Ce mercredi 16 décembre 2015, je ne suis pas satisfait de notre séance de catéchuménat parce que nous (accompagnateurs) avons laissé les uns et les autres raconter n’importe quoi pour certains, en passant largement à côté du sujet que nous nous étions fixés, à savoir l’Incarnation. Nous avons en plus raté notre présentation qui n’a pas été comprise et n’a conduit à aucun lien concret. Bref, une soirée céleste, pour ne pas écrire fumeuse.
Tout d’abord, nous avons fait le très mauvais choix (que j’ai respecté par rapport à ceux qui préparaient) d’une vidéo intitulé « Emmanuel » du groupe chrétien Glorious. En gros, une version moderne de la Nativité chez un couple actuel. Sauf que de couple, il y a deux personnes qui se touchent à peine, ne s’embrassent pas dès fois qu’ils attraperaient un bébé, ne connaissent pas les téléphones portables, et accouchent dans la rue, sous un pont, d’un rayon de lumière…
De l’intérêt d’une vidéo
Dans un cadre d’un accompagnement religieux, la vidéo a une visée pédagogique, sans quoi elle relève du loisir. Alors si un clip musical peut effectivement servir d’outil, encore faut-il se donner les moyens de faire naître dans l’idée des spectateurs un lien de cause à effet. Il y avait trois questions pour réfléchir et discuter, et les réponses ont quasiment toutes été hors-sujets, du moins sans lien avec la vidéo diffusée précédemment par deux fois (et l’Évangile lu aussi).
De ce qu’on fait de Jésus
Oublié le Dieu incarné donc humain sinon pour dire qu’il était prédestiné à souffrir (pas à être heureux) et à mourir sur la croix. Pour nos catéchumènes, Jésus est la joie, l’amour, le pardon, le partage, la fraternité, le soutien, la solidarité, l’entraide… Pas moi Olivier qui aime ou moi Olivier qui est pardonné. Non, Jésus est partout à la fois telle une vapeur d’un opium qu’on aurait trop fumé, et tant qu’à faire qu’on n’a plus qu’à appeler Esprit saint.
D’un syndrome de possession ou du retour en force du jansénisme
Avec Jésus qui guide notre vie et nos actions, plus besoin de libre-arbitre ni même « de Le chercher« . Il vient tout seul et nous n’avons plus qu’à être consommateur. De toute façon, ce qui m’arrivera, c’est Dieu qui l’aura voulu et ce qui ne m’arrivera pas, ce sera Dieu aussi ! À la suite de cette logique, je me demande bien pourquoi venir perdre son temps au catéchuménat, sinon que ce doit être le dessein de Dieu qui nous a programmé pour cela ?
De la naissance d’un enfant avant toute chose
Je pense que nos catéchumènes sont mal à l’aise avec la nature de Jésus, ce pourquoi ils ont éludé la seule chose qu’il y avait à voir dans cette vidéo : Avec Jésus, Dieu paraît concrètement aux Hommes sous la forme d’un bébé, né du ventre d’une femme. Pour eux, soit Dieu est un esprit qui vit dans le Ciel soit c’est un homme qui a les pouvoirs de Dieu. Peut-être faudrait-il se mettre au travail sur cette base, difficile pour nous aussi, avant la remise des sacrements ?
Ce qu’ils ne pouvaient donc pas voir
Dans la naissance d’un enfant, il y a juste l’expulsion d’un enfant de son ventre nourricier. Jésus présente alors simplement le visage d’un humain, certainement un peu secoué par ce choc brutal de 37° dans du liquide à moins de 20° à l’air libre. Et alors pas encore un visage d’amour, de paix, de lumière, de tolérance, d’amitié, de fidélité… Et nos catéchumènes ont parlé de toutes les images qu’ils avaient de Jésus adulte sauf de celle de Jésus humain.
De la reconnaissance concrète du Christ
S’il devient plus tard possible de reconnaître le Christ par ses paroles et ses actes qui tranchent avec les comportements ordinaires, c’est dans la fraction du pain, donc la messe que les chrétiens peuvent le connaître. Et si nos jeunes amis voient le Christ dans chaque action positive sur notre Terre, tant mieux pour eux (moi, je n’y arrive pas). Mais peut-être aussi pourraient-ils le voir à la messe, qui implique leur participation concrète et engagée ?
Le catéchuménat des adultes brasse des personnes de toutes origines, de tous milieux et de toutes sensibilités. À titre personnel, je déplore que nous ne réorientons pas plus franchement nos jeunes chercheurs de Dieu lorsqu’ils s’égarent de trop, mais c’est la politique actuelle.
Ma gêne de ce soir n’est pas qu’ils n’aient pas fait le parallèle entre la Nativité et le film, ni même qu’ils n’aient pas parlé de la naissance de Jésus qu’ils connaissent sûrement moins bien que Jésus adulte. Quant à la teneur de leur propos, elle peut aussi se comprendre.
Mais de grâce, ne laissons pas croire que le christianisme se réduit à quelques idées fumeuses d’un Dieu formidable qui ne peut que le bonheur des Hommes qu’il aurait programmé. Car le malheur existe aussi, et Dieu n’en est pas plus responsable, indépendamment de sa volonté.

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