Il s’agit d’un débat qui se fait de plus en plus pressant en même temps que l’Occident commet l’erreur d’achever totalement Daech, préfigurant dès lors un futur autre monstre terroriste qu’on ne verra pas apparaître : que faire des enfants de djihadistes français, qui sont Français de par le sang d’au moins un de leur parent ?
Certains y voient des terroristes en puissance, un peu comme s’il s’agissait d’un gène hérité de leurs parents, et ils préfèrent les ignorer, et les laisser quelque part dans un camp de prisonniers en Syrie. Parce que forcément qu’en grandissant, ils auraient la haine de la France et commettraient des attentats à leur tour.
D’autres, aussi bien la famille que de dits humanistes, voudraient absolument les faire revenir, au motif qu’ils sont Français (ce qui nous renvoie à une réflexion sur la conception de la nation, et le débat de RENAN contre STRAUSS), et puis faire comme si rien ne s’était passé, en imaginant béatement que le système réintégrera naturellement ces enfants dans la normalité.
Comme à mon habitude, je pense que la bonne réponse se situe entre les deux théories, et que si nous voulons avoir une chance que ces enfants aient un avenir et qu’ils puissent vivre au-delà du terrorisme, c’est bien en France que cela doit se jouer grâce à un accompagnement personnalisé qui soit à la fois social, psychologique, médical, culturel, économique…
De toute façon, je pense que ces enfants seront rapatriés tôt ou tard pour respecter les conventions internationales sur les droits de l’enfant. Et effectivement, il faut aussi trouver scandaleux, non pas que la France rapatrie les enfants de personnes qui ont été ennemis de la France, mais qu’elle n’ait pas rapatrié les amis de la France que sont les harkis de l’Algérie française, ou les interprètes afghans de l’armée française.
Je pense que ce n’est pas parce que ces enfants resteraient en Syrie qu’ils deviendraient tous terroristes. Et certains s’en sortiraient sûrement par leurs seules forces, sans obligatoirement développer une haine de la France.
À l’inverse, il n’est pas à exclure que certains de ces enfants puissent quand même un jour se retourner contre la France. Non pas parce qu’ils muriraient une vengeance depuis la Syrie, mais parce qu’ils se heurteront aux mêmes difficultés qui ont fait que leurs propres parents ont embrassé la cause du terrorisme : la crédulité, la misère, le chômage, le racisme, l’exclusion…
Il y a, parfois l’un des deux parents resté en France, parfois des grands parents, ou encore des familles de l’aide sociale à l’enfance qui sont prêts à accueillir ces enfants. Et il est évident que tout cela ne peut pas se faire sans surveillance ni contrôle extérieur.
Oserais-je même penser que des parents qui n’ont pas vu leurs enfants se radicaliser, ou qui ne leur ont pas forcé partagé une force d’esprit pour résister au terrorisme, pourraient mieux faire avec leurs petits-enfants ?
Or, les torts sont à chaque fois partagés. Un musulman qui part faire le djihad terroriste est un échec pour ses parents, pour ses professeurs, pour la société…
Et même s’il n’y a pas ou plus de famille, il y a des structures de la République.
Malgré cela, je pense qu’avec les efforts qui sont mis en place, et la lente prise en compte des raisons qui poussent un individu à se radicaliser, notre société peut être plus forte que le terrorisme, et que la sixième puissance économique de 67 millions d’habitants peut survivre à l’accueil des quelques centaines d’enfants de djihadistes sur le territoire national, afin de leur donner un destin.
À la condition évidente que ces enfants soient suivis et encadrés, avec des a priori et une certaine méfiance assumée, du fait de leur histoire qu’on ne pourra jamais leur enlever, mais aussi avec l’espoir d’en faire des citoyens, parce qu’ils choisiront la France, la vie et le bien.

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