LE SAVINIEN TAQUIN

Le libre journal d'Olivier VAGNEUX · 06.51.82.18.70 · olivier@vagneux.fr

« J’aime tous les sports de chambre (administrative, correctionnelle, criminelle… et bien sûr de chambre à coucher… ¯\_(ツ)_/¯) »

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Réflexion sociologique sur la perception de Grand-Vaux par ses jeunes habitants

Cela s’appelle « Grand-Vaux dans nos yeux », et c’est un très intéressant reportage réalisé par dix jeunes femmes du quartier, dont l’âge court entre 13 et 16 ans. Mais je suis interpellé, voire profondément dérangé, par ce document, qui est censé sortir des « représentations habituelles » du quartier, mais qui se révèle au contraire hyper-cliché de la manière dont le reste de la Ville de Savigny-sur-Orge perçoit le quartier de Grand-Vaux.

https://issuu.com/manonaubel/docs/journal_grandvaux_dec2017


Au gré de mes conversations, j’ai constaté que pour un Savinien lambda, le quartier de Grand-Vaux se caractérise par les immeubles, la cité, l’insécurité, la drogue, les vols, la violence, la saleté, la dégradation, les jeunes dans les rues, les Noirs, les Arabes, les Tamouls, l’islam, les articles de presse dénigrant, la rénovation urbaine et ses millions d’euros…

Or, qu’est-ce que je retiens de ce document après une première lecture ? Des jeunes, TOUS issus d’une immigration (que ce soit des Outre-mers ou de l’étranger), dehors dans la rue, au milieu d’un bâti par nature politique, que certains considéreront comme dégradé.

Pourtant, quand je vais à Grand-Vaux, dans mes yeux, il y a des vieux dont certains depuis l’origine du quartier, il y a des mamans, il y a des Portugais, il y a des chrétiens, il y a des appartements, souvent trop chauffés, en plus ou moins en bon état, il y a les dealers devant le 6 rue Van-Gogh, il y a les caméras, il y a les mecs qui passent leur journée au café, il y a les poubelles sur la place-Ouzilleau, il y a les écoles, le gymnase Douillet, la maison de quartier…

Et je ne comprends pas qu’il n’y ait pas aussi cela dans le Grand-Vaux de ces jeunes (pourquoi que des filles ; les garçons n’ont-ils pas voulu ?), qui très manifestement aiment ce quartier, mais dont on va les faire dégager les premiers en démolissant leurs habitations. C’est dire le cynisme de la rénovation urbaine et de la politique de la Ville, laquelle participe à cette opération ! Dire son amour d’un quartier dont on va vous virer !

Montrer une partie de Grand-Vaux ne veut pas, et ne peut pas, tout présenter. Le but de ce reportage n’était d’ailleurs pas de faire une présentation exhaustive du quartier. Sauf que je suis persuadé que les habitants de Grand-Vaux ne voient réellement pas que ce qui est présenté ici, et qu’ils se sont autocensurés. Soit de ce qu’ils ne pouvaient pas, soit de ce qu’ils ne voulaient pas montrer, en retenant un positif de la détente entre amis.

Je m’interroge sur les choix éditoriaux qui ont été faits. Est-ce que ce sont les jeunes qui n’ont pas voulu capter les intérieurs ? Est-ce qu’ils ont préféré photographier leurs copains, et n’ont pas osé filmer leurs parents ou les vieux ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’image de l’Yvette, du bus, de la place commerciale, des écoles, du collège, de la maison de quartier ? Et surtout, pourquoi n’y a-t-il aucun blanc sur les photos ? Est-ce qu’il y a un communautarisme de l’immigration ?

Je passe rapidement sur cette photo de portrait de deux jeunes filles devant un panneau recouvert d’un autocollant de soutien aux Palestiniens de Gaza. Oui, c’est documentaire (même si je reste persuadé que ces mêmes jeunes ne savent même pas situer la Palestine sur une carte), parce que le quartier contient effectivement de nombreux tags antisémites, mais cette pose à cet endroit est aussi politique, malgré la très probable innocence des modèles.


Les dix jeunes journalistes ont-elles donc cédé à la facilité de montrer les choses de leur vie les plus évidentes, ne se rendant donc pas compte qu’elles en éliminaient le reste ? Ou leur vie se résume-t-elle vraiment à cela ?

Ont-elles écrit telles qu’elles se voient ? Ou telles qu’elles pensent que le public les voit, et effectivement, elles ont coché toutes les cases.

Je ne peux pas croire, ou plutôt je ne veux pas croire, que ce soit là Grand-Vaux, tellement il est différent du mien ; mais tellement aussi caricatural et effrayant.

Est-ce que les jeunes ne vivent qu’entre eux, sans contact avec les autres générations ?

Est-ce qu’ils passent vraiment toutes leurs journées et tout leur temps libre dehors à jouer ?

Est-ce qu’ils fréquentent des « individus non-racisés », pour employer le vocabulaire indigéniste ?

Est-ce qu’ils comprennent l’islam politique, ou est-ce que c’est devenu quelque chose qu’ils ne regardent pas, et dont peut-être ils ne pensent d’ailleurs rien du tout ?

Tout n’est d’ailleurs pas dans le document en lien, et ils ont aussi fait un article sur une personnalité du quartier. Et ils ont choisi un surveillant du collège, Baroroko MENDY, qui est aussi comédien de stand-up. Il est là aussi intéressant de voir, pour ces jeunes femmes de 13 à 16 ans, quel est le modèle de la « personnalité du quartier ».

Bref, autant de questions qui interrogent de savoir si le Grand-Vaux qui nous est montré est vraiment celui des jeunes, et pas ce que les jeunes veulent montrer de Grand-Vaux. De la même manière, ont-ils été influencés par ce que certains pouvaient attendre de leur travail, et donc ont écrit ce que la majorité du public attendait ? Ont-ils aussi censuré ce qu’ils pouvaient voir de négatif, pour publier un reportage positif ?

Néanmoins félicitations à elles pour ces belles photos ; et à ceux qui les ont accompagnés.



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