Fatigué d’avoir été expert Vénézuela puis expert Groenland, le tout dans la même semaine, je redeviens basiquement constitutionnaliste expert motion de censure, avant ma transformation prochaine en expert Iran !
Face à la réussite d’une motion de censure spontanée, qui suivrait soit l’adoption du Mercosur (LFI a déjà déposé la sienne), soit le rejet du vote du budget, à moins qu’elle ne résulte d’une motion de censure provoquée, en réaction à l’utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter ledit budget, le président et le Premier ministre se sont accordés pour procéder à une dissolution, qui arriverait en même temps que les municipales des 15 et 22 mars 2026.
Mais je le rappelle, au vu de la composition actuelle de l’Assemblée nationale, seul le groupe PS est en capacité de faire chuter le gouvernement.
De prime abord, je dirais que le PS n’a pas intérêt à une telle dissolution.
En cas de double-élection, les gens auront plutôt tendance à mettre le même bulletin dans les deux urnes (municipales et législatives).
Or, dans de nombreuses villes, la gauche se divise entre les Insoumis et les autres ; il sera donc difficile de refaire une union de la gauche ; et les deux gauches irréconciliables vont s’éliminer mutuellement sur les deux scrutins, comme cela part encore pour 2027.
Et puis, dans les sondages, la gauche recule, donc on risque d’avoir des seconds tours opposant le bloc central au RN.
Honnêtement, c’était déjà un miracle que le PS ait autant de députés en 2024, alors qu’il y avait union ; je ne pense pas qu’ils pourront en retrouver autant.
Maintenant, le PS a aussi intérêt à une dissolution.
Déjà parce que cela fait plusieurs fois qu’ils sauvent le Gouvernement, et qu’on finirait presque par penser qu’ils sont complices, notamment sur le budget et les retraites.
Ensuite, parce que Place publique commence quand même furieusement à rassembler les anciens macronistes de gauche, quittant le navire. Cela va être difficile de garder la cohérence avec cela.
Enfin, parce que plus ils tardent, et plus il leur sera difficile pour eux d’exister indépendamment, et de faire valoir une identité propre, qui est honnêtement peu lisible aujourd’hui. Les gens votent pour eux par rapport à la NUPES ou au NFP, pour faire « gagner la gauche ».
Ce serait aussi l’occasion, s’ils arrivent à s’associer avec Place publique, Les Écologistes et le PCF, de mettre en minorité LFI, et de reprendre l’ascendant ; ce qui sera d’autant plus difficile si MÉLENCHON revient prendre la lumière à l’approche de la présidentielle.
Pour autant, le PS n’a plus ses forces d’avant.
L’appareil militant est quasiment réduit à néant.
Je ne suis pas certain qu’il soit capable de mener une double-campagne.
Aujourd’hui, le PS existe parce qu’il y a des unions de la gauche locales et nationales.
Je pense qu’ils ne pèseront plus autant qu’avant, si dissolution, alors qu’ils tiennent aujourd’hui le Gouvernement, d’où le prix d’homme politique de l’année 2025 à Olivier FAURE.
Mais peut-être une scission, pour dure soit-elle dans les deux ans à venir, est nécessaire pour leur permettre de survivre au-delà de 2027 ?
À moins qu’ils soient déjà morts, mais ne le sachent pas encore ?

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