Parmi les pistes évoquées pour revivifier l’Église catholique, il y a le « marronnier » (thème récurrent) du débat et de la culture du débat qui revient régulièrement.
Pour certains, c’est par le débat que se libérera la parole, et que l’Église pourra avancer.
Pour d’autres, le débat devrait être intrinsèque à l’Église, prise dans son sens littérale d’assemblée.
Effectivement, l’Église n’est pas une démocratie.
Mais la réduire à une hiérarchie qui relaierait, couche après couche, la vérité qu’est Jésus, n’est pas une justification suffisante, du fait que le concile Vatican II a non seulement cassé l’organisation pyramidale de l’Église (Lumen Gentium), mais surtout qu’il a formulé le concept essentiel de hiérarchie des vérités (Unitatis Redintegratio), qui nous permet sincèrement de revenir sur les dogmes, et autres constructions postérieures.
À des époques beaucoup plus cadrées, SEPÚLVEDA et LAS CASAS ont pu s’affronter lors de la fameuse controverse de Valladolid, devant déterminer si les Amérindiens avaient une âme.
De mon point de vue, l’Église en France souffre de la même absence de la culture du débat que le Français moyen, trop abreuvé et abruti du manichéisme des gentils contre les méchants. Il n’y a qu’à voir les débats des élections européennes.
Certes, la culture, dans son sens large, fait défaut. Mais les Français n’ont pas plus envie de se cultiver, que les chrétiens de se former à la théologie, et en bien d’autres domaines…
Ces derniers sont majoritairement devenus des consommateurs qui ne ressentent pas le besoin de débattre, et préfèrent se déresponsabiliser en laissant la réflexion à d’autres, au cas où elle risquerait d’aboutir à un choix les engageant. Ils se contentent du prêt-à-penser ambiant, et ne demandent rien de plus.
Des lieux de débats, comme des groupes de parole, il en existe, et il n’est pas forcément nécessaire d’en créer d’autres.
Par contre, il faudrait que les gens les fréquentent, et qu’on y retrouve pas toujours la même élite intellectuelle, absolument pas représentative de l’Église.
Or, nous avons de plus en plus de personnes qui se réclament de vouloir agir, mais qui se refusent de placer leurs réalisations dans un cadre de pensée.
Toute ma réflexion, et toute ma douleur, sont que les chrétiens ne veulent plus ouvrir le débat, qu’ils ne veulent plus être libres et autonomes, qu’ils ne connaissent pas et ne comprennent pas Vatican II (et je suis gentil de ne pas parler des Écritures), qu’ils n’ont pas envie de se former, de délibérer en commun ou d’engendrer leur conscience, et finalement qu’ils préfèrent que rien ne change pour qu’un prêtre ou un sachant continue de leur dire quoi penser à leur place…
Dès lors, non pas que le Christ ne soit pas au milieu de leurs actions, et qu’il faille impérativement intellectualiser tout agir, mais il m’apparaît difficile d’inscrire son action à la suite de Jésus, si on ne le connaît pas, et qu’on ne connaît pas l’Église… Le débat est d’autant plus nécessaire dans l’Église qu’il permet donc aux chrétiens de projeter leurs réalisations à la suite des actes des apôtres, et de tendre tous ensemble vers un objectif commun et identifié.

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