Est-ce vraiment si compliqué que de tirer des leçons de notre Histoire récente afin de ne pas en reproduire les erreurs ? Alors que les projets de grands ensemble ont tous échoué, voilà que nous faisons semblant de croire qu’il ne s’agit que d’un problème de barres et de tours trop hautes. Et donc de reconstruire en lieu et place plus de petits immeubles, avec un peu plus de commerce, de transports, d’espaces verts, de vie de quartier…
Les Grands ensembles sont une réponse à la crise du logement de l’après-guerre. Il fallait d’une part loger les ouvriers qui achevaient leur exode rural, et d’autre part les rapatriés des colonies françaises. C’est une réponse idéologique, par des architectes modernistes, fanatiques de géométrie rectiligne et de béton, ayant obtenus les faveurs de l’État, qui compensait ses manques par le fait que la population de ces logements ne devait occuper ces lieux que temporairement.
Cela a fonctionné sur une génération, qui du fait de la croissance et certainement aussi des dévaluations du franc, a pu s’enrichir et abandonner les logements sociaux pour des pavillons. Parce qu’il est comme cela le Français moyen qui n’est pas communiste : il rêve d’être propriétaire et de pouvoir faire ce qu’il veut chez lui sans risquer d’être vu ou entendu par les voisins de gauche, de droite, du dessus, du dessous, de devant, de derrière, du palier (hey Macarena !)
Puis ça s’est arrêté, quand les nouveaux habitants des logements n’ont plus eu les moyens d’aller ailleurs, et qu’ils se sont mis à subir leur logement et leur quartier, parce que le supportable temporairement ne le devient plus quand il est définitif. Et les bâtiments se sont dégradés, et la valeur de l’immobilier voisin a diminué, et une spirale de pauvreté s’est enclenchée, face à laquelle seule la relance de l’ascenseur social, de l’économie et de l’emploi peut lutter.
Le problème n’est donc pas la hauteur de la tour ou le nombre de logements dans la barre, mais le fait, que d’aucuns appelleront de l’égoïsme, que le Français moyen veut son espace vital. Et que dès qu’il aura l’argent pour l’avoir, il partira. On peut supprimer 2/3 des logements sociaux et les remplacer par des « PLAI » (Prêt Locatif Aidé d’Intégration) ; les acheteurs originaux vont partir, la valeur va diminuer, des plus pauvres vont racheter et ne pourront plus partir.
Rajouter des logements, ou modifier la composition sociale actuelle de l’habitat, ne peut donc qu’aggraver les problèmes. En tant que le sentiment d’espace vital sera de plus en plus difficile à obtenir, mais surtout qu’on ne permettra pas plus aux plus pauvres de s’enrichir, de la même manière qu’on n’empêchera pas les plus riches de partir dans un secteur pavillonnaire. Au contraire, on ne peut ainsi que les convaincre de partir plus vite, plutôt que de rester là…
Plutôt donc que de dépenser des milliards, dans le seul but réel de stimuler la croissance du pays en faisant travailler le monde du BTP, on ferait mieux de créer des emplois aidés pour enrichir un peu les personnes, et leur permettre de s’élever socialement. Car il n’y a pas besoin de tout détruire pour installer plus de commerces et de services en pieds d’immeubles, rajouter des transports, et proposer une offre municipale renforcée de sports, de loisirs et de culture.

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