Dans une intervention télévisée diffusée le dimanche 26 juillet 2015 en Syrie, Bachar AL-ASSAD exprime pour la première fois en quatre ans sa grande faiblesse. En cause, les rebelles du Front al-Nosra qui menacent, plus que jamais, le dictateur syrien. Tandis que la paix continue de s’éloigner au fur et à mesure que s’accentue la partition du pays.
L’armée du régime, qui a connu plus de 80 000 morts, commence à manquer de soldats tandis que les désertions se multiplient ces derniers mois. Bachar AL-ASSAD a ainsi avoué « un manque de ressources humaines » et il a annoncé « prendre des mesures urgentes » pour augmenter les effectifs de ses troupes, comme cette amnistie générale à destination des déserteurs.
J’ai dormi pendant 4 ans. Que se passe-t-il en Syrie ?
À la suite du Printemps arabe, des Syriens ont essayé de renverser leur régime présidé par Bachar AL-ASSAD, dont la famille dirige le pays depuis 1970. Mais ils n’ont pas réussi leur coup et a commencé une guerre civile qui a affaibli le pays. Partant de là, des groupes islamistes et nationalistes sont entrés dans la guerre pour essayer de prendre des parts du pays.
Qui s’affronte en Syrie ?
Nous pouvons distinguer cinq groupes qui ont chacun des intérêts différents : le régime de Bachar AL-ASSAD et son armée, les rebelles syriens opposés politiquement à AL-ASSAD, Al-Qaida en Syrie (Front Al-Nosra) qui veut un état islamiste local, les islamistes de Daech qui veulent un état islamiste mondial et la minorité kurde qui veut créer un Kurdistan indépendant.
Où trouvent-ils tous les moyens de se battre ?
AL-ASSAD bénéficie de relais de pays musulmans alliés chiites : les Iraniens (qui donnent 10 milliards US$ d’aides par an), le Hezbollah (Liban) et des milices irakiennes et afghanes. Les rebelles bénéficient d’aides privées internationales. Al-Nosra vit de prises d’otages et de trafics. Daech aussi en plus du pétrole irakien. Les Kurdes ont des fonds qu’ils accumulent à cette fin.
Que font les pays voisins ? Pourquoi interviennent-ils ou pas ?
Les pays musulmans chiites (Iran, Irak, Liban, Bahreïn) aident le régime de Bachar AL-ASSAD en voulant rendre le contrôle du pays à AL-ASSAD. Les pays musulmans sunnites (Arabie-Saoudite, Qatar, Turquie, Égypte) ont d’abord soutenu les rebelles syriens, puis les ont abandonnés pour soutenir les islamistes d’abord de Daech puis du Front Al-Nosra. Aujourd’hui, ils ont arrêté.
Pourquoi les voisins se portent-ils mieux de ne pas intervenir ?
L’Irak, le Liban et l’Égypte ne sont aujourd’hui plus capables de soutenir leurs alliés car les pays sont trop désorganisés. La Turquie tend à se retirer pour régler ses problèmes intérieurs avec les Kurdes notamment. Les mouvements islamistes aidés pour déstabiliser la Syrie ont réussi à faire fructifier leurs dons et à s’indépendantiser de leurs financeurs, ne sont plus contrôlables.
Que fait l’Occident ?
Depuis 2011, les différents pays refusent d’intervenir à cause du cas libyen (une intervention contre une dictature qui a porté au pouvoir un régime islamiste). Depuis la montée en puissance de l’État islamique (Daech), les pays occidentaux ont envoyé des formateurs et un peu de matériel. Mais comme il finissait régulièrement aux mains des islamistes, ils ont cessé.
Quelle est la responsabilité de la France ?
La Syrie est une création territoriale de la France, du fait de l’accord Sykes-Picot de 1916 partageant les territoires de l’empire Ottoman. Tout le problème est qu’elle est de fait un pays artificiel mélangeant divers peuples et diverses sensibilités religieuses, ce qui est de nature à encourager la formation d’un régime autoritaire pour organiser tout cela.
Qu’est-ce qui change fin juillet 2015 ?
Les rebelles continuent de tenir leurs positions et de mobiliser le régime syrien. Mais la Turquie qui bloquait l’État islamique est désormais repartie en guerre contre les Kurdes, desserrant ainsi son étau. Du coup, l’armée d’AL-ASSAD en guerre depuis 4 ans donc usée se retrouve avec une nouvelle pression de Daech et le Front Al-Nosra en a profité pour enfoncer ses positions.
Pourquoi c’est grave ?
En perdant le contrôle d’une partie du Nord-Ouest du pays (les provinces d’Idleb et de Hama plus dans le centre), tant la province alaouite de Lattaquié d’où est originaire la famille AL-ASSAD que la route de Damas sont ouvertes. Cela force l’armée du régime à se diviser encore plus pour défendre deux routes, donc continue de l’affaiblir…

Qui souhaite la chute du régime AL-ASSAD ?
Puisque Bachar AL-ASSAD est chiite, alors tous les sunnites souhaitent sa perte et notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui se sont mis d’accord pour ne pas intervenir afin de sauver le régime. Pire, ils financent de nouveaux groupes rebelles dans le pays qui n’ont pas de lien avec l’armée syrienne libre (ASL) qui dialogue avec la communauté internationale.
Qui ne souhaite pas la chute de Bachar AL-ASSAD ?
Il n’y a donc guère plus que les chiites qui tiennent à maintenir un état chiite qui pendant 40 ans a réussi à faire cohabiter les peuples syriens. L’Occident quant à lui se refuse toujours de dialoguer sinon de négocier avec Bachar AL-ASSAD le condamnant à être l’otage de ce que les autres forces en présence parviendront à réaliser.
Pour résumer, qui aime qui ?
Les islamistes n’aiment personne et se détestent entre eux, chacun pensant avoir la Vérité. Le régime syrien est opposé aux rebelles et aux islamistes. Il est aidé par les Kurdes qui sont aussi opposés à ces deux groupes. Enfin, les rebelles syriens sont attaqués de toute part et doivent faire face au régime et aux islamistes qui les trouvent trop modérés religieusement.
Pourquoi aider Bachar AL-ASSAD en Syrie ?
À ce jour, le régime de Bachar AL-ASSAD est le régime le plus fiable qui ait existé en Syrie. Certes, il est autoritaire mais il ne faut pas nier que la démocratie occidentalisée n’est pas dans la culture syrienne. Il dispose d’une légitimité historique et des outils qui lui permettraient de reconstruire et réorganiser le pays assez vite pour finalement revenir comme avant 2010.
Pourquoi laisser le régime être renversé ?
Tout dépend de ceux qui prendraient la place de Bachar AL-ASSAD. Tant que ce ne sont pas des islamistes, il est possible d’imaginer une transition avec ceux qui, soutenus par l’Occident, luttent depuis cinq ans. Ensuite, ce serait la fin d’un régime chiite, que les États-Unis redoutent à cause de l’Iran et de revendications politiques et religieuses plus affirmées.
Du Kurdistan et de son existence
Les Kurdes (sunnites à 80 % sinon chrétiens ou juifs) se battent pour créer un état transversal sur la Turquie, la Syrie et l’Irak. Ils sont donc opposés aux états de ces trois pays en plus des islamistes qui voient mal qu’on ne veuille pas faire partie de leur califat. S’ils ont pu s’autonomiser en Irak, qu’ils réussissent à le faire en Syrie, ils auront du mal avec la Turquie…
Bachar AL-ASSAD et les Kurdes
Les Kurdes ont toujours été une épine dans le pied syrien à cause de leurs revendications séparatistes. Pour autant, dans la position où se trouve Bachar AL-ASSAD, la sécession des Kurdes ne poserait (temporairement) pas de problèmes puisque cela créerait un état-tampon qui protégerait la Syrie. Mais cela sera-t-il valable éternellement ?
Aider Bachar AL-ASSAD revient à combattre tant les islamistes que les rebelles et que probablement les futurs Kurdes si le régime syrien triomphait de tous ces ennemis. Ce n’est pas régler la situation que laisser un front se dégrader. Or, laisser les islamistes gagner ne semble pas une solution, au vu de ce qui s’est passé en Tunisie et en Libye ces dernières années. D’autant que ce ne sont pas des Syriens qui composent massivement les islamistes en guerre.
Dans son allocution, le président syrien ne réclame pas tant des armes (il en a même si ses forces aériennes commencent sérieusement à se réduire et qu’il commence à perdre le contrôle de ses aéroports), que des hommes. Or, l’Occident après avoir soutenu les rebelles en condamnant la politique d’AL-ASSAD, ne peut pas fournir une armée à ceux qu’ils ont combattu diplomatiquement. Surtout si ces armes pouvaient être retournées contre lui plus tard…
À ce jour, ce sont les islamistes qui semblent les plus en forme pour l’emporter et organiser le pays. Donc l’Occident a intérêt à ne pas trop faire de bêtises. Toutefois, quelque soit le camp soutenu, il ne satisfera pas tous les autres. La solution serait finalement que ce ne soit pas l’Occident qui s’en mêle mais qu’une force d’intervention de l’ONU vienne établir un nouveau mandat international sur le pays pour protéger les civils, qui en 2015, se foutent de la politique.


Laisser un commentaire