Le décès de l’écrivain Anne BERT en Belgique (octobre 2017) relance une nouvelle fois le débat de l’euthanasie en France.
Ce sujet est éminemment sensible et casse-gueule dès qu’on veut en parler, eu égard au fait que l’Homme a peur tant de la souffrance que de la mort ; aussi bien de la sienne, que de celle des autres, qui préfigure la sienne.
Or, plus les années passent et plus la recherche médicale avance, et plus l’espérance de vie progresse, et plus la souffrance et la mort deviennent des réalités qui nous sont insupportables. D’où des intérêts croissants pour l’immortalité et le transhumanisme.
Certainement aussi le fait que le fait religieux a régressé, donc que les Hommes ne croient plus en une vie après la mort, qu’ils veulent donc contrôler celle-là de bout en bout ; et justement qu’ils ne comprennent pas la mentalité djihadiste de gens qui meurent ici pour continuer de vivre ailleurs.
Je peux entendre que des personnes puissent avoir envie de mourir, mais j’ose affirmer que ce n’est pas à l’État, par nature protecteur des plus vulnérables et des plus faibles, d’en permettre ou d’en favoriser les moyens.
Et j’affirme qu’il faut maintenir son interdiction pour se prémunir d’un certain nombre de dérives ; sans pour autant que la Justice n’engage de poursuites lorsque l’euthanasie est réellement consentie. À celui qui demande la mort de s’en prémunir cependant.
Reste que la douleur des proches, qui est une des étapes du deuil, mais qui existe avant le décès, en préfiguration de celle qui sera quand la personne sera morte, peut faire refuser l’euthanasie, peut-être de manière égoïste ; mais je dis que chaque voix se doit d’être entendue.
Il convient, selon moi, de distinguer suicide assisté (provoquer soi-même son décès) et euthanasie (faire provoquer son décès par un tiers). Et là encore, il faut séparer l’euthanasie souhaitée et exprimée par la personne (comme Anne BERT), et l’euthanasie qui ne peut pas être demandée (un accident qui plonge brutalement dans le coma ou une personne qui ne s’est jamais prononcée puis qui n’est plus en état de le faire).
Dans tous les cas, je pense qu’il doit être permis à un médecin de faire valoir un droit de conscience pour refuser de pratiquer l’euthanasie.
Celle-la même qui existe déjà dans les faits au moyen de la sédation profonde et continue, permise par la loi Léonetti de 2016.
Et inversement, que l’euthanasie ne doit pas être proposée par l’équipe médicale pour récupérer des lits…
Mais que faire de l’avis de la famille, surtout si elle est divisée ? Et à partir de quand décide-t-on qu’une personne qui n’a plus d’activité cérébrale, n’est plus vraiment une personne ?
Et de nous demander si c’est effectivement encore une vie de se voir partir en ne pouvant plus bouger, ni manger, ni rien faire que d’attendre… Notons que je ne répondrai pas à ces questions qui appellent à des réponses personnelles.
La légalisation de l’euthanasie me semble dangereuse en plusieurs points :
- elle intervient normalement dans une situation de faiblesse, au cours de laquelle la personne n’a pas forcément tous ses moyens. Et quand bien même la personne était d’accord avant, elle peut ne plus l’être après.
- elle représente un caprice civilisationnel en ce qu’elle offre à l’Homme l’illusion de contrôler sa mort, et de l’arrêter dès qu’il estime qu’elle devient trop dure.
- elle pose une question légitimant la mise sous tutelle d’un individu par l’état donc la perte de ses libertés : »L’État doit-il avoir droit de vie ou droit de mort sur ses citoyens ? »
Ma vision, certainement influencée par ma religion, est que la vie n’est pas merveilleuse, et que souffrir, sans lui attribuer aucune vertu, peut en faire partie, surtout à la fin.
Plusieurs de mes proches ont été sédatés jusqu’à la mort. Et même si c’était leur volonté, j’y vois une double lâcheté, outre celle de m’abandonner, que celle de fuir leur vie comme j’éteins ma console de jeu quand j’enchaine les défaites.
Je pense qu’une personne doit pouvoir se suicider (et généralement, cela est possible seul par surdose médicamenteuse), mais j’estime qu’elle n’a pas à faire reposer cette décision sur un tiers, donc qu’elle n’a pas à demander l’euthanasie à l’État. Après, chacun assume et y va de sa responsabilité.
Mais à partir du moment où l’avis de tiers est requis, il n’y en a pas un qui soit plus légitime qu’un autre ; et que tant qu’il existe une opposition, celle-ci doit, selon moi, être respectée.
Que donc certains veulent euthanasier leurs proches, à leur demande, chacun s’arrange avec sa conscience, et moi égoïstement, je m’interroge aussi quant à ma responsabilité dans ce qui reste un meurtre (dans l’action d’enlever une vie).
Mais ce n’est pas du ressort de l’État que d’assassiner (le mot est choisi) ses citoyens, et l’autoriser est une porte ouverte à la fin de tout respect pour la personne humaine, à partir du moment où on se met d’accord de dégager tous les improductifs qui coûtent à la société.
Le temps va passer, et mon avis changera peut-être. En attendant, il est celui-là.

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