Je pense que les laïcs, qui occupent un ministère institué (qu’il soit salarié ou non), sont globalement maltraités dans l’Église catholique, parce qu’ils ne sont pas considérés, comme des personnes occupant en tant que telle une fonction à part entière, mais plutôt perçus comme des supplétifs qui doivent boucher les trous causés par le manque de prêtres. En fait, le revirement de mentalité voulu par le concile Vatican II, qui mettait tout le monde à égalité, n’a pas réellement eu lieu…
Avant 1965, la vision de la société par l’Église était pyramidale : le Christ, puis le pape, puis les cardinaux, puis les évêques, puis les prêtres, puis les diacres, puis les consacrés, puis les laïcs (puis les gens hors de l’Église).
Les méchants diraient qu’il faudrait même sortir les femmes des laïcs et les mettre en tout dernier…
Et en 1965, c’est le drame, puisque l’Église décide que tout le monde est à égalité (y compris hors de l’Église), et que Dieu ne donne pas plus de grâces au pape qu’à votre serviteur. Ouille !
Du coup, tous les clercs, qui tiraient un peu de pouvoir de la pyramide, font la gueule, et bloquent l’évolution, en inventant qu’ils ont quand même reçu un peu plus de Esprit-saint que les autres…
Le problème est qu’on en est resté là dans les mentalités pour une majorité du clergé ; dans la nostalgie de cette époque où il y avait des prêtres à ne plus savoir qu’en faire, et qui étaient donc partout (et souvent nulle part – mais cela n’a pas beaucoup changé).
Et donc, je m’en rends compte de plus en plus, un laïc n’est pas forcément une personne choisie pour occuper un poste du fait de ses capacités, mais le bouche-trou d’un poste qui devrait être occupé par un clerc, qui le ferait nécessairement mieux que lui, avec la considération qui va avec.
D’où que certains clercs se permettent certaines choses avec les laïcs, que jamais, ils ne se seraient permis avec un autre clerc ; bref, du cléricalisme, au sens d’un abus d’autorité ou d’un abus de pouvoir.
Je soutiens donc, dans les malheurs contemporains que rencontrent notre Église, qu’il faudrait d’abord que les prêtres, et particulièrement les nouveaux prêtres ordonnés, fassent preuve d’une grande humilité afin de reconnaître qu’ils ne valent pas plus ou pas mieux que les autres laïcs, qui peuvent même, sur certains sujets, être plus compétents qu’eux.
Et donc, en tout état de cause, on ne parle pas mal à un laïc, on ne lui donne pas des ordres, on ne l’engueule pas de manière exagérée et injustifiée, on n’attend pas de lui qu’il donne plus que les diligences normalement attendues, on ne lui fait pas ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait.
Et c’est sûrement là aussi une porte d’entrée pour réinterroger le célibat des prêtres, ou la temporalité de l’ordination, lesquelles se justifiaient essentiellement par ce mode de pouvoir : la contre-partie du pouvoir du prêtre était sa vie d’ascèse, qui l’érigeait en personne hautement plus morale.
Et tout cela a quand même été renversé par Vatican II, qui ne voit par exemple plus le sexe comme une chose immorale, dès lors qu’il est accompli au sein du couple marital (1965 pour revenir sur un truc inventé en 1555 qu’il ne fallait avoir de relations sexuelles qu’en vue de la procréation).
Bref, les ministères institués des laïcs ne pourront pleinement s’épanouïr dans l’Église qu’à partir du moment où les clercs diront que leurs ministères ordonnés ne sont pas supérieurs, parce que la seule valeur cardinale est celle de l’engagement au sein d’un ministère, indistinctement de sa nature.
C’est la seule chose qui plaît à Dieu, et c’est la seule chose qui vaut.

Laisser un commentaire