Ma première réaction face à ce texte est « Mieux vaut tard que jamais« . Ma deuxième est de me demander ce qu’il en est dans les pays à minorité musulmane. Ce 27 janvier 2016, les oulémas (théologiens) musulmans ont pris une déclaration historique affirmant les droits des minorités religieuses dans les pays à majorité musulmane. Ce texte a ensuite été ratifié le 28 janvier par le président de l’Union des mosquées de France.
Du 25 au 27 janvier 2016 s’est tenu à Marrakech (Maroc) un congrès sur les droits des minorités religieuses dans les pays à majorité musulmane. L’Union des mosquées de France (UMF) y participait pour représenter les musulmans français. De là deux autres questions : quelle part de musulmans français reconnaît l’UMF ? Le fait que cet événement ait eu lieu au Maroc n’handicape-t-il pas sa reconnaissance par les musulmans du courant algéro-turc ?
Que dit la déclaration ?
Elle insiste sur des « principes universels et des valeurs fédératrices » partagés par l’islam : le respect de la dignité humaine, le respect de la liberté de religion, la justice, la non-discrimination, la préservation de la paix, la bienveillance et la fidélité. Elle s’appuie également sur le texte de la « Charte de Médine« , rédigée par le Prophète Muhammad, réglant l’organisation de la société médinoise pluri-confessionnelle au VIIe siècle.
Elle invite les penseurs musulmans à encourager la citoyenneté et à prendre en compte l’actualité de la réalité socio-historique : « s’investir dans la démarche visant à ancrer le principe de citoyenneté, qui englobe toutes les appartenances, en procédant à une bonne appréciation et à une révision judicieuse du patrimoine du fiqh et des pratiques historiques, et en assimilant les mutations qui se sont opérées dans le monde. »
Elle demande aux institutions académiques et aux magistères religieux de revoir des manuels d’enseignement les passages qui peuvent inciter à la haine : « réaliser des révisions courageuses et responsables des manuels scolaires, de sorte à corriger les distorsions induites par cette culture en crise qui, outre l’incitation à l’extrémisme et à l’agressivité, alimente les guerres et les dissensions et sape l’unité des sociétés.«
Elle en appelle aux politiques et aux décideurs en terre d’islam de rendre vivante la citoyenneté et de réaffirmer les liens entre les religions : « prendre les mesures constitutionnelles, politiques et juridiques nécessaires pour donner corps à la citoyenneté contractuelle et appuyer les formules et les initiatives visant à raffermir les liens d’entente et de coexistence entre les communautés religieuses vivant en terre d’islam.«
Elle réclame un renouveau social des mentalités (ressemblant au socialisme nassérien de la République arabe unie) : « favoriser l’émergence d’un large courant social faisant justice aux minorités religieuses dans les sociétés musulmanes et suscitant une prise de conscience quant aux droits de ces minorités. Il leur revient aussi d’œuvrer sur les plans intellectuel, culturel, éducatif et médiatique pour préparer un terrain propice à l’éclosion de ce courant social. »
Elle incite les différentes communautés religieuses unies par le même lien national à dépasser l’Histoire : » soigner les traumatismes mémoriels nés de la focalisation sélective mutuelle sur des faits particuliers et l’occultation de siècles de vie commune sur une même terre. Elles sont également appelées à reconstruire le passé par la revivification du patrimoine commun et à tendre les passerelles de la confiance, loin des tentations d’excommunication et de violence.«
Enfin, elle invite à dénoncer et à rejeter toute « instrumentalisation de la religion aux fins de priver les minorités religieuses de leur droits dans les pays musulmans.«
Comment ce texte est reçu en France ?
L’Union des mosquées de France, par la voix de son président Mohammed MOUSSAOUI salue ainsi cette déclaration : « Par sa reconnaissance du principe de citoyenneté comme englobant toutes les appartenances et son invitation à une révision judicieuse de la jurisprudence musulmane pour tenir compte des mutations qui se sont opérées dans le monde ainsi que son appel à réaliser des révisions des manuels scolaires dans les pays musulmans afin d’y corriger les distorsions induites par l’extrémisme et y à favoriser l’émergence d’un large courant social faisant justice aux minorités religieuses, cette déclaration ouvre en réalité des perspectives qui dépassent largement la problématique des droits de ces minorités.«
J’espère donc que ce texte pourra changer certaines choses, et que les rivalités politico-religieuses ne viendront pas tout gâcher. Je souhaite surtout que ce texte puisse être appliqué et bien vécu par les musulmans de tous pays. Enfin, que ces évolutions se fassent aussi en France notamment pour tout ce qui concerne la révision des manuels scolaires et la relecture des passages incitant à la haine.
Ce serait mentir de dire qu’il n’y en a pas dans la Bible, et que l’Église catholique a aussi bataillé pendant des centaines d’années pour qu’à la fin de la crise de conscience européenne, on finisse par renoncer aux modèles théocratiques qui restaient jusque-là le but. Mais en attendant, les intégristes chrétiens ne se livrent pas à la même violence que certains intégristes musulmans, même s’ils ne sont sûrement que des gens manipulés.
À suivre ; je serai curieux de savoir quelle va en être par exemple la réception à la salle de prière des Prés-saint-Martin à Savigny. Est-ce qu’il va en être question, ou est-ce qu’on s’en fout parce que c’est une lointaine déclaration ? Est-ce que cela occasionne du débat (ce qu’on vit en pays d’islam n’est pas la même chose que ce qu’on vit en terre laïc de culture chrétienne) et surtout qu’est-ce qu’on en pense ? Ont-ils raison ou tort d’évoluer dans ce sens ?

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