D’une croix à l’autre. Le diocèse d’Évry a été sollicité par un artiste contemporain qui propose de lui vendre ses créations, notamment pour les catéchumènes (personnes qui se préparent à recevoir les sacrements chrétiens de l’initiation) à qui l’on remet symboliquement une croix à la fin du rite d’entrée dans l’Église. Personnellement, j’ai quelques doutes tant sur le message, que sur la théologie qui accompagne cette croix.
Qu’est-ce que l’Église signifie par la remise de la croix ? Qu’est-ce que la croix nous dit aujourd’hui en 2017 ? Que voulons-nous en faire ? Pourquoi remettre celle-ci plutôt qu’une autre ? La croix des professions de foi pour les enfants de 5e est d’autant plus significative qu’ils la fabriquent eux-mêmes (du moins, à mon époque). L’artiste a raison de nous interpeller, mais notre réponse à cette interpellation doit aller au-delà d’un simple « J’achète ».
Dans le même temps, la croix nous parle de la résurrection, et elle est aussi très dure en tant qu’elle nous rappelle que nous avons laissé les Hommes mettre à mort Dieu, et que nous ne sommes pas intervenus, alors que Jésus était notre Dieu.
Je crois donc que la croix est d’autant plus belle (et d’autant plus réaliste) qu’elle est vide. Donc qu’elle nous indique que le Christ est ressuscité, et qu’il n’est plus là à souffrir, lâchement abandonné par la plupart de ceux qui l’avaient suivi.
Je crois aussi profondément que notre Dieu ne nous invite pas à vénérer un morceau de bois sur lequel il a passé les neuf dernières heures de sa vie et où il serait abusivement représenté (de la même manière que la crèche ; Jésus n’y est plus car il est ressuscité). Mais il nous invite à aller partout où il peut désormais être, donc hors de cette croix, et à vivre pleinement notre vie de chrétien.
Je ne suis pas d’accord avec l’artiste lorsqu’il dit que parce qu’il n’a pas vu le Christ, alors il ne peut pas le représenter. Comme le dit l’évangile de Jean en 1,18 : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ». Et pourtant, cela ne nous empêche pas de nous imaginer Jésus, bien sûr en tant que cette fameuse silhouette qui hante nos vitraux et nos bibles. Mais aussi et surtout, au travers de la réalisation de tous les actes d’amour commis sur Terre.
Je suis sinon dérangé par cette phrase qui dit que Jésus se serait laissé crucifier. Est-il juste un Socrate qui a été prêt à boire sa cigüe pour ne pas qu’on l’accuse de s’être renié sur ses idées ? Et pourquoi dire que c’est l’Esprit qui lui fait demander au Père pourquoi il l’a abandonné ? Oui, la Trinité est dérangeante en tant que difficilement perceptible par l’Homme, mais arrêtons de vouloir la caser partout, comme s’il devait impérativement exister un équilibre.
Jésus en ressuscitant ne laisse pas d’espace sur la croix. Il l’a comblée tout entier, et si nous avons à suivre le Christ, ce n’est pas sur la Croix ni même en tant que martyrs, mais bien en tant que disciples et que témoins, cherchant à vivre de l’Amour de Dieu et à le partager. Et cela, je dis que nous pouvons le faire qu’au nom de la Croix (en tant qu’elle a permis la mort qui permet la vie), mais pas depuis la croix.


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