J’ai mis le temps mais je viens enfin d’achever « Le management de la sauvagerie » (ou « L’administration de la sauvagerie »), pour ce qu’on en trouve sur internet, certainement appauvri du fait de la traduction en anglais depuis l’arabe. Il s’agit d’un ouvrage de référence des djihadistes, écrit par l’idéologue Mohamed HASSAN KHALIL AL HAKIM (Abu JIHAD AL MASRI), qui explique comment instaurer le califat au moyen de la terreur.
Alors c’est un livre de 2004, aussi chiant que Mein Kampf (Adolf HITLER), ou que le Capital de MARX, dont la lecture aura certainement fini de me ficher auprès des services de renseignements. Je ne saurais cependant pas vous dire si le plus pénible est ce révisionnisme historique permanent, et profondément méprisant pour les musulmans, ou cette certitude d’avoir trouvé dans l’ordre les bonnes étapes de la bonne recette magique qui permettra d’instaurer le califat.
En cela, le livre contient déjà les germes de l’échec de ce Califat, pour deux raisons : tout d’abord parce que si le but recherché est si génial, alors il n’y a pas besoin d’en définir des étapes pour y parvenir, mais les Hommes devraient être suffisamment intéressés pour y parvenir par leurs seuls efforts. Ensuite, parce que la terreur ne dure rarement que plus de deux générations, et que cela ne peut que finir par exploser de l’intérieur d’usure et de lassitude.
L’ouvrage consacre de nombreuses pages à une réécriture de l’Histoire des musulmans de ces cent dernières années, prenant comme base les fameux accords Sykes-Picot de 1915, décidant du démembrement de l’empire Ottoman. Il accuse notamment les puissances occidentales d’être des apostats en ayant voulu se prendre pour Dieu à découper les territoires. Il essaie surtout de susciter la haine contre l’Occident, et de justifier de prendre les armes pour l’honneur.
La fameuse recette se fait en trois temps, et de mon point de vue est emplie d’un gauchisme nauséabond qui vise à instrumentaliser les pauvres auxquels on promet une égalité devant Dieu, sinon d’améliorer leurs conditions face aux vilains riches. De plus, le califat ne peut commencer que dans des territoires culturellement musulmans, qui parce qu’ils ont subi des brimades des États-Uniens d’Amérique, des Européens ou des Russes voudraient se venger.
Le livre donne même la liste initiale de ces pays, dans lesquels doit commencer le califat puis s’étendre comme une tâche d’huile ; laquelle commence d’ailleurs très paradoxalement sans la Syrie ni l’Irak ! Il s’agit du Pakistan, de la Jordanie, de l’Arabie-Saoudite, du Yémen, du Maghreb et du Nigéria. Et dans ces pays, il faut commencer par épuiser et démoraliser les populations. C’est à dire commettre des attentats qui doivent révéler la faiblesse intérieure des états.
Ainsi, et face à la multiplication des attentats qui doivent progresser en intensité, les États vont d’abord protéger les lieux et les personnes importantes de leurs territoires, ce qui enverra le signal aux pauvres qu’on se fout d’eux. Et par dépit, mais aussi par abandon, ces pauvres, soit rejoindront volontairement et par adhésion les djihadistes, soit auront trop peur et accepteront contraints et forcés les nouvelles structures politiques d’un nouveau régime militaro-religieux.
Une fois ces territoires conquis, il faut savamment entretenir la terreur, quitte à s’allier avec les anciens opposants du régime que l’on fera ensuite quand même disparaitre successivement, tout en commençant à développer une contre-Justice (re-légalisant la loi du talion), des écoles religieuses, des services publics distincts… Et c’est finalement pour retrouver la stabilité, sinon pour encadrer ces politiques, que les gens finiront par adhérer et soutenir l’État islamique.
La meilleure preuve de l’échec de ce système se trouve dans les témoignages des personnes libérées de Daech. Celles-ci, parmi lesquelles il ne faut cependant pas omettre un certain nombre de collaborateurs qui sont à mon avis les plus prompts à venir témoigner pour se refaire une virginité, nous montrent bien qu’il n’y a aucun bonheur, aucune satisfaction à vivre dans cet islam. Et quand on sait comment a fini le communisme, on ne peut qu’être sceptique.
Très logiquement, Daech maintiendra en effet l’état de sauvagerie, qui est la deuxième des trois étapes avant l’instauration de l’État islamique, en tant que c’est elle seulement qui permet à des petits chefs locaux, à la légitimité controversée, d’avoir du pouvoir. À partir du moment où il y aura un état, le pouvoir ne sera plus aux mains des militaires, mais bien des fonctionnaires et des religieux. Et je doute que les actuels chefs auto-proclamés veuillent perdre leurs statuts…

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