Remballez veaux, vaches et cochons ; le salon de l’agriculture 2016 est enfin terminé. Les petits Parisiens et autres banlieusards qui n’ont jamais mis les pieds à la campagne s’en seront donnés à cœur joie de venir découvrir la grande ferme de Paris, les colères des agriculteurs et les animaux. Les politiques en tout genre auront aussi apprécié ce lieu incontournable des médias pour travailler leur image. En toute hypocrisie.
Quel monde formidable dans lequel le politique ne se déplace même plus sur le terrain pour tâter tant le pouls de l’agriculteur que le cul de la vache (en quoi toucher une vache rend-il proche de la nature ?) ! En 2016, c’est la ferme qui se délocalise et qui franchit le périphérique pour livrer le visage d’une France agricole malade portant des messages de justice sociale. Tu m’étonnes, dans ces conditions, que le vote FN soit majoritaire dans les zones agricoles.
Sur les politiques en tournée
Le vote des campagnes ne représente plus rien, à côté du vote des villes. Mais il peut toujours faire la différence. Gauche comme droite se disent que ces quelques millions de voix peuvent être décisives, d’autant qu’elles sont désormais majoritairement acquises au FN. Alors on parade, n’ayant jamais mis les pieds à la ferme et ne sachant pas tout vient de ce qui nous nourrit, et on fait semblant qu’on adore. On se demande bien pourquoi il y a eu l’exode rural !!!
Sur la révolte paysanne
Bien sûr, je trouve scandaleux que le producteur ne touche que 8 % du prix de vente définitif de sa production. Mais qui sont les premiers à avoir recherché la stabilité économique et financière en s’alliant aux premiers supermarchés qui leur garantissaient les prix ? Ce faisant, ce sont eux qui ont tué cette France paysanne de 2 millions d’ouvriers agricoles, forçant au regroupement dans de grandes structures inhumaines, nécessaires aux impératifs de quantité.
Sur le rôle de l’Europe
La PAC (Politique agricole commune) n’a jamais été un modèle économique et financier viable. Cela a toujours consisté à filer du fric aux paysans pour combler le manque à gagner provoqué par la concurrence étrangère. Mais voilà, l’Europe paie depuis les années 1960 et elle trouve que cela suffit. Elle réduit ses subventions et le monde agricole voit ses recettes diminuer tandis que les dépenses augmentent. Mais est-ce à l’Europe de s’occuper de l’agriculture française ?
Sur le bio et les productions
Un des problèmes serait que les agriculteurs produiraient trop ou pas assez bio et les distributeurs en profiteraient pour se jouer d’eux. Mais si on arrêtait de vouloir faire du fric avec les matières premières, y compris l’agroalimentaire. Regardez même les producteurs liés à des AMAP (Association pour les maintien d’une agriculture paysanne) qui en viennent à multiplier les partenariats pour faire le plus d’argent possible. L’agroalimentaire ne doit pas enrichir !
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Dans le secteur secondaire (industriel), les grandes marques ont rapidement ruiné les travailleurs indépendants. C’est la même chose dans le secteur primaire (agricole). C’est la concurrence des exploitations agricoles qui est le premier problème avec celui qui acceptera toujours de vendre moins cher pour écouler ses stocks, trop importants parce qu’il n’y a pas eu de problème climatique. Et si on demandait aux gros de payer pour les petits ?
Nous sommes à la croisée de deux mondes qui se croisent et ne se comprennent plus : les agriculteurs qui sont obligés de venir à Paris pour se faire entendre (rompant ainsi avec les traditions médiévales), et les politiques qui n’écoutent même plus les agriculteurs, cherchant uniquement à se faire voir à leurs côtés pour renforcer leur rapport à la terre. Je pense que nous aurons toujours besoin d’agriculteurs et qu’il vaudrait mieux changer les politiques.
Mais je pense aussi que nos agriculteurs devraient, pour certains sujets (en l’occurrence, pas pour celui de l’arnaque que leur impose les distributeurs des grandes surfaces, dont ils ont pourtant été les premiers complices, et qu’ils continuent de soutenir malgré eux si on regarde bien), revoir leur fonctionnement et arrêter d’attendre des aides de l’État et de l’Europe, ce qui ne les fera jamais aller mieux… Voilà mon avis d’urbain bien éloigné du monde rural.

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