Le mardi soir, je regarde « Garde à vous » sur M6. Ce programme, qui connait un succès d’audience, profite de la vague de sympathie post-attentats pour le service national. Les Français s’imaginent donc que le service national obligatoire intégrerait les jeunes Français, leur transmettraient les « valeurs de la République » et renforcerait l’unité nationale. Malheureusement, il n’empêcherait pas le terrorisme islamiste…
Il convient tout d’abord de rappeler que la suppression du service national (Jacques CHABAN-DELMAS alors Premier ministre ayant tué le service militaire par la loi Debré du 10 juin 1971 dans son projet de « nouvelle société« ) est une demande des militaires officialisée dans le deuxième livre blanc de la Défense de 1994. Or, paradoxalement, ce ne sont pas les socialistes qui l’ont supprimé car MITTERRAND avait des convictions, mais bien CHIRAC en 1996…
Les raisons d’une suppression
Tout d’abord, ce sont les moyens que l’armée n’a plus depuis qu’on les lui diminue depuis la fin de la Guerre froide. Là aussi, les crédits militaires n’ont pas diminué sous le socialisme mitterrandien (pour pouvoir vendre nos productions d’armes en Afrique) mais bien avec le retour de la droite. Ensuite, les militaires n’avaient plus le temps de se consacrer à la formation des civils. Enfin, à peine la moitié de la classe d’âge (47 % en 1995) accomplissait son service.
Le service militaire en Europe
Depuis la fin de la Guerre froide, la plupart des pays européens ont supprimé le service militaire qui leur coûte cher pour accomplir une éducation, qu’ils pensent que les parents, l’école et la société peuvent accomplir. Les Suisses ont toutefois voté par référendum pour le maintien de leur service militaire. Là bas, les hommes de 18 à 50 ans consacrent une semaine par an à leur pays. Ils partent par classes d’âge avec ceux de leurs villes et font du ski et de la randonnée. Leurs entreprises les indemnisent en leur versant leur salaire normalement sur la période.
La question de l’intégration
Il n’y a guère plus qu’au stade de foot, un peu dans les transports et surtout devant TF1 que l’on peut retrouver le libéral et le communiste, le Français autochtone et le Français allogène (ou allochtone), l’héritier rentier et le fils ouvrier. Mais malgré l’obligation du service (et je vois mal aujourd’hui comment on viendrait chercher de force certains objecteurs de conscience), il y a toujours moyen d’échapper à la discipline et à la rigueur militaire.
Comment j’aurais pu détourner l’esprit du service militaire ?
Personnellement, j’aurais pu demander, sitôt ma convocation, reçue à être rattachée à l’aumônerie des armées, le service où personne ne veut aller et où il y a des dizaines de places vacantes que même les prêtres ne sont plus assez nombreux à combler. Mais dans les bonnes planques, il y avait aussi les transmissions ou l’intendance. Mon père, pharmacien, a bien fait le sien dans les services de santé de l’armée, détaché à Djibouti, encore territoire français.
L’intérêt formateur des mouvements de jeunes
Globalement, le service militaire faisait des hommes des adultes. Il offrait une formation concrète qui développait l’esprit pratique des citoyens. C’est d’ailleurs ce moment de la vie que les totalitarismes ont essayé d’encadrer grâce à un scoutisme idéologique : les jeunesses fascistes ou hitlériennes ou bien la Milice en France. C’est à ce moment qu’on passe la deuxième couche de bouillie bordelaise, pour ceux qui ont vu le film Z de COSTA-GAVRAS.
Fraternité, cohésion et solidarité : des valeurs de groupe
La suppression du service militaire correspond à un idéal ultra-libéral qui détruit les groupes considérés comme des ennemis du marché. Ce faisant, les individus isolés sont moins forts et deviennent potentiellement un marché individuel. Pourtant, même ceux qui sont passés par le service national avant 1996 sont aujourd’hui globalement égoïstes et écrasent les plus faibles pour maintenir leur supériorité. Le service national était peut-être déjà un échec en lui-même.
Sur l’union nationale
Tout cela renvoie toujours à la question « Qu’est-ce qu’être Français ? » Or, les réponses n’ont jamais été aussi différentes entre ceux qui sont assimilés à la société française, ceux qui n’y sont qu’intégrés et ceux qui y adhèrent. Pourtant, l’union nationale ne peut se faire qu’avec des citoyens qui adhérent, qui sont « enracinés » pour reprendre l’expression de la philosophe Simone WEIL, malgré le fait que la Nation accueille largement tout le monde.
Le fait que la génération actuelle que l’on peut qualifier de « téléphone portable et internet » ne passe plus par le service national ou militaire n’en fait pas moins d’elle une jeunesse moins patriote ou moins française. Elle est toutefois certainement moins mature par son manque de praticité réelle du terrain. Mais pour le reste, tout est question d’adhésion et d’éducation et le terrorisme est d’abord un problème externe (attaquer la France) plut qu’un problème interne.

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