La philosophie et l’anthropologie opposent facilement la culture comme la partie du milieu de l’Homme qu’il créé lui-même, à la nature composée du milieu donné à l’homme et de l’être biologique que constitue l’Homme lui même. De fait, la religion est souvent considérée comme culturelle car une institution sociale affirmant une transcendance divine. Pourtant, l’Histoire nous montre que toute civilisation possède une religion.
La religion, universelle, serait donc naturelle à l’Homme doté d’une conscience, donc capable de se transcender (ce que ne peut pas une intelligence artificielle qui ne pourra scientifiquement pas imaginer meilleure dans son domaine). Pour sa part, l’existentialisme de Jean-Paul SARTRE affirme que « l’Homme est fondamentalement désir d’être Dieu« , ce qui peut aussi se comprendre par le fait que l’Homme veuille naturellement se transcender pour s’améliorer ou progresser.
La religion, élément de nature et élément de culture
Claude LÉVI-STRAUSS fait de la prohibition de l’inceste la démarche permettant le passage de la nature à la culture, tout en affirmant que cette règle est commune à la nature (universelle) mais qu’elle a force de loi (donc culturelle). La religion, elle, s’inscrit aussi dans cette même démarche dans la mesure où la croyance existe dans tous les groupes humains (d’où la pratique de la sépulture depuis les hommes préhistoriques) mais où elle s’organise de manière culturelle.
L’Homme et la religion : l’Homme est naturellement religieux
L’Homme se distingue de l’animal par sa conscience, d’abord de lui-même, ensuite de son environnement, enfin d’une métaphysique (un monde qui échappe à son expérience sensible). Parce que la religion est naturelle à l’Homme, alors quand bien même la personne se serait convaincue de l’inexistence de dieux, elle aboutirait à la conclusion qu’elle est son propre Dieu. Mais devra-t-elle alors renoncer à projeter ailleurs ce besoin transcendantal, par exemple sur des objets matériels comme l’argent.
Le sens de l’Histoire
Le mouvement naturel des religions tend du polythéisme (plusieurs entités divines : dieux ou esprits) vers le monothéisme (une seule entité) en passant par l’hénothéisme (il existe plusieurs divinités mais il y en a quand même un, souvent le mien, qui est le plus fort). Outre le fait de justifier ce que l’Homme ne peut tout contrôler, comme les évènements climatiques, la religion est l’expression d’un besoin social de relations, qui semble aujourd’hui superfétatoire grâce aux moyens de communication numériques.
Religion et relation
Selon le sens du mot « religion » que l’on choisit, on trouve cette idée de relier donc de créer du lien social. À partir du moment où l’Homme accepte d’interagir durablement avec son semblable, alors il est dans la religion car il reconnaît une valeur à l’autre. Au travers du fait religieux, il y a un rejet de la solitude et une transcendance de la place de l’Homme au sein d’une relation, qui se fait alors minimum à deux, que l’Homme ne pourrait obtenir tout seul.
L’hypothèse athéiste
Cette hypothèse n’a de sens que dans la mesure où elle reconnaît l’existence de croyances qu’elle nie ensuite. Elle ne saurait être naturelle puisqu’elle nécessite qu’il y ait un ou des dieux pour pouvoir s’inscrire en faux contre la ou les divinités. Elle est surtout une hypothèse dangereuse car elle nie la nature humaine qui se cherche un ou des dieux, au risque de ne pas se rencontrer soi-même. À partir de là, la vie ne possède pas plus de sens que la mort.
Dans la Bible, la première interdiction faite à l’Homme dans les Dix paroles est d’avoir un autre Dieu et d’adorer une idole ou une image. En réalité, il s’agit d’un appel à ne pas s’adorer soi-même bien qu’icône de Dieu dans la tradition judéo-chrétienne. Quelle que soit la croyance des personnes, la religion est une donnée commune dans l’organisation de toute société, ceci parce qu’elle est naturelle à l’Homme, qui est un être de croyances, à discerner toute sa vie.

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