Ce soir, je me sens lâche et minable de ne pas avoir réagi comme j’aurais espéré en pareille circonstance. À 16 h 50, ce mercredi 27 janvier 2016, j’ai été témoin d’une agression violente d’un jeune à qui un autre voulait tirer son portable. Et comme le premier avait déjà résisté et même fui pour venir se réfugier dans le wagon où j’étais, l’agresseur s’est défoulé avec une violence qui m’a fait peur et a limité mon intervention.
Il est 16 h 36 ce mercredi lorsque je monte en gare de Savigny dans le premier wagon (de tête) d’un train CIME qui doit me conduire à Massy pour du boulot. Je pénètre par la porte la plus éloignée de la cabine du conducteur et je vais m’asseoir sur le strapontin isolé du haut qui donne vue sur l’escalier et le couloir menant au deuxième wagon. Je sors mon portable et commence à faire un peu de ménage dans mes SMS.
À 16 h 42, la porte séparant mon compartiment du deuxième wagon s’ouvre et un Rrom commence à faire le tour des trois passagers présents dans la rame. D’habitude, ils laissent leurs cartes et n’embêtent pas les voyageurs. Mais là, le type reste debout et attend une réponse de ma part de manière insistante (genre la mendicité agressive que SARKOZY a voulu faire interdire et pour laquelle tout le monde s’est foutu de sa gueule ne comprenant pas ce terme – ben si, un mendiant peut t’agresser verbalement…).
Je suis en train de conversationner par SMS et le Rrom me dérange. Un œil furtif vers sa carte orange vif et la lecture des premiers mots « J’ai quatre enfants » me fait pousser un « NON » assez agressif, ce qui ne me ressemble pas d’habitude où je refuse poliment de donner prétextant hypocritement ne pas avoir d’argent sur moi. Le type part en disant un hypocrite « merci » comme s’il faisait semblant de comprendre que je refuse de cautionner un type qui n’a pas de boulot et qui ne fait rien d’autre pour en trouver. Il repart et la porte re-claque.
Vers 16 h 46, c’est un jeune homme qui pénètre, claque la porte et court se réfugier à l’avant du train. J’imagine alors que c’est un gars qui veut faire une blague à ses potes et se cacher. Il reste deux minutes sans bruit. Mais à 16 h 48, c’est un autre jeune, qui ressemble physiquement à un Maghrébin pas très grand, bonnet noir visé sur la tête, survêtement et parapluie noir en main, qui pénètre dans le wagon et fait encore claquer la porte. Il est assez calme mais marche d’un bon pas et descend vers le bas du wagon. Je me demande pourquoi cette porte n’est pas fermée…
Quinze secondes plus tard, c’est le premier jeune, un blondinet de 17/18 ans qui trace sa route en passant par le haut du wagon, redescend et qui va se cacher dans l’entrebâillement des portes en diagonale à moi qui suis en haut et donc le voit. Tout à coup, l’agresseur surgit et commence à lui parler violemment sans que je ne distingue rien. Dispute d’ados, je pense. Et l’agresseur entraine sa victime contre la porte qui se situe en face.
Là, il commence à le frapper avec violence. Je me demande si je dois intervenir. Je me dis qu’avec mon mètre 75 et mes 53 kilos, je ne pourrais rien faire physiquement. Alors j’espère que le jeune blond peut résister, tenir face à l’autre, parer ses coups. J’entends deux coups (poings ou pieds ?). Sur le coup, je me dis, en voyant l’agresseur : « Encore un Arabe« . Alors l’agressé crie « Aidez-moi, À l’aide. Aidez-moi« . Je pense comme un connard égoïste : Heureusement que je ne suis pas à sa place. Mais qu’est-ce que je fais ?
Il faut que quelqu’un intervienne (y a qu’à faut qu’on). Sur le coup, je crie « Hé » espérant faire intervenir les autres personnes présentes. En réalité, ce « Hé » qui se veut être de l’autorité est l’attitude que j’utilise face aux jeunes des cités de l’Essonne que je peux fréquenter au Secours catholique. Mais ils ont 10 ans, sont plus petits que moi et savent qu’à la première connerie, le Secours ne les emmènera plus en sortie. Mais là, l’agresseur continue de frapper.
Je me demande « dois-je faire le 31-17 ? ». Mais je sens bien que cela ne servira à rien et qu’il y aura un nouveau coup entre chaque touche pressé. J’ai aussi peur qu’on me vole mon portable et ma carte sim avec tous mes contacts. Je me tourne et un autre passager regarde vers la scène sans bouger. Alors je prends mes affaires et dans un temps qui me paraît infiniment long, je vais à grandes enjambées de l’autre côté du compartiment vers la cabine du conducteur. Je ne cours pas car comme si j’avais affaire à un chien, j’ai peur que cela excite l’autre…
Arrivé devant la cabine du conducteur, je me dirige vers le signal d’alarme. Mais j’attends deux secondes avant de le tirer et je sens que mon mouvement est ralenti, comme si j’allais franchir un interdit en tirant le signal d’alarme. Je mets beaucoup de force pour tirer la poignée comme si j’allais klaxonner dans une locomotive à vapeur. En fait, le signal descend facilement et d’à peine dix centimètres. Mais arrivant en gare de Longjumeau, le train finit sa course, dans un moment qui me paraît être une éternité. Je n’entends plus les bruits du combat.
Juste après que j’ai tiré le signal d’alarme, je suis rejoint par les deux autres passagers dont un qui se met à tambouriner à la porte du conducteur. Alors je fais de même et évidemment, le conducteur n’ouvre pas. Dès que le train s’arrête, je sors par la première porte et court taper à la vitre du conducteur en lui signalant l’agression. Il commence par me demander si c’est moi qui ait tiré le signal d’alarme, comme si j’étais en faute. La victime court alors dans le train et arrive au niveau de la porte par laquelle je suis sorti mais il reste dedans.
Le jeune a le visage en sang qui sort de sa bouche et de son nez. Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre et l’autre connard d’agresseur sort d’un pas naturel. Il tient son parapluie au niveau de sa taille. Il s’en va comme si de rien n’était. Le conducteur demande si la victime est là et qu’elle le rejoigne. Je vais transmettre le message et je dis à ce jeune d’une manière conne et en plus ridicule et certainement hypocrite ou très sincère « Je suis désolé de ne pas avoir pu vous aider plus. » Il me répond d’un geste que j’interprète comme compréhensif.
Il explique alors que l’autre a commencé par lui montrer son portable, et que comme l’autre n’a pas voulu, alors il l’a menacé. Et puis l’histoire qu’on connaît. Le train reste en gare six minutes puis repart. Sur le coup, je me sens imbécile vis-à-vis de la victime. Je prépare une carte avec mes coordonnées pour servir de témoin et je la donne au conducteur dès lors qu’on arrive en gare de Massy-Palaiseau. Mais à Massy, des agents ferroviaires (qui ressemblent à des contrôleurs mais pas à des agents de sûreté) se dirigent en tête et me font limite une réflexion que qu’est-ce que je vais emmerder le conducteur.
Depuis, je philosophe pour savoir ce que j’aurais dû et pu faire. En même temps, je me dis que j’ai été rationnel et en même temps que j’ai été super-lâche, que j’aurais dû essayer d’aller me battre pour défendre ce jeune. Mais aussi que je n’aurais pu que me blesser car je n’ai aucune force. Je me dis que PÉCRESSE ou SAINT-JUST peuvent dire ce qu’ils veulent, s’il n’y a pas un policier dans chaque wagon, alors cela peut toujours arriver. Et que dans ce cas là, mieux vaut ne pas y être. Mais qu’est-ce que j’aurais pensé si j’avais été à la place de ce garçon ?
Je me dis qu’une connaissance du FN qui m’a proposé de m’initier au « krav maga » (discipline d’auto-défense basée sur les réflexes et la vitesse) a peut-être raison. Je me dis plein d’autre chose, sinon que j’aurais aimé que les autres passagers (pas plus robustes que moi) fassent bloc avec moi, qu’on en fasse autant pour moi en pareil cas voire plus, et que je ne comprends pas pourquoi j’ai manqué de courage à ce point… Au fait, le 31-17, ça sert à rien. C’est trop long et pas assez discret pour intervenir…

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