Après deux ans et trois mois de bons et loyaux services d’une demi-journée par semaine à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, je me suis vu retirer mon accréditation d’écrivain public en détention. Le motif invoqué est que l’administration pénitentiaire vient de découvrir que j’étais journaliste, et que cela nécessiterait une autorisation spéciale de la direction inter-régionale des services.
Alors ne soyons pas dupes, parce que l’administration pénitentiaire savait normalement déjà que j’étais journaliste, sauf à ce qu’elle n’ait jamais lu les documents qu’elle m’a fait remplir pour mes différentes interventions ; et aussi, parce que ce retrait d’accès est intervenu au moment où la préfecture de police et le ministère de l’Intérieur commençaient à s’intéresser à ma demande d’accès à ma fiche au Renseignement.
Je suis bien sûr peiné parce que c’était un engagement qui me plaisait, et qui me tenait à cœur, dans lequel j’avais vraiment le sentiment d’avoir une utilité sociale. Et puis, je n’ai commis aucune faute ; juste le fait d’être journaliste (surtout pour le peu que je travaille en tant que journaliste). J’essayais réellement d’apaiser les tensions de la détention, et d’aider les personnes détenues à se réinsérer, et à ne pas rester dans leur condition…
Mes interventions se faisaient dans le cadre de l’association du Secours catholique. Mais cette association n’a pas cherché à me défendre, et elle a tout de suite pris ses distances. Je pense qu’elle a eu trop peur de se fâcher avec cette administration, et de perdre les différentes activités qu’elle propose en prison. Et j’affirme que cette soumission se retournera contre elle, à un moment où à un autre, déjà qu’elle est beaucoup baladée…
Désormais libéré des obligations morales de confidentialité, je vais néanmoins pouvoir témoigner et raconter ce que j’ai vu et vécu. Je ne regrette pas de m’être autant investi, de ne pas m’être limité au courrier, mais par exemple d’avoir aussi pré-rédigé des requêtes que personne d’autre ne voulait faire. Je suis juste amer, de la manière dont cette expérience se termine, laquelle me laisse désormais plus de temps pour les municipales.

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