Samedi dernier, le monde a redécouvert qu’il y a une guerre en Palestine depuis des dizaines, voire des centaines, voire des milliers d’années (relire les chapitres 6 à 12 du livre de Josué dans la Bible sur la conquête de Canaan) ; oubliant par la même l’occasion l’Ukraine, et peut-être davantage l’Arménie, si tant est qu’on en ait jamais parlé dans les médias grands publics.
Je commencerais par remarquer que l’altruisme et la compassion des uns n’est ouvertement motivée que par un devoir de repentance, et qu’il ne faudrait aider l’Arménie ou Israël, non pas parce que ce sont des femmes et des hommes victimes d’une agression ou du terrorisme, mais d’abord ou aussi parce qu’ils ont subi des génocides dans leur Histoire…
Je veux d’abord dire que cet argument « passéiste » ne me convient pas intellectuellement.
J’espère que notre humanité ne s’arrête pas à ce genre de considérations, et qu’on peut aussi écrire le présent, sans forcément tout ramener à la relecture, voire à la révision d’un certain passé, auquel on applique nos critères moraux d’aujourd’hui.
La lutte mémorielle, outre les limites scientifiques qu’elle rencontre, détourne surtout de la question du présent.
La guerre des mémoires amène davantage à vouloir concurrencer les époques ou à placer sur un même plan des éléments incomparables.
Et c’est comme cela qu’on en arrive aujourd’hui à entendre des extrêmistes africains dire qu’ils n’ont rien à foutre de l’Holocauste, parce que des financiers juifs ont investi dans des navires négriers qui ont participé à la traite, et qu’à ce moment-là, les juifs n’ont rien dit.
De la même manière qu’on entend aussi des extrêmistes juifs contester le fait que l’Holocauste ait visé les Tsiganes.
Je ne vois pas comment on peut sortir de ces conflits, avec des gens idéologisés de toute part…
Le même jour, 2 000 Afghans mourraient dans un tremblement de terre, dans une indifférence quasi-générale.
Qu’est-ce qui fait que la vie des uns semble avoir plus de valeur que la vie des autres ?
En quoi une mort donnée par un terroriste est-elle différente d’une mort dans un tremblement de terre ?
Pourquoi entend-on que l’un aurait pu être évité mais pas l’autre ?
Pourquoi pas les deux ?
Ou pourquoi pas aucune des deux si c’était l’expression d’un destin impitoyable ?
Lorsque l’on est croyant, pourquoi Dieu aurait-il pu arrêter le bras des terroristes, mais n’aurait-il pas pu arrêter le tremblement de terre ?
Et plutôt, pourquoi n’a-t-il pas arrêté les deux ?
Dans mon christianisme, Dieu est Dieu parce qu’il est plus puissant que l’Homme.
Il aime autant le terroriste que l’innocent, chose que nous ne pouvons pas concevoir parce que nous voulons un Dieu à l’image de l’Homme, alors que c’est l’Homme qui est à l’image de Dieu.
J’ai honte de mon Église catholique, qui verse dans le politiquement correct.
Et sans aller jusqu’à demander la prière pour les terroristes, par exemple afin qu’il se repente et se convertisse.
On a fait comme avec Nahel, où l’on a pas prié pour le policier…
Et l’on a prié que pour les Israëliens, en envoyant bien se faire foutre les Palestiniens.
Le rôle de l’Église est pourtant de prier pour tous les Hommes, et pour la paix.
Moi le premier, je ne pensais pas franchissable la frontière entre Israël et la bande de Gaza.
Moi aussi, je pensais la technologie de ce mur indépassable, et moi aussi, je voyais les Palestiniens, avec leurs motos et leurs AK-47 comme des ploucs illettrés qui seraient rapidement arrêtés, grâce au meilleur service de renseignement du monde.
Un peu comme quand les Libyens faisaient des incursions au Tchad, et que la France envoyait deux Rafales pour détruire les colonnes armées.
Mais je pensais surtout qu’une offensive viendrait plutôt du Liban ou de la Syrie.
Qu’avec tout l’argent donné pour endormir l’Égypte, la Jordanie et l’Irak,
Qu’avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’état israélien par plusieurs pays (et je suis opposé à cette reconnaissance en l’état actuel),
Qu’avec les accords d’Abraham,
Qu’avec la poursuite de la colonisation,
l’effacement de la Palestine au sein d’Israël était inévitable.
Et puis non…
J’avais tort.
Je ne m’attarde pas sur ces raisons qui pourraient donc me valoir un procès.
Je crois que notre humanité se mesure à la hauteur et à la dignité de la réponse que nous sommes capables d’apporter en période de crise.
J’entends qu’il y a des otages, et qu’on veuille, et qu’on doive tout faire pour obtenir leur libération.
Mais je ne crois pas que couper l’eau et l’énergie, en misant sur le fait que la population civile lâchera le Hamas, et soutiendra Israël, réglera le conflit.
Au contraire, je pense que les Palestiniens auront encore plus la haine, et qu’ils voudront à nouveau se venger, et de plus fort.
Je ne suis pas naïf que le Hamas a commis ce conflit, déjà pour se débarasser du Fatah qu’il juge trop mou.
Ensuite pour purger son armée de 40 000 hommes, des 2 000 éléments les plus vindicatifs.
Je suis bien conscient que le Hamas se sert de la population civile de Gaza comme d’un bouclier, en souhaitant qu’il y ait le plus de morts possibles, pour mobiliser pas tant à Gaza, que les autres musulmans, dans les autres pays.
Et force est de constater que cela fonctionne en France !
Le problème avec le conflit israélo-palestinien est qu’on nous intime de prendre parti, en disant qu’il y en a forcément un qui est mieux que l’autre.
Moi, je refuse de rentrer dans ce jeu. Israël et les Palestiniens ont moralement tort tous les deux. Il n’y en a pas un qui rattrape l’autre.
Toute mort civile, d’un Israélien, comme d’un Palestinien est condamnable.
Je suis toujours très dérangé quand on veut interdire une expression ; en l’occurrence, le soutien au Hamas ou la justification des attentats.
Déjà parce que l’interdiction envoie le message que cette expression est plus forte, ou plus vraie, puisqu’il ne sera pas possible de lutter contre elle.
Ensuite, parce que toute interdiction génère la transgression.
Enfin, parce que je crois encore que nous pouvons être plus fort que des expressions, et normalement convaincre qu’il est meilleur d’être contre le Hamas plutôt que pour lui, ou qu’on ne règle pas les conflits par les attentats.
Moi, je ne soutiens pas le Hamas parce que je ne soutiens pas le recours à la violence physique et au terrorisme, comme moyens d’action politique.
Mais je vais ici commettre un crime d’apologie du terrorisme, je peux aussi et cependant comprendre son recours quand vous n’avez plus rien à perdre.
Moi, je n’ai pas peur d’une expression contraire ou contradictoire.
Je n’aime pas les injonctions à la condamnation du terrorisme.
Je suis libre de condamner le terrorisme armé du Hamas.
Je suis aussi libre de condamner la réaction d’Israël, lorsqu’elle coupe l’approvisionnement en eau.
Et cela ne veut pas dire que je les mets sur un même plan.
Au-delà, la triste réalité est que vous avez plus de gens prêts à mourir pour installer un régime dictatorial, que de gens prêts à donner leur vie pour la démocratie.
Et qu’il y a une peur et une incompréhension de l’Occident qu’il se trouve des gens déterminés, qui soient prêts à mourir pour des idées, là où il n’y en a pas ou plus dans ce même Occident.
Même si dans chaque armée, les militaires se battent majoritairement d’abord pour l’argent et la gloire, plutôt que pour quelque idéal que ce soit.
Cet été, les mêmes qui nous disaient que l’abaya n’est pas un vêtement religieux, nous expliquaient qu’il était islamophobe de l’interdire.
Je constate qu’on continue d’affirmer que les antisionistes sont des antisémites, alors que l’affrontement en cours n’oppose que des sémites ; certains juifs, certains musulmans, certains chrétiens, et certains qui n’ont certainement rien à foutre de Dieu, et qui doivent vraiment remettre en cause son existence pour qu’il laisse se passer tout cela.
Je suis d’ailleurs triste d’observer certains Français juifs, qui parce qu’ils sont plutôt de droite, donc se retrouvent naturellement à soutenir le Likoud par proximité politique, aller justifier les récentes réformes de NETANYAHOU qui visent à remettre en cause l’indépendance de la justice.
Je crois que ce conflit prend surtout prétexte de la religion pour régler des questions politiques, et que la religion n’a que peu à faire là-dedans.
Je dis que les Palestiniens sont davantage remontés contre les Israëliens parce qu’ils occupent un territoire qu’ils ont occupé avant eux, plutôt que parce qu’ils ne reconnaissent pas le Prophète de l’islam.
Je refuse les parallèles entre la France et Israël, par rapport à ceux qui veulent voir dans cette attaque, le prélude d’une future guerre civile qui serait menée par les musulmans contre les Français non musulmans.
Et qui chose intéressante, font en fait le jeu des financiers du Hamas, qui cherche à créer les conditions d’un djihad mondial, par la mobilisation des musulmans, qui s’organiserait en réaction à la haine des musulmans.
La France n’a pas repoussé à ses frontières un peuple musulman qui était déjà sur son sol.
Si des islamistes peuvent s’en prendre à la France, ce ne sera en tout cas pas pour cette raison.
Et attention aussi à ce que peut-être des musulmans pourraient s’en prendre à des juifs, non pas parce qu’ils sont juifs, mais par rapport à ce qui se passe en Palestine.
Je note le décalage de ceux qui condamnent par principe les rave parties en France, à cause de l’image de drogue et de dégradation qui leur est attachée.
Et puis qui soudainement vont nous dire, non pas que personne ne devrait mourir nulle part, et pas même dans une rave party, mais que la rave party est une bonne chose…
Je demeure partisan d’une solution à deux états, avec une Cisjordanie dévolue aux Palestiniens.
Je pense aussi que conserver une enclave à Gaza est intenable et qu’il faudrait organiser le déplacement de cette population vers des Territoires palestiniens de Cisjordanie.
Et de rappeler que ce qui a peut-être participé à ce qu’il n’y ait pas de troisième guerre mondiale avec l’Allemagne, est qu’on a déplacé de force tous les Allemands qui s’étaient installés dans les pays de l’Est depuis les chevaliers Teutoniques, pour arriver à des populations ethniquement homogènes.
Je demande aux Israëliens comme aux Palestiniens de ne pas importer leur conflit en France.
Et comme chrétien, je prie pour la paix.


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