Il n’est pas toujours aisé de recycler en célébration des coutumes juives vieilles de plusieurs millénaires. Mais alors que l’Église faisait des efforts récents pour essayer de positiver le Carême, c’est malheureusement un retour en arrière qui tend à s’opérer dans nos paroisses, axé sur la contrition, le jeûne, l’abstinence et une dimension du péché qui prend une telle place, qu’elle en viendrait presque à nous faire oublier le pardon.
Il y a quelques années encore, du moins dans mon secteur pastoral, nos célébrations avaient du sens. On brûlait publiquement les rameaux de l’année passé. Il y avait un déplacement dans l’Église des ténèbres de la mort à la lumière de la Résurrection. Les cendres n’étaient que répandues sur les mains ou sur la tête. L’homélie explicitait la dimension du feu de l’Amour de Dieu, et de la renaissance par les cendres fertilisantes. Aujourd’hui, c’est différent…
La première incohérence, et dans le même temps la chose qui met mal à l’aise est le sujet de la mort. Les cendres, c’est ce qu’il reste de ce qu’on a passé par le feu. Quel rapport donc avec le Buisson ardent, qui au contraire, ne se consume pas ? Et personnellement, ma foi n’est pas en la mort mais bien en la résurrection. Pourquoi donc devrais-je me souvenir que je retournerais à la poussière (ou aux cendres), si je crois que je vais ressusciter ? Arrêtons cette formule !
Ensuite, pourquoi ce signe de la croix avec les cendres sur le front ? L’Église a certes supprimé la pratique de venir habillé en sac, et a rajouté cet autre geste pour y mettre quelque chose de chrétien. Mais cela n’a aucun rapport avec une quelconque parole de Jésus, qui au contraire, nous invite en Matthieu 6, à nous parfumer et à nous laver la tête, pour que notre jeûne ne soit pas connu des Hommes (et utilisé orgueilleusement) mais seulement connu du Père…
Enfin, pourquoi vivre cette célébration avec une eucharistie ? Pour encourager les chrétiens à venir ? Ce faisant, on masque l’importance symbolique de cette célébration d’entrée en Carême, qui devient une messe comme une autre, et gomme toute place à la réflexion sur notre conversion, puisque nous réaffirmons alors de suite que nous sommes sauvés. Pourquoi donc prendre 40 jours précisément quand notre vie de foi dure normalement toute l’année ?
L’entrée en Carême doit être joyeuse, parce que nous savons que l’Histoire se termine bien. Et ce dont nous faisons mémoire n’est pas la mort de Jésus qui a eu lieu une fois pour toutes il y a environ 2000 ans, mais bien la Résurrection. Quel sens donnons-nous au Carême ? Et pourquoi vouloir nous rapprocher de Dieu seulement pendant ces quarante jours, ce qui serait bien hypocrite ? Où est la solidarité, le partage et l’attention à l’autre dans cette messe des Cendres ?

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