La France est en guerre. La France a déclenché l’état d’urgence. Le Gouvernement nous demande de nous autocensurer pour préserver l’union nationale. Nos gouvernants ont sûrement raison de vouloir nous empêcher de mettre des mots sur les causes de nos maux, ainsi nous pouvons ressasser les conséquences jusqu’à ce qu’elles se reproduisent de nouveau au prochain attentat. Mais à qui profite ce soudain aveuglement ?
Lorsque je regarde ce qui se passe en France, j’ai un peu de mal à me dire que c’est le pays de la Révolution de 1789 ou de 1848. Les Français semblent devenus amorphes, anesthésiés. Le Peuple a perdu cet esprit de révolte qui façonnait son identité nationale. Mais j’en dis déjà trop, et il faut que je m’arrête, car le simple fait de nommer la question identitaire fait monter le Front national de Marine LE PEN en vue des prochaines élections.
Il n’y a aucun problème identitaire
Si des jeunes acceptent de partir se faire péter la gueule en Syrie ou de revenir en France pour y commettre des attentats, ce n’est absolument pas parce qu’ils ne se sentent pas Français ni même d’une autre origine, qui leur est refusée lorsqu’ils vont au pays pour les vacances. Ce n’est pas parce qu’ils se sentent apatride et que seule la condition universelle de « musulman » leur permet de combler tant bien que mal. On revient au Moyen-Âge d’avant les états-nations.
Pas d’amalgames
Parce qu’intrinsèquement, certains doivent penser que tous les musulmans sont des islamistes, on prend bien le soin de ne citer que les versets pacifistes du Coran, isolés de leur sourate et de leur contexte de rédaction. Seulement, le livre sacré de l’islam ne se limite pas à cela, et c’est peut-être en allant regarder les versets sur lesquels s’appuient le terrorisme islamiste qu’on comprendrait mieux la situation générale. Qui a lu le Coran pour pouvoir en parler ?
Tout va bien, les musulmans condamnent les terroristes
« Tout va s’arrêter car les musulmans condamnent enfin les terroristes » peut-on entendre. Les musulmans modérés ont toujours condamné les terroristes, ce qu’on semble redécouvrir à chaque nouvel attentat. Sauf que les islamistes ne reconnaissent pas la parole des musulmans modérés et qu’ils continuent de commettre leurs exactions en tuant au passage d’autres musulmans, mais ils ont l’habitude, c’est 90 % de leurs victimes en Irak et au Levant.
Tous à la guerre !
Super, les frappes françaises et russes ont tué 33 personnes mardi dernier. Ce ne doit même pas être la moitié du nombre de personnes que Daech recrute en une journée, mais ce n’est pas grave. Faisons la guerre aérienne à un ennemi qui s’est enterré jusqu’à 40 mètres sous le sol (les bombes perçantes israéliennes ne descendent qu’à 30). Cela coûte aussi cher et permet à l’ennemi de se renforcer, mais au moins, nous n’avons pas de morts de notre côté…
Tuons les chefs, visons les têtes
Pendant les croisades, les soldats de Saladin ne tuaient jamais les chefs des Templiers car ils savaient que tant qu’ils seraient vivants, on ne pourrait pas nommer un autre à leur place. En surveillant les terroristes reconnus et les mosquées salafistes, nous pouvons anticiper leurs actions. En les éliminant systématiquement (ce que je n’écris pas qu’il ne faut pas faire), on perd tout contrôle de ce qu’on avait réussi à encadrer jusque-là. Et après ?
L’union nationale, c’est trop géniale
Pour montrer que nous sommes unis, nous devons tous avoir le même discours de surface. Il n’est pas question d’émettre la moindre critique sur les dix-sept lois anti-terroristes votées en 30 ans, qui n’ont pas l’air très efficace, puisqu’on vote les suivantes alors que les précédentes ne sont pas encore appliquées. Mais elles ont participé à éviter certains attentats. Nous ne pouvons pas plus critiquer la politique judiciaire ou militaire des gouvernements.
Le modèle d’intégration va très bien
Traditionnellement, la droite défend l’assimilation qui consiste à transformer un immigré en produit national. Mais c’est quoi un Français aujourd’hui ? La gauche, quant à elle, défend l’intégration, c’est à dire le fait de rendre compatible la personne au marché de l’emploi. En 2015, nous ne pouvons plus intégrer car nous avons 5 millions de chômeurs. Quand tes études ne te servent à rien et que tu ne trouves pas de travail, il te reste la guerre sainte.
Il n’y a aucun problème dans les cités
En janvier, mes engagements au Secours catholique m’avait montré que plusieurs enfants (8-10 ans) prenaient le tueur du magasin casher pour héros. Déjà parce qu’il avait accédé à la gloire comme on fait Les anges de la téléréalité. Ensuite, parce qu’il avait défendu le Prophète. On ne sait pas qui est le Prophète ni ce qu’il dit mais il ne faut pas y toucher comme on n’insulte pas la mère de l’autre. Quant au rapport à la Police donc à l’État, c’est celui développé dans le film La Haine de Matthieu KASSOWITZ qui s’auto-alimente.
La liberté religieuse et la laïcité
La France permet-elle de vivre sa religion ? Le discours de recrutement des djihadistes s’appuie beaucoup sur le fait d’une France chrétienne à la politique anti-chrétienne. Les Français ont honte de leurs racines chrétiennes, les Français se dévoient en mariant les couples de personnes homosexuelles, les Français abandonnent leurs églises et en font des supermarchés La loi de 1905 est de plus en plus enfreinte mais la laïcité (de façade) tient bon, sauvé !
L’école républicaine forme de bons petits citoyens
L’école a pour idéologie de fabriquer des citoyens. Quand je vois ma ville, je ne vois pas beaucoup de citoyens. Quand être citoyen, c’est « naître et demeurer libres et égaux en droits » (article I de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789), et qu’on apprend que c’est intangible. Mais qu’on constate dans les faits que ce n’est pas vrai. Alors on est sensible au discours de mensonge et de complot des djihadistes qui propose la vérité par l’islam…
Tout est-il pardonné, comme l’affirmait Charlie-Hebdo au lendemain des attentats de janvier ? Peut-être, mais tout semble à refaire et on continuera de pardonner, pour montrer que nous ne sommes pas comme eux. Malgré tout, je pense que tous ces réflexes pavloviens sont néfastes et qu’ils nous empêchent de réfléchir donc de réagir, sous couvert de nous dire que ce n’est pas le moment. Mais ce n’est jamais le moment, sauf aux veilles d’élections (pour les promesses)…

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