Pendant cet été 2021, j’ai lu les cinq tomes parus à ce jour de la bande dessinée autobiographique « L’arabe du futur » de Riad SATTOUF, qui raconte « l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille » au Moyen-Orient dans les années 1980.
La première chose que je me demande est d’ailleurs à quel point c’est réaliste parce que sur les photos d’aujourd’hui, on a du mal à se dire que Riad SATTOUF, qui est très brun, ait pu être cet enfant blond. Pareil, la thèse de son père à la Sorbonne relayée sur Wikipédia ne correspond pas au sujet qu’il en donne dans le livre. Donc quelle est la part du vrai ?
Le premier tome est captivant. Le deuxième est décevant. Le troisième redevient intéressant. Le quatrième est moyen. Le cinquième est déprimant.
Si je devais porter une appréciation, à l’aune de mes critères moraux d’Occidental de 2021, c’est que c’est beau mais triste.
Ce n’est pas tant l’enfant qui grandit que l’échec de ce couple mixte et la dislocation de la famille qui fait peine à voir, sans parler des enfants déchirés entre deux cultures opposées.
On se régale de découvrir le Proche-Orient, sa culture, sa cuisine, ses pratiques, ses jeux, ses expressions comme « mange de l’air » pour dire « ta gueule » et « faire voler de l’eau » pour dire « uriner »…
Mais ce monde arabe est moche voire irrécupérable selon la description qu’en fait SATTOUF de ses yeux d’enfant.
C’est un monde corrompu, hyper-violent, pauvre, sale, hypocrite envers Dieu et la religion, antisémite, raciste, misogyne, négrophobe… Les gens se détestent jusque dans les familles. Ils se volent entre eux (le frère qui vend les terrains du père et les neveux qui arrachent ses récoltes). L’arabe syrien ne peut pas voir l’arabe jordanien et tous se méprisent. Ils sont constamment en train de tricher pour les travaux de leur maison ou pour leurs examens (à se demander s’il y en a qui travaillent). Ils apprennent la religion mais ils n’en comprennent rien. Ils se réclament du socialisme mais ils importent du Liban…
Évidemment, le plus déprimant est la radicalisation du père, pourtant arabe libéral et moderne qui a fait ses études en France et qui est docteur en Histoire à la Sorbonne (parce que cela aide en politique et qu’il ne pouvait pas voir à la vue du sang) qu’il explique très bien dans le tome 4 : aux yeux des gens de son village syrien, être docteur en France ne valait rien. En revanche, ce père est devenu quelqu’un de respecté au retour de son pèlerinage à la Mecque…
Il y a encore la description de la circoncision, que SATTOUF a vécu grand enfant, et au-delà quelque chose de profondément islamophobe… Même si la description du christianisme, de ce qu’en fait sa famille, par l’ancien collaborateur de Charlie-Hebdo n’est pas plus tendre.
Or, je veux croire que le monde arabo-musulman soit quelque chose d’autre que cette description, même si ce qui fait le plus mal, est qu’elle soit en fait probablement réaliste et annonciatrice d’une incompatibilité civilisationnelle.
D’autant que SATTOUF se montre aussi très critique des Maghrébins en France qui ne sont présentés que comme des jeunes délinquants…
À la fin du premier tome, le père dit à son fils que l’arabe du futur va à l’école.
Cet arabe du futur aurait d’abord pu être ce père, mais qui en effectuant ce retour à la religion, oublie ce libéralisme et cette modernité qui l’animait à ses débuts.
Mais l’arabe du futur est-il donc ce fils, qui à bien y regarder, est en fait devenu la parfaite copie du petit occidental : il ne parle plus arabe, il est athée à tout le moins agnostique et tout ce qu’il fait à l’âge du collège serait réprouvé par ses cousins syriens…
J’ai bien aimé ces livres et les réflexions qu’ils ont pu suscités chez moi, quoiqu’on en ressorte un peu écœuré, en se disant qu’il y a beaucoup de gâchis…



Laisser un commentaire