Il y a eu le Brexit, il y a eu TRUMP, il y a eu Marine LE PEN au second tour de la présidentielle française, il y a désormais l’Allemagne qui subit la tentation de l’extrême-droite, même si le terme n’est pas ici le plus approprié. Tentons de voir ce qu’il y a de commun à ces scores électoraux pour nous essayer à quelques hypothèses.
Commençons par nous intéresser aux résultats des élections fédérales allemandes de 2013 : La CDU (chrétiens-démocrates ; la droite) obtient 41,6 % des voix soit son meilleur score depuis la réunification. A contrario, l’Alternative für Deutschland (AfD), parti d’extrême-droite eurosceptique ne réalise que 4,7 % après une campagne intense basée principalement sur la sortie de l’Union européenne et la critique de la monnaie unique.
Rappelons-nous alors d’Angela MERKEL qui admettait le 16 octobre 2010, devant les jeunes de l’Union des chrétiens démocrates réunis en congrès, que l’approche (multiculturaliste) avait totalement échouée. S’en était suivi une violente critique de l’immigration, de l’intégration et de l’islam, au moment même où le SPD (les socialistes allemands) excluait le sulfureux Thilo SARRAZIN à cause de son ouvrage polémique et anti-migrants L’Allemagne disparaît.
Puis vient 2015, et MERKEL, à qui la bienpensance n’a pas pardonné les propos de 2010, qui se met soudainement à accueillir un million de migrants ; l’Allemagne ayant effectivement besoin de 400 000 travailleurs de suite. L’AfD change alors son discours, le recentre sur la lutte contre l’immigration, et abandonne le sujet de l’euro et de l’Europe. Viennent les élections de 2017, la CDU n’obtient plus que 33 %, tandis que l’AfD caracole désormais avec 12,6 % des voix !
Quelle est la raison du succès électoral soudain de l’AfD : la critique de l’immigration et du multiculturalisme.
Pourquoi le Brexit a-t-il eu lieu ? Pour que les Britanniques puissent fermer leur frontière et limiter le multiculturalisme.
Pourquoi TRUMP a-t-il gagné ? Parce qu’il a promis de faire cesser l’immigration sud-américaine et tient un discours d’exaltation de la culture nationale et patriotique.
Pourquoi LE PEN est-elle arrivée au second tour ? À cause de sa politique anti-migrants, prônant la préférence nationale.
Pourquoi l’AfD n’a-t-elle pas percée en 2013 ? Parce que les Allemands ont peur de sortir de l’euro et de l’Europe.
Pourquoi le Brexit a-t-il eu lieu alors que les Britanniques n’avaient pas l’euro ? Parce qu’ils ne voulaient pas s’enfermer plus dans un système dont ils ne pourraient pas sortir.
Pourquoi TRUMP a-t-il gagné ? Parce qu’il parlait du dollar en tant que monnaie réelle aux États-Unis, et pas comme d’un outil de régulation de l’économie mondiale.
Pourquoi LE PEN a-t-elle perdu au second tour ? Parce que les Français ont aussi peur que les Allemands de sortir de l’euro et de l’Europe.
Les Européens n’aiment plus l’Europe. Les différents traités ont souvent été adoptés de justesse grâce à l’appui d’une partie de la population, éduquée et à bons revenus, qui aujourd’hui se défie de l’Union européenne telle qu’elle est.
Mais la peur de quitter l’Europe, lorsqu’on en fait partie, est telle qu’elle n’est pas un sujet électoral qui soit réellement porteur, d’où l’exemple en France de Nicolas DUPONT-AIGNAN qui l’a abandonné et qui a triplé son score entre 2012 et 2017 !
En revanche, la crainte des mouvements migratoires (et de leurs conséquences) est aujourd’hui le sujet le plus capable de rassembler des électeurs ; ce que les partis populistes d’extrême-droite, dont cela a quand même toujours été le fond de commerce, réactivent de plus en plus.
Le vrai problème, outre l’économie défaillante (car si tout le monde avait du travail, tout le monde se foutrait des migrations comme dans les Trente glorieuses) pourrait-il être en fait le relativisme culturel ? Cette peur que notre culture, et donc nous mêmes, sommes en fait inférieurs à celle des migrants. Or, nous pensions exactement l’inverse du temps de la colonisation, et recommençons une erreur en cherchant à hiérarchiser des cultures qui n’ont pas de rapport.
En effet, le multiculturalisme ne fonctionne pas, en tant que c’est à la culture autochtone de désormais s’effacer progressivement devant la culture allogène, au prétexte de pouvoir lui permettre de coexister (nous ne sommes même pas à parler de vivre-ensemble). Et c’est ce sentiment de déclassement, de dépossession, d’invasion qui effraie, et qui explique les tôles que prennent les partis modérés installés, face aux nouveaux partis populistes !
L’Allemagne nous envoie donc un avertissement de plus : attention à notre politique migratoire, à ses effets, à la perception qu’elle créée ! Attention à l’assimilation, plutôt à l’intégration des personnes de l’étranger. Attention enfin au comportement des élites (politiques notamment) qui donnent ce sentiment de trahir le peuple en lui préférant l’étranger… Les points de MERKEL sont partis à l’AfD parce qu’elle donne l’image d’avoir oublié une partie de sa population.
Or, c’est justement parce que la mondialisation, qui va trop vite pour notre civilisation, nous a perdu sur notre identité, sur notre culture, sur notre définition de l’Europe, sur cette communauté historique et politique des Européens, que nous nous sentons agressés par un étranger qui apparaît plus fort que nous… Ne faudrait-il pas déjà commencer par réapprendre qui nous sommes vraiment pour justifier ensuite nos choix quels qu’ils soient ?

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