Que Christophe-Reynald MICHEL déplore que la Pologne ait restreint l’accès à l’avortement est une chose.
Mais je trouve que la manière par laquelle il l’exprime, et l’analyse politique qu’il en dresse, sont vraiment déplorables !
À quand l’achat d’une colonne vertébrale idéologique pour écrire moins d’absurdités ? On va surtout se cotiser pour lui offrir « le libéralisme pour les nuls ».
Parce qu’il ne comprend vraisemblablement pas que c’est le modèle économique qu’il soutient, quoique contradictoire avec la conscience écologique qu’il s’invente, qui encourage l’augmentation de la population comme tant de nouveaux consommateurs représentant tant de nouveaux marchés.
Premièrement, il est intéressant d’observer la lâcheté avec laquelle MICHEL se planque derrière la figure tutélaire de Simone VEIL.
Il n’écrit pas franchement un engageant « je suis pour l’avortement » mais plutôt : heureusement que la personne qui a porté la loi pour légaliser l’avortement en France est décédée pour ne pas voir que la Pologne a souverainement décidé de supprimer l’avortement dit « de confort ».
C’est une forme d’euphémisation et ce n’est pas super honnête quand on assume ses positions.
Deuxièmement, le grand politologue MICHEL y voit une conséquence à la fois du mélange de la politique et de la religion et en même temps une atteinte à la laïcité.
Donc déjà il faudrait lui expliquer que la Pologne ne se revendique pas être un pays laïc, même si leur constitution indique bien la séparation de l’Église et de l’État. Pire, ils revendiquent leurs racines chrétiennes dans le préambule de leur constitution.
Je vais y revenir quand je vais parler de la vision de l’Europe et de la démocratie selon MICHEL.
Ensuite, on pourrait l’interroger sur les mélanges entre politique et religion dans les pays de culture musulmane, sur lesquels on ne l’entend pas beaucoup.
Ou sur les raisons pour lesquelles Ammar SISSANI a rejoint sa liste municipale, et il a obtenu 43 % au premier tour dans le quartier de la mosquée, et 56 % au second.
Mais allons plutôt au fond du sujet et demandons-nous donc si c’est réellement à cause de l’Église catholique que la Pologne restreint son droit à l’avortement.
Et en fait, c’est plutôt à cause du taux de natalité (à 1,39 enfant par femme), du vieillissement de la population (4e pays dans lequel la part des 65 ans et + augmente le plus vite ; âge médian de 35 ans en 2000 et de 42 ans en 2020) et de l’accroissement naturel qui chute (-0,19 % en 2020) avec un solde migratoire négatif (-0,3 % en 2019).
Est-ce que l’Église catholique revendique la suppression de l’avortement ; et disons-le bien pas que de l’avortement dit « de confort » ? Oui, indubitablement. D’ailleurs, logiquement, l’Église doit même trouver que cela ne va pas assez loin. Mais certainement se réjouit de cette progression.
Est-ce que le parti Droit et Justice est dans une relation de dépendance avec l’Église ? C’est surtout l’Église qui a besoin de ce parti pour conserver ses privilèges immobiliers et fiscaux.
Est-ce que Droit et Justice mélangeait politique et religion lorsqu’ils ont commencé la réforme du Tribunal constitutionnel qui est critiquée par l’Église polonaise, laquelle a officiellement pris ses distances sur ce projet de loi ? Ou lorsqu’ils refusent d’accueillir des migrants ?
Est-ce que Droit et Justice a fait cela pour faire plaisir aux catholiques, qui sont de moins en moins nombreux en Pologne, et de plus en plus à renier leur foi parce qu’ils rejettent la position sociétale de l’Église, dont beaucoup manifestent depuis 2017 à cause de cette réforme ?
Non, il l’a fait pour des raisons économiques (et parce qu’ils préfèrent une population polonaise à des migrants syriens ou africains).
Je trouve ce raccourci « ils sont catholiques donc ils sont pour l’avortement » assez insupportable.
Faut-il voir une visée religieuse derrière tous les actes de toutes les personnes qui expriment des croyances ? Et sinon, comment cela se passe quand, comme Droit et Justice, on fait à la fois plaisir aux cathos mais qu’on les fâche sur certains points ? C’est un mélange bien sélectif.
Quand c’est l’avortement, c’est pour faire plaisir aux catholiques. Et quand c’est le refus de l’accueil des migrants, que demandent pourtant les catholiques… c’est schizophrénique !
Troisièmement, il nous faut interroger le rapport de MICHEL à l’Europe et à la démocratie.
Vous constatez dans sa biographie qu’il a accolé le drapeau de l’Union européenne à côté de son nom.
Sauf qu’en fait, il ne veut pas d’une Union européenne dans laquelle chaque pays serait libre d’avoir ses propres lois, votées par un Parlement qui a été régulièrement élu, et dans lequel le parti majoritaire accomplit le programme sur lequel il s’est fait élire.
Non, il veut d’une Europe dans laquelle les pays membres respectent une laïcité à la française, ne peuvent pas avoir de spécificités légales et les parlements nationaux, démocratiquement élus et représentant plus de la moitié de la population, ne peuvent pas accomplir leur programme si ceux-ci s’opposent à sa vision politique. Donc en fait, un totalitarisme.
Bref, je trouve paradoxal comme toujours que MICHEL tape sur les catholiques de Pologne quand on connaît les compromissions de la liste Osons Savigny qui n’a absolument pas mélangé politique et religion aux dernières élections municipales…
Et en plus, les musulmans qui ont soutenu IZARD, ce ne sont pas tellement les libéraux ; ce sont davantage ceux qui seraient plutôt très contents qu’on mette en place les réformes sociétales polonaises, au nom du respect de la vie qui est inscrit dans le Coran.
Et puisque nous savons que la position sur l’avortement de M. MICHEL est globalement celle du reste des membres de la liste Osons Savigny, exceptés certains croyants, nous avons encore là une preuve que les musulmans de Savigny n’ont pas voté pour le programme d’Alexis IZARD…



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