Les Grecs distinguaient cinq pulsions chez l’Homme, les Chinois quatre, tandis que le psychanalyste Sigmund FREUD les a résumé en deux types : celles de vie et celles de mort. Je pense que la réalisation de ces pulsions s’exprime dans la création et l’échange des trois principaux fluides humains : le sperme, le sang et la sueur.
Depuis plusieurs mois, la réflexion de David ESCHER, personnage clé de la série Real Humans, m’obsède. Que serait un être humain avec 50 % de pulsions de vie et 50 % de pulsions de mort ? Il ne pourrait en effet rien faire et s’auto-détruirait sûrement. Inconsciemment, mon instinct animal, de survie, choisit la vie pour perpétuer la race humaine. Consciemment, je choisis la vie, en chrétien, donc de faire triompher mes pulsions de vie en moi et autour de moi.
Le sperme : la vie
Dans la mythologie sumérienne (IIème millénaire avant J.-C.), le Père des dieux créé la vie en se masturbant, en mettant sa semence dans sa bouche où il la féconde (Me demandez-pas comment ? Par sa parole ?) puis en la recrachant. D’un point de vue scientifique, les hormones sexuelles participent à la vie du cerveau puisque les rats castrés voient l’activité de leur complexe hypothalamo-hypophysaire ralentie.
À partir de sa puberté, l’homme est capable théoriquement, grâce à son sperme, de féconder plusieurs de ses semblables tous les jours (et on ne parle ici bien que de femmes). Il trouve sa motivation dans le désir sexuel, que l’Homme peut contrôler puisqu’il n’est pas un animal mais un « roseau pensant » (Pascal). En cela, il répond à une pulsion qui doit permettre la reproduction et que l’instinct lui fait ressentir comme un besoin biologique.
Car la civilisation et son humanité font que l’Homme ne va pas « tirer » sur tout ce qui bouge, même s’il en est capable. Juste assez pour que les plus petites cellules d’Homme (les spermatozoïdes) rencontrent la plus grosse cellule d’Homme (l’ovule). Et jusqu’à présent, la reproduction ne peut se faire qu’à l’aide de cette semence, que l’on ne peut pour l’instant pas créer artificiellement.
Le sang : la mort
Il y eut des civilisations méso-américaines avec une caste de prêtres-soldats qui faisaient des guerres pour que le sang des victimes abreuve la terre des dieux, ainsi que des sacrifices humains dans lesquels le sang apaisait ces dieux. Certaines tribus Amérindiennes, coutumières des pactes de sang les liant jusqu’à la mort, se recouvraient le corps de peintures de sang avant de partir au combat. Toutefois, les conflits ont plutôt toujours eu lieu plus pour des intérêts politiques et économiques, que dans un but sanguinaire.
Le sang circule en circuit fermé dans le corps. Nous ne sommes donc pas censés le voir couler chez nous, autrement que dans nos veines, ni le connaître naturellement (rappelons-nous ceux qui au Moyen-Âge croyaient que les Rois avaient le sang bleu). Pourtant, nous le fréquentons au quotidien dans la viande rouge (mort de l’animal), dans nos blessures (mort des tissus de la peau qui le laissent couler), dans les menstruations (mort de l’ovule) et en avons parfois une utilité sociale comme les Hébreux recouvrant leur maison du sang de l’agneau en Égypte ou les Grecs exposant le sang de la vierge sur les draps nuptiaux après le mariage (mort de la petite fille devenue femme).
Aujourd’hui, nous connaissons scientifiquement le rôle du sang, les dégâts de son absence (la mort cellulaire) et son possible remplacement par celui de l’arénicole (ver marin breton) sans le problème des groupes sanguins. Pourtant, l’homme en colère (pris d’un « coup de sang » ou aux « yeux injectés de sang ») est pris du désir de faire couler le sang à l’intérieur (hématomes ou hémorragies internes) ou à l’extérieur. Il marquera alors visiblement sa puissance et sa supériorité. Des pulsions refrénées par la culture et l’éducation de l’Homme, restant pourtant conditionnées par une part de son animalité (qu’il doit maîtriser). La même qui chez les animaux fait aimer à certains le goût, la couleur ou l’odeur du sang.
La sueur : frôler la mort pour se sentir vivant
Alexandre le Grand disait que « seuls le sexe et le manque de sommeil me rendent conscient de ma mortalité« . L’homme aime se mettre au défi ou en danger afin de vérifier qu’il vit et parfois frôler sa mort. C’est d’ailleurs un besoin intimement lié aux questions existentielles et métaphysiques auxquelles la religion est une partie de réponse : Pourquoi je vis ? Qu’est-ce qu’il y a après la vie ? Qu’est-ce que la mort ? La mort est-elle une fin ? Les enfants sont très sensibles à cette prise de risques (et à ces questions), protégés par leur inconscience et une sorte de « cocon social ».
La sueur est une réaction du corps en mouvement. L’élimination de l’eau, consubstantielle à la vie et au bout de laquelle il y a la mort par déshydratation, du muscle, qui s’en sert pour se refroidir et rester à 37°. Elle est provoquée soit physiquement (une action ou l’effet de la chaleur) soit psychiquement (la peur ou l’angoisse). On notera alors que l’odeur de la première est moins forte que celle de la seconde. Cette transpiration est naturelle et la nier ou la chasser par un déodorant participe à une manière d’ignorer la vie puisque seuls les défunts ne transpirent plus. Au contraire, le sauna qui provoque la transpiration permet d’éliminer les impuretés qu’elle contient.
L’effort physique est toujours limité par le temps ou l’espace et le corps nous le rappelle avec la sueur. Pendant la seconde guerre mondiale, un général américain aurait dit qu’une « bonne dose de sueur peut parfois économiser plusieurs litres de sang« . Pourtant, faire du sport à outrance (transpiration physique) n’est pas plus naturel que s’engager pour faire la guerre (transpiration physique et psychique). Or, l’Homme ne peut pas rester inactif sinon il s’atrophie et finit par mourir (constatation dans les prisons chinoises communistes). Il a donc besoin de transpirer pour prouver qu’il vit et qu’il agit, se distinguant alors de l’état post mortem.
Sperme, sang et sueur, telles sont les fluides qui conduisent les Hommes lorsqu’ils laissent leur animalité prendre le pas sur leur humanité. En effet, ce qui distingue l’Homme de l’animal est sa capacité à maîtriser ses pulsions, en plus d’avoir une réflexion (le cogito).
Pour autant, une trop grande différence entre sa part de pulsions de vie et de pulsions de mort (le violeur libidineux ou le tueur sanguinaire) relèvent de la maladie mentale et de problèmes psycho-somatiques (de l’âme et du corps).

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