Fait-on vraiment dire aux chiffres tout ce que l’on veut ? Le Gouvernement reprend chaque mois les chiffres de Pôle emploi et annonce 60 000 chômeurs de moins en mars 2016. Personnellement, j’aurais pensé qu’il y en aurait moins que + 38 400 en février mais plus que – 60 000 en mars. Pourquoi ? Parce que les normes statistiques critérisant la fameuse catégorie A ont encore été modifié en début d’année, pour la énième fois…
Alors au delà de l’effet de réassurance de vivre dans un pays dans lequel les jeunes ont un espoir de s’insérer sur le marché du travail, s’ajoute cet objectif du président HOLLANDE nécessaire à sa nouvelle candidature à la présidentielle. Or, il pourrait bien y arriver, non pas de son fait et de ses géniales mesures économiques mais bel et bien en changeant encore d’indicateurs ou en misant sur la conjoncture économique mondiale qui s’embellit.
Changer à nouveau les définitions des catégories
Un peu d’honnêteté intellectuelle : si nous prenons le bilan SARKOZY avec les critères de catégorie A de 2012, nous obtenons 753 200 chômeurs supplémentaires. Maintenant si nous prenons les critères de catégorie A de 2016, je pense que le chiffre diminue. Encore faut-il rappeler que la crise s’est produite sous SARKOZY… Bref, tout est bon pour dire que la gauche fait mieux que sous la droite, tout en réduisant à chaque fois la part de la catégorie A.
Changer de référents pour le chômage
Actuellement, la France se sert des données de Pôle emploi systématiquement reprise tous les mois par le ministère du Travail dans ses statistiques de DEFM (Demandeur d’emploi en fin de mois). Or, la définition du chômage par l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), qui est celle du Bureau international du Travail (BIT) est parfois plus favorable à la France car elle est plus restrictive avec des conditions. À quand une nouvelle référence ?
Changer de mode de calcul
Actuellement, on ajoute ou on retranche tous les mois et on fait une courbe. Si au lieu de prendre ces chiffres, on regarde la part de la population active. Du fait du papy boom, elle décroit. Donc il y a, avec le temps qui passe, une plus faible part de la population active qui est au chômage puisque plus de retraités s’en vont. Donc si la courbe s’intéresse à la part de la population active au chômage, oui elle diminue et HOLLANDE peut se présenter.
Négocier pour empêcher les licenciements
Le gouvernement FILLON s’était livré à ce jeu en demandant aux grandes entreprises qui allaient mal d’attendre l’été 2012 pour licencier, au lieu de le faire juste avant les élections. Cela avait notamment été le cas de l’entreprise Doux, dont HOLLANDE se vante de l’avoir sauvé (à quel prix ?). Je ne doute pas que le gouvernement VALLS fasse la même chose dans les mois à venir, quitte à soutenir inutilement des secteurs qu’il vaudrait mieux couler très vite…
Profiter du retour de la croissance
L’avantage de la mondialisation, c’est que lorsque certains redécollent, ils entrainent les autres avec eux. Après que nous ayons tous coulé suite à la crise financière de 2008 avec des récessions sinon des croissances très faibles, voilà que nous allons pouvoir respirer. Seulement, au lieu de réaliser des investissements d’avenir utiles développant des branches spécialisées, on va créer des emplois aidés ou des contrats précaires qui vont aussi fausser les chiffres…
Personnellement, j’ai un peu de mal à comprendre que ladite gauche qui autrefois combattait pour assurer des conditions de travail décentes à tous, aujourd’hui se soit convertie au plein emploi quelqu’un soit les conséquences sociales. Nous nous dirigeons grâce aux lois MACRON et EL-KHOMRI vers un modèle à l’allemande où la flexi-sécurité n’est qu’un mot mais où on donne du travail à plus de monde, dans des conditions pas franchement sociales-démocrates.

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