils demandent également qu’on ne leur fasse pas payer la cantine, pour les repas froids qui vont être servis aux enfants. D’autant que beaucoup de ceux qui rentraient manger chez eux le midi ne pourront plus le faire de là où ils seront !!!
Dix jours de galère
Dans les cours des écoles, instits et parents ont retrouvé des poissons morts. L’eau est montée jusqu’à quarante centimètres dans les écoles et le gymnase. Les murs ne sont toujours pas secs. Ils auraient bien aider à nettoyer, mais on leur à dit qu’ils n’avaient pas le droit. Pendant dix jours, les enfants des écoles Kennedy ont donc été conduits chaque matin et raccompagnés chaque soir au gymnase Champagne où ils essayaient tant bien que mal d’avoir école. Mais non pas avec des chaises et des tables, comme dans toute école, non, à même le sol !
Car les services de la mairie ont dit aux instits que les tables auraient pu abîmer le sol. Notons que les instits avaient alors proposé en retour que des bâches soient installées pour protéger les sols, mais l’idée n’a pas fait son chemin chez certains esprits étroits. Le soir, les enfants étaient plus fatigués en rentrant à la maison. Certains n’avaient plus envie de retourner à l’école. À l’heure où les derniers Saviniens parviennent enfin à vider leurs caves inondées, de nouveaux problèmes se surajoutent aux sinistres, et les familles qui ont fait le déplacement ce samedi ne sont peut être même pas les plus touchées. Au moins expriment-elles leur volonté d’améliorer la situation, pour leurs enfants.



La grande inconnue : comment finir l’année scolaire ?
Cette instit aura appelé les familles l’une après l’autre pour leur annoncer la situation. Dans sa classe, elles sont huit à lui avoir fait savoir qu’elles ne pourront pas se déplacer dans les autres écoles. Soit parce qu’à cette heure là, il faudra emmener le petit frère ou la petite sœur dans un autre établissement à l’autre bout de la ville ; soit parce que le parent travaille et que si l’enfant pouvait rentrer tout seul quand il habitait à côté, ce ne sera plus le cas dorénavant.
Le maire adjoint à la Sécurité est là. Il représente le maire qui ne veut pas venir, tandis que l’adjointe à l’Enfance et aux Affaires scolaires est de mariage de l’autre côté de la mairie. Lui raconte qu’enfant, il marchait 4 km pour aller à l’école… Sous entendu, que les gamins de 2016 sont des feignasses. En face de ce maire-adjoint se trouve une maman enceinte. Un parent se tourne vers elle et lui dit qu’elle pourra accoucher plusieurs fois avec tous ces allers-retours. Un autre renchérit : « On l’appellera Kennedy« . Le rire reste la seule arme pour détendre l’ambiance.
En attendant, à 73 ans, c’est bien une voiture de la Police municipale qui exfiltrera Daniel JAUGEAS. Cette voiture l’aura sûrement déposé chez lui puisqu’elle reviendra après pour s’assurer que tous les parents partent bien… Le même Daniel JAUGEAS fuyait alors après s’être énervé et avoir lâché aux parents : « je m’en fous de la sécurité de vos enfants« . Ceci non sans avoir néanmoins tenté de se reprendre bien maladroitement juste après, en accusant ensuite les parents de déformer ses propos : « quand on déforme, on déforme« .
La colère des parents
Pour beaucoup, c’est un sentiment de mépris et d’abandon par les pouvoirs publics qui les envahit, et se renforce au fil des discussions stériles. La Ville estime avoir fait son travail en relogeant les classes dans d’autres bâtiments. Aux parents désormais de se débrouiller, y compris pour cette maman effondrée dont les quatre enfants sont dans quatre écoles différentes. « Nous passons déjà 2 ou 3 heures par jour dans les transports« , explique une maman, « nous ne pouvons pas en plus être partout au même endroit« . Pour elle, comme pour l’élue Lydia BERNET (PS), présente depuis le début, c’est à la Ville de fournir les transports scolaires !

Parmi les interrogations récurrentes des familles, il y a la cantine. Selon les écoles où seront déplacées les classes, les repas de midi à la cantine seront chauds (s’ils ont de la chance) ou froids (s’ils ne sont pas dans une structure comportant une cuisine). Des parents envisagent alors des grands plats chauds pour les enfants qu’ils apporteraient eux-mêmes, ou des gâteaux pour redonner le moral. Comme si SODEXO ne pouvait pas quitter la cuisine centrale avec des repas chauds juste avant l’heure de la cantine… Or, ces établissements de secours, qui soit dit en écrivant, ne sont sûrement pas faits pour accueillir autant d’enfants, pourront-ils recevoir les enfants dans des conditions dignes ? Avec le respect des normes d’hygiène, ou de la chaine du froid pour les produits alimentaires donnés aux enfants ?
Pour certains, la question est de savoir si les enfants auront vraiment école, ou si ce sera encore de la garderie, et des activités périscolaires. Auquel cas ils se demandent clairement s’ils ne vont pas les retirer de l’école pour la fin de l’année. Or, le site internet de la Ville, ou le compte Facebook, pour autant qu’on possède les moyens de s’y connecter pour trouver ces informations, ne précisent rien de tout cela ! Alors, ne parlons surtout pas à ces parents du « portail familles » et des inscriptions programmés pour la cantine et les activités périscolaires longtemps à l’avance sans annulation possible, le tout assorti d’une pénalité de 200 % si l’enfant manque. Mais comment fait-on si on n’a pas internet, si on ne parle pas ou qu’on ne lit pas le français, ou si l’enfant tombe malade, comme cela arrive fréquemment en maternelle ?
L’incompréhension est grande. Comment une ville de la taille de Savigny ne peut-elle pas faire plus ? Alors que nous sommes reconnus en état de catastrophe naturelle, qui plus est avec l’état d’urgence ! Comment se fait-il que la Ville de Morsang semble très bien organisée et que Savigny soit à la ramasse ? Beaucoup s’étonnent que le budget municipal ne prévoit pas un fonds de secours pour de tels imprévus, qui permettrait par exemple de payer des cars ou des chauffeurs. Dans l’émotion, les propos échangés ne sont pas toujours heureux. Pour en rassurer certains qui vont à Grand-Vaux, on leur a dit : « Ne vous inquiétez pas, on ne sera que entre nous« .
Où est le maire ? Quelqu’un a-t-il vu MEHLHORN ?

Ce matin, parents et instits auraient bien aimé voir le maire. Ça, ils l’ont vu cette semaine à l’occasion des stages de sensibilisation aux risques routiers. Mais ce n’était que de la communication pour faire des photos pour Facebook. Or, ce samedi matin, le maire est trop lâche, trop méprisant, pour refuser de venir rencontrer ces parents. Son cabinet prétexte qu’il est en réunion publique à Grand-Vaux (la réunion s’est en fait terminée à 11 h 30).
Cette lâcheté, on la retrouve à la mairie qui ne cesse d’accuser l’Éducation nationale. C’est la politique de l’autruche ; il n’y a pas de réponse parce que ce n’est pas notre problème parce que ce n’est pas nous qui en sommes responsables. Cela n’est pas sans rappeler la situation du vendredi 3 juin, jour d’inondations où toutes les écoles de Savigny étaient restées fermées, même celles au dessus du niveau de la crue… Là aussi, trois coupables s’étaient renvoyées la balle en vain. Finalement, la municipalité dit devoir attendre lundi matin pour trouver des solutions. Mais qu’ont-ils fait tout vendredi ? Et ce week-end ? Ils ne veulent pas bosser ?
En attendant, les parents s’organisent au mieux. Des instits proposent de prendre avec elles des enfants ; on sent l’émotion lorsque la voiture pleine de trois ou quatre enfants qui ne sont pas les leurs, elles pensent aux autres familles qui seront laissées sur le carreau. Des larmes coulent pour tous ceux que ces efforts ne parviendront pas à aider, avec un sentiment de culpabilité pour toutes ces familles à qui elles ne pourront pas rendre ce service.
Une maman évoque le fait de déménager parce qu’elle en a marre. Une autre annonce avoir pris une décision : « si lundi, rien n’est fait, je garde les enfants à la maison« . Les parents accompagneraient bien leurs enfants à la garderie dès 7 h 30, ce qui pourrait permettre à ceux véhiculés ensuite d’emmener les autres ailleurs, mais ils craignent la facturation ensuite, que la Ville ne se privera pas de leur signifier… Elle n’a en tout cas pas affirmé l’inverse !
Intelligence collective
En deux heures, les parents et les instits auront eu plus d’idées que la majorité municipale en deux ans : utiliser des salles du lycée Corot, des locaux de la mairie comme ceux de l’école municipale d’arts plastiques, la salle des fêtes, l’école Joséphine, des salles communales, la MJC, des salles privées dans le secteur de la gare… Pourquoi ne pas installer des pedibus ? Ou du covoiturage ? Avec une plate-forme d’inscription ou de mise en lien par téléphone et internet ? Mais beaucoup n’ont pas de voiture. Pourrait-on proposer aux animateurs du périscolaire de s’improviser chauffeurs de véhicules 9 places, en échange d’un complément de salaire. Ou faire appel à une entreprise privée ? Les communes voisines ne peuvent-elles pas nous prêter chacune un car. Et l’EPT 12 (l’intercommunalité), ne peut-on pas le solliciter ?
Les parents se séparent après 2 heures 30 de manifestation, bien décidés à s’organiser entre eux, si les pouvoirs publics n’en sont pas capables… La plupart affirme qu’ils seront là lundi, au moins pour essayer, mais ils ne garantissent rien pour la suite, si l’on continue à se moquer ainsi d’eux. Ils se souhaitent bien du courage. La fin de semaine va être longue.


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