Quel gâchis ! S’il y a encore deux semaines, je ne pensais pas de mal de Nuit debout (est-ce à dire que j’en pensais du bien ?), mon opinion a changé sur le mouvement né de la contestation à la loi EL KHOMRI. Depuis l’éviction d’Alain FINKIELKRAUT (fallait du cran pour y aller ; la fin était prévisible) et les récentes dégradations, je ne peux que désapprouver ce mouvement qui me semblait pourtant intéressant par son souffle.
Réinventer, revivifier la démocratie, n’était-ce pas ce qu’avaient tenté une petite centaine de Saviniens au sein du collectif citoyen Sauvons l’enfance de Savigny ? J’avais suivi de loin leur réflexion, qui s’était finalement essoufflée avec le temps et l’usure des participants. Mais loin des rêves d’une démocratie régénérée, ne restent surtout que casseurs et marginaux qui souillent au quotidien la place de la République à Paris. Le mouvement originel est mort.
Des révolutionnaires violents ? Une image qui arrange
Il n’y a plus un soir où les nocturnes stationnaires ne sont plus évacués par la Police, au grand dam des commerçants et riverains, qui même s’ils soutiennent pour certains le combat contre la loi Travail, subissent le mouvement. Certes, les désagréments proviennent de casseurs extérieurs au mouvement, mais combien sont condamnés par Nuit debout, qui reste aujourd’hui composé de gens engagés pour des causes moralement très discutables.
Rompre avec le « système » : une réalité ?
Ils ne veulent plus des politiques ou du système économique actuel. Pourtant, ils s’appuient sur des théories qui ne sont pas viables indépendamment d’un système de critique basé sur les échecs des systèmes actuels. Ce sont par exemple les économistes Frédéric LORDON ou Yanis VAROUFAKIS qui viennent nous proposer des modèles qui n’ont jamais réussi. Ou l’extrême-gauche trotskyste ou anarchiste qui veut un système dit démocratique en fait dictatorial.
Des revendications trop élitistes pour aboutir
La vraie démocratie directe ne peut pas s’appliquer à plus grand qu’un canton suisse de 200 000 habitants. Le vrai communisme ne peut dépasser le cadre du kibboutz israélien. À partir du moment où les revendications de Nuit debout ont pour vocation de s’étendre à la population dans son ensemble, alors elles échoueront car les modèles proposés ne peuvent fonctionner que par des sacrifices personnels (de temps, d’argent, de moyens…) en faveur de la cause.
Deux poids, deux mesures : diviser les pro et les anti
Qu’est-ce que ce serait si ce n’était pas l’état d’urgence ? Quand les Veilleurs, donc des bourgeois cathos, allaient lire des livres place Vendôme sans déranger personne, les gardes à vue se multipliaient. Quand une place parisienne est bloquée, salie, taguée, dégradée, dépavée pour faire des potagers, – les agents de la Ville de Paris ramassent même de la merde ! -, on n’arrête à la fin des fins que les casseurs qui ont été pris sur le fait, et on ne fait rien évacuer…
De la cohérence pour l’utopie
Moi aussi, je veux réinventer la démocratie. Mais je commence par éprouver les failles de la République afin que naturellement elle s’auto-réforme, mise devant ses contradictions. Là, nous avons finalement des personnes qui font juste valoir pendant des heures leurs avis, différents, souvent déconnectés des besoins ou des souhaits réels de la population (les Français ne veulent pas l’égalité parce que ça les oblige à partager leurs biens), et ça n’aboutit pas.
De la défense des droits des travailleurs, on en finit par défendre la cause de la Palestine, la suppression des frontières ou la légalisation du cannabis. Là où le Gouvernement se réjouit et s’il ne fait à mon avis rien, c’est parce que la décrédibilisation de Nuit debout, décrédibilise aussi et surtout tous ceux qui s’opposent à la loi EL KHOMRI. Et quand Nuit debout aura échoué (plus que 200 personnes ce 60 mars 2016), la loi Travail sera votée !

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